XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Samedi 2 septembre 2006

Mon cher Victor,

Voilà ce à quoi aurait pu ressembler la C3 de mon auto-école si l'inspecteur n'avait pas freiné une dizaine de fois, mercredi matin, alors que je passais le permis. Tu as passé le permis ?! Je sais, je te l'avais caché. Rassure-toi, tu n'es pas le seul à qui j'ai fait des cachoteries. J'ai très bien fait, étant donné que cette tentative d'obtention s'est soldée par un échec cuisant. Comme d'habitude, tu dois exagérer ! Oh que non... Je préférerais ! Raconte-moi tout ça...

J'étais convoquée au centre d'examen pour 9 h 30. Je constate avec horreur que j'ai malheureusement plus de cinquante minutes d'attente devant moi, puisque le candidat précédent n'est pas encore passé : tout est décalé, et me voilà condamnée à attendre dans la rue, seule avec mes angoisses et une furieuse envie de faire pipi... Tu pourrais m'épargner ce genre de détails ! Oh, allez, Victor, c'est la vie !

10h05 : c'est mon tour ! Le candidat précédent brandit le papier magique : tant mieux pour lui, c'est certain, mais son grand sourire me paraît indécent comparées à mes crampes d'estomac. Le bonheur a toujours quelque chose d'indécent, Mirabelle... Il paraît. L'inspecteur n'a pas l'air méchant. Je m'installe. Je n'ai plus de salive... Aucune importance : on ne me demande pas de faire la conversation mais de conduire, tout bêtement ! Enfin... Tu verras plus tard, Victor, que le "tout bêtement" est ironique dans mon cas ! Ma main tremble en tournant la clé. Le moteur se met en route. Ca y est, après bien plus de vingt heures de conduite (je ne te dirai pas combien tellement j'ai honte...), je passe le permis. C'est surréaliste. Première. Contrôle. Angle Mort. Clignotant. Me voilà sur la route. Je fais 10 m... ET JE CALE ! Tu sais, les automobiles, c'est un peu du chinois pour moi... Disons que j'en ai connu les prémices, mais rien à voir avec celles d'aujourd'hui ! Alors tu as beau être scandalisée d'avoir calé, ça ne parle pas trop, tu vois, Mirabelle... J'oublie parfois que tu viens du XIXème siècle, Victor, excuse-moi. Sache seulement qu'il ne faut pas caler. Et que je m'en veux. Cela fait une éternité que je n'avais pas calé. Il fallait que cela tombe pile le jour du permis. Ce n'est peut être pas si grave... Siiii !

Les trente minutes qui suivent ne sont qu'une succession d'erreurs, et non des moindres ! Des erreurs que je ne fais jamais pendant les leçons. Je suis dans un brouillard indéfinissable. J'ai perdu tous mes moyens. Je ne regarde rien, ce qui me vaut une réflexion de l'inspecteur, obligé d'intervenir de bout en bout : "Il faudrait peut être penser à observer...". Je ne vois pas les panneaux. Je change de file au dernier moment, m'arrête au milieu de la voie. Je ne me place pas correctement à l'entrée d'un rond-point. Je ne remarque pas qu'on me dépasse. Je roule à 60 sur une route à 80. Il pleut. J'ai mis les essuie-glaces mais j'ai oublié les feux de croisements. Dans les dernières minutes, je refuse une priorité. Je savais pourtant qu'il fallait laisser passer la voiture en face. Ma tête me dit quelque chose mais mon corps répond de la pire manière qui soit. Refus de priorité... Je conduis mal. Très mal. Certains diront même que ce n'est pas conduire...

Après un rangement en épi et aucune hésitation à l'interrogation orale (j'ai un A, c'est déjà ça...), je reviens à la case départ... Un sourire contrit de l'inspecteur, et une formule pour le moins délicate : "Eh bien, Mademoiselle, cela ne va pas être possible...". Mon pauvre Monsieur, je le savais dès les trois premières minutes... J'explique que j'ai paniqué. Cela ne sert strictement à rien, mais j'éprouve le besoin de me justifier. Il sait combien j'ai fait d'heures pour en arriver jusque là. J'ai honte. Tellement honte. Je récupère livret et carte d'identité. La monitrice de mon auto-école, assise à l'arrière, ne m'adresse pas un sourire. Je ne le mérite même pas. Je descends de voiture. J'entends le clac de la portière qui se referme. C'est terminé. Je n'ai pas le permis. Je rentre chez moi dans les larmes, complètement hagarde. Et voilà...

C'était ta première fois ? Oui. Eh bien alors ?! Tout n'est pas perdu ! C'est ce que j'essaie de me dire depuis deux jours. Je m'en veux tellement. J'ai fait tant d'heures de conduite, Victor, si tu savais... Quand je donne le chiffre exact autour de moi, on ouvre des yeux ronds. Je suis un phénomène de foire, Victor. Mais non, mais non... Tout le monde n'a pas le même rythme d'apprentissage, voilà tout ! N'en fais pas une montagne, tout de même ! Ce n'est que le permis ! Le permis est un facteur d'intégration sociale fort. J'ai vingt-deux ans. Beaucoup de jeunes filles de mon âge ont déjà le permis. Il y a des exceptions, sans aucun doute ! Et tu en connais sûrement ! C'est vrai... Toujours est-il que j'ai été incapable de contrôler mes émotions, mes angoisses. J'ai fait les pires erreurs qui soient. Tu te mets la pression, Mirabelle, ce n'est pas bon... Je ne sais pas être autrement ! Et j'ai réellement peur de ne pas dominer mes craintes la prochaine fois ! Et si ce scénario se répétait indéfiniment ? Si je perdais tous mes moyens à chaque passage ? Toutes les erreurs que j'ai faites ne viennent pas d'un déficit de connaissances, ni de techniques mal acquises. TOUT EST DANS MA TETE, Victor. Absolument tout. Et cela me fait très peur... Il faut espérer que cela se passera mieux la prochaine fois. Tu sauras à quoi t'attendre, la crainte de l'inconnu sera moins forte. Sans doute seras-tu plus détendue... Eh, Mirabelle ! Ce n'est pas la fin du monde ! C'était ton premier passage ! Ne t'enferme pas dans une spirale d'échec ! Redresse la barre ! Il faut y croire !

 

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publié dans : Roulez, jeunesse ! par Mirabelle
Samedi 2 septembre 2006
Mon cher Victor,

Avant toute chose, je tenais à te recommander, ainsi qu'à nos lecteurs, ce superbe article d'Eddie, qui a effectué sa première rentrée en tant que maîtresse, jonglant entre son statut d'enseignante et celui de directrice. J'irai lire cet article sitôt que nous aurons terminé cette conversation !

Nous poursuivrons aujourd'hui la discussion entamée samedi, où je t'ai raconté, Victor, ce drôle de malentendu entre un enseignant de l'école J.M et moi-même. Les retardataires n'auront qu'à s'y reporter ! L'article présent sera focalisé sur ma représentation du conseil des maîtres, abattue en plein vol par la réalité du terrain. Cette représentation, Victor, est tout à fait apparentée à l'image jointe à cet article : des enseignants et un directeur autour d'une table. Une réunion synthétique. Efficace. Allant droit au but. J'en déduis que ce n'est pas ainsi que s'est déroulé ton conseil des maîtres ! Tu déduis bien, Victor. J'ai été tout bonnement SOUFFLEE ! Raconte-moi tout ça !

L'équipe pédagogique de l'école J.M, d'après ce que m'a dit Sophie (sa maman y a travaillé), est soudée, complice, et l'atmosphère de travail est agréable, voire tout à fait détendue. J'ai pu en saisir toute l'ampleur en ce vendredi après-midi : lorsque j'ai franchi le seuil de la "salle des maîtres", j'ai pu constater qu'il y régnait un joyeux brouhaha. Brouhaha et désordre : rires, papiers, tasses de café, s'entremêlaient artistiquement, sous mes yeux ébahis. Des piplettes. Et c'était à celui qui parlera le plus fort. J'étais scotchée. Tout simplement scotchée. Fascinée par cette réalité aux antipodes de ce que j'avais imaginé.

Des tables mises bout à bout, en forme de U. Peu à peu, chacun s'assit, sans pour autant se taire. Des moulins à paroles, ces enseignants ! Tu peux le dire : l'entrée du directeur, même, ne suffit pas à calmer les bavards ! Celui-ci prit même une part très active au bordel (excuse-moi le terme, Victor, mais je n'en trouve pas d'autres !) en riant à toutes les plaisanteries. Ce n'est pas ainsi que j'imaginais un directeur... Et encore moins ce qui allait suivre ! Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Vous vous êtes mis au travail ? Eh bien... Pas vraiment !

Il a fallu cinq bonnes minutes pour que cessent les conversations personnelles, et le directeur a démarré sur un sujet plus qu'enthousiasmant : l'Inspecteur de la circonscription ! Et qu'en a-t-il dit ? Pas que du bien, crois-moi ! Le directeur de l'école J.M est un personnage fascinant. Haut en couleurs. Pétri de revendication. Un ton taquin, ironique, piquant juste comme j'aime. Quelqu'un d'intelligent, avec des idées, des principes. Et un solide sens de l'humour. Tu imaginais tous les directeurs sérieux et coincés ? J'avoue que c'est l'image que je m'en faisais, même si je savais bien que cette représentation était erronée !

Revenons à cet inspecteur de la circonscription ! Vue la description que tu m'as faite de ce directeur, j'imagine qu'il n'a pas fait le portrait de cet inspecteur en termes très élogieux ! Non. Il a même ponctué la réunion de diverses allusions à l'incompétence de cet homme que nous rencontrerons lundi, jour de rentrée des petiots. Il a été jusqu'à nous faire passer la circulaire de rentrée, "qui ne veut rien dire" a-t-il dit, ajoutant qu'il "fallait que nous voyions cela pour débuter notre carrière". Cette insolence des enseignants vis à vis de leur supérieur hiérarchique n'est pas pour me déplaire. Vraiment. Cela montre que les enseignants sont des personnes engagées, des personnes qui croient dur comme fer en leur métier et qui en ont une haute opinion !

La réunion s'est déroulée dans une ambiance très détendue. Plaisanteries et taquineries étaient de la fête, donnant parfois un air de soirée entre amis à ce conseil des maîtres. Nous avons observé la scène avec attention (nous sommes quatre PE2 à être affectés dans cette école) et souri des prises de position des uns ou des autres. Oui, vraiment, j'étais ravie d'avoir à travailler tous les lundis dans cette atmosphère de franche camaraderie. Tant mieux... Tu vas pouvoir aborder ce stage sans trop d'angoisse ! Cependant, cette bonne ambiance ne vous a-t-elle pas empêché de travailler ! Non. Les différents points à étudier ont été traités. Dans la joie et la bonne humeur, c'est vrai, mais ils ont été traités. C'est là l'essentiel ! Et au directeur, au milieu du bavardage de ses collègues, de nous adresser, à nous, débutants, un clin d'oeil des plus sympathiques : "Bien... Vous avez assisté au conseil des maîtres : sachez que la rentrée avec les élèves, ce n'est pas pire niveau bruit !". Hihihi...

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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Samedi 2 septembre 2006

Mon cher Victor,

Je suis cernée ! Par quoi ? Que se passe-t-il encore ? Mardi après-midi, je n'ai quitté la fraîcheur de mon salon que pour aller chercher du pain, soucieuse de contribuer au bien-être de ma petite soeur, dont je suis responsable pendant quatre jours, en l'absence de mes parents partis vadrouiller dans la capitale. Il me semble pourtant que ta soeur n'est plus une enfant ! C'est vrai, elle a dix-huit ans... En fait, je disais ça histoire de jouer les vraies grandes soeurs, protectrices et bienveillantes ! Je me disais aussi... Alors, par quoi es-tu cernée ?

Par les auto-écoles ! En allant, donc, chercher du pain (cinq minutes à pieds de mon domicile !) j'ai croisé quatre véhicules provenant tous, ironie du sort, de l'auto-école à laquelle je suis inscrite ! Et pour couronner le tout, la seule, l'unique, la C3 blanche que je conduit habituellement, avec à son bord un apprenti-conducteur et mon moniteur de référence ! Et bien évidemment... Cette vision horrible t'a angoissée ? Terriblement ! J'ai eu instantanément mal au ventre et l'envie d'annuler ma prochaine heure de conduite. Tu ne m'avais pas dit que tu avais repris des heures !! Alors, tu en es où ? Humm... Eh bien... Te souviens-tu que j'ai raté le permis, Victor ? Oui, vaguement... Je dois dire que j'étais plus concentré sur ton concours que sur le permis ! J'avais pourtant fait part de ma déconfiture lors du grand examen... Comment as-tu pu oublier ?! Oh, allez, Mirabelle, ne m'en veux pas... Ce n'est pas grand chose le permis !

C'est là que je constate que tu ne me connais pas encore très bien, Victor. Pour moi, ce permis est une montagne. Depuis une semaine, je ne pense plus qu'à ma prochaine leçon, la première depuis mon échec ! Tu n'as pas conduit de tout le mois de Juillet ? Non ! Ce n'est pas faute d'avoir essayé, crois-moi ! Selon l'auto-école, impossible de me caser nulle part, hors de question de m'attribuer un autre moniteur le temps de quelques leçons, et tant pis si le mien est en vacances et si je dois rester plus d'un mois sans toucher un volant ! Eh bien ! Il semblerait que dans ton auto-école, le client ne soit pas roi ! Je ne te le fais pas dire !

Cette nuit, j'ai rêvé que je ratais une nouvelle fois le permis, Victor. Même inspecteur. Même panique. Mêmes erreurs de ma part. J'y pense. J'y repense. Evidemment, si tu ne fais pas d'efforts pour te sortir de ce schéma de l'échec, tu n'es pas sortie de l'auberge, ma pauvre Mirabelle ! J'essaie, pourtant ! Mais j'ai si peur que tous mes raisonnements tombent comme des châteaux de cartes ! Et je dois te dire une chose, Victor... Vas-y ! J'ai encore profondément honte de mon premier passage. J'ai honte. J'ai fait des erreurs inadmissibles. L'inspecteur a freiné sans arrêt. J'ai fait des erreurs inadmissibles malgré toutes ces heures d'apprentissage ! Dis-toi que lors de ta deuxième tentative, tu auras déjà l'expérience, tu ne seras pas plongée dans l'inconnu, contrairement à la première fois ! Et comme c'est l'inconnu qui inspire le plus de crainte... La deuxième fois se passera forcément mieux !

J'aimerais partager ton optimisme, Victor... Car les auto-écoles tournent dans ma tête, tu sais, comme dans les bandes dessinées, quand les héros se font assommer et que des chandelles tournoient au-dessus d'eux ! Euh... Non, je ne vois pas ! Peu importe... Tout ce que je peux te dire, c'est que j'ai de plus en plus de mal à m'endormir le soir et que si j'avais le choix, j'abandonnerais tout ça : je me désinscrirais de cette auto-école à la noix, j'achèterais une voiture sans permis et voilà ! Tu n'es pas sérieuse ? Bien sûr que non. Le permis de conduire est indispensable, surtout que comme en PE1, j'aurai en PE2 des stages à effectuer ! Je ne vais pas m'avouer vaincue... Tu me rassures ! Cependant, je t'assure, Victor, que depuis quelques jours, une question me turlupine : mais bon dieu ! Où est donc cette foutue marche arrière ?!

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publié dans : Roulez, jeunesse ! par Mirabelle
Samedi 2 septembre 2006
Mon cher Victor,conseil.jpg

Hier après-midi, j'ai assisté à mon premier conseil des maîtres, après une matinée agitée, forte en émotions et en rebondissements. Tu comptes nous la raconter ? Oui. Mais en plusieurs temps. Très bien. Du moment que tu nous racontes tout ça et que c'est drôle. Qui t'a dit que ce serait drôle ? Je le sens ! Sache juste que cela ne l'a pas été pour moi...

Hier matin, j'ai été contrainte, à cause d'un évènement indépendant de ma volonté... Lequel ? Je te raconterai ça dans un autre article, Victor. Je disais donc que j'ai été contrainte d'arriver en retard à l'école dans laquelle j'effectuerai mon stage en responsabilité filée. Ton stage en responsabilité filée ? Je m'attendais bien à une question de ce genre. Le stage en responsabilité filée est une nouveauté de cette année : les PE2 assurent les "décharges" un lundi par semaine dans une école, tout au long de l'année. Ah... Ce qui signifie ? Ce qui signifie qu'ils prennent la classe toute la journée du lundi. D'accord. Tu vas donc prendre la classe dès lundi prochain ? Mon cas est un peu spécial. Etant donné que je quitte bientôt le pays pour les contrées britanniques, je ne commencerai réellement ce stage qu'à ma rentrée de janvier, même si l'instit' que j'ai rencontrée hier (j'ai omis de préciser, Victor, que j'ai une classe de CE2 !) m'a proposé de prendre en charge des séances dès le lundi suivant la rentrée. Enfin, ne déflorons pas ce qui fera l'humour de cette journée.

Hier matin, donc, j'arrive à l'école vers 10 h 45. J'avais, avec la conscience professionnelle qui me caractérise, prevenu l'école par l'intermédiaire de la concierge que j'arriverai avec du retard. Qu'est-ce qui t'a mis en retard ? Tu le sauras dans un autre article. Je lui explique donc que je suis "affectée" dans une classe de CE2, elle acquiesce, prend mon nom, et court prévenir le directeur de mon retard. Je me rends à mon rendez-vous de 9 h la conscience tranquille et me présente, la bouche en coeur à l'école J.M. vers 10 h 45. La charmante concierge m'indique le chemin vers la classe de CE2, spécifiant qu'elle va prévenir l'enseignant concerné de mon arrivée, et j'apprends, avec une joie non dissimulée, que le conseil des maîtres se tiendra l'après-midi : je n'ai donc rien raté, et je suis dans les meilleures dispositions qui soient pour rencontrer l'IMF qui m'accueille dans sa classe. IMF ? Instituteur Maître Formateur. Je monte donc les escaliers d'un pas alerte, examine ces couloirs encore vides, qui, bientôt, entendront résonner les pas de classes entières, cris, rires... Je cherche une porte notée "CE2", quand soudain :

- Mirabelle, c'est par ici ! Mirabelle !

Un enseignant m'ouvre grand la porte de sa classe. Se présente. Il s'appelle M.C, c'est lui qui m'accueille. Il prend des nouvelles de mon rendez-vous de ce matin et affiche un sourire désolé devant ma réponse. Qu'est-ce que c'était que ce rendez-vous, Mirabelle ? Tu le sauras plus tard, Victor ! Il me fait entrer, me présente J.P, sa "décharge", c'est à dire l'enseignant avec qui il partage sa classe deux journées par semaine. Ils préparent leur programmation et discutent des livres choisis pour l'année. On m'invite à m'asseoir et à observer. Et là... Là, ce que je vois me met dans tous mes états. Sur tous les livres (mathématiques, français...), sur la tranche, je lis "CM1-CM2". Argl... Tu t'étais trompée de classe ? Oui. Cependant, ce n'était pas de ma faute, comme je vais te l'expliquer.

Pendant les dix minutes qui suivent, je réfléchis à un moyen adroit d'amener la méprise. De m'excuser. Et de regagner ma classe, mon CE2. Enfin, quand J.P quitte la classe pour aller fouiller dans la bibliothèque d'une collègue, je me lance, bredouillante :

- Euh... Excusez-moi... Vous allez trouver ça bizarre mais... Euh... Je crois qu'il y a une erreur... Euh... On m'avait dit que j'avais un CE2... Et euh... J'ai bien peur de m'être trompée.

Après que M.C m'ait rassurée ("mais non, voyons, ne sois pas gênée, ça n'est pas grave !"), il m'interroge sur le nom de mon IMF. Nouveaux bafouillis de ma part, moi qui n'ai pas assisté à l'intégralité de la réunion de jeudi, prise par un rendez-vous à 17h. Encore un rendez-vous ? Oui... Je n'avais donc pas, malgré toute ma bonne volonté, pu assister au volet important de cette journée de rentrée, volet attribuant une classe de responsabilité filée aux étudiants partant à l'étranger. Jeudi soir, donc, alors que j'écrivais cet article sur la réunion, Sophie m'appelle et m'informe qu'elle m'a inscrite à l'école J.M, dans ma petite ville, et que nous avons obligation d'être sur place pour le conseil des maîtres. Quelle histoire... Me voilà donc expliquant tout ça à cet enseignant qui n'est pas mon IMF. Il me propose de rester dans sa classe malgré tout, je n'ose dire non (je n'ai jamais fait de CE2 et je crains les classes à double-niveau) et me voilà faisant les présentations de ces cahiers du jour. Tu restes donc avec cet homme ? Mais cela ne va pas poser problème par rapport à l'IUFM si tu fais un CM1-CM2 au lieu d'un CE2 ?

J'ai soulevé ce problème auprès de M.C, qui finit par se lever pour aller interroger la fameuse collègue de CE2 : doit-elle, ou non, accueillir un PE2 ? Quand il revient, j'ai terminé les cahiers du jour (il est enchanté, cela lui fait cela de moins à faire...), et il m'annonce qu'effectivement, je suis bien avec Mme B., qui part dans une demie-heure mais que je verrais cet après-midi avant le conseil des maîtres. Apparemment, la concierge a mal renseigné son monde, et avait compris que j'étais affectée en CM1-CM2. Me voilà soulagée : je fais un CE2 ! Ouf ! Je peux donc, à midi, rejoindre Sophie dans sa magnifique C3, C3 qui nous emmènera déjeuner chez elle (Sophie habite le quartier), dans la quiétude rassurante du foyer.

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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Dimanche 3 septembre 2006
Mon cher Victor,


C'est avec une grande déception que je t'annonce la terrible nouvelle : j'ai ENCORE raté mon permis de conduire. C'est pas vrai ?! Tu ne m'avais pas dit que tu devais le repasser ! Je ne suis pas folle : je ne voulais pas que tu me mettes la pression ! Je ne t'aurais pas mis la pression, Mirabelle ! Au contraire, j'aurais essayé de te donner confiance ! On dit ça, on dit ça... J'ai passé l'examen jeudi matin : il s'agissait du rendez-vous extrêmement important que j'évoquais dans cet article. On s'en serait douté !

En essayant d'être positive, je dirais que cela s'est tout de même mieux passé que lors de la précédente tentative, où j'avais complètement perdu mes moyens. Pour preuve de cette amélioration : pendant les trente-cinq minutes où j'ai été au volant, l'inspectrice (car c'était une femme et ne dis rien, Victor, car je t'assure que cela n'a pas joué en ma faveur...) n'a pas freiné une seule fois. C'est déjà bien ! C'est d'ailleurs pour cette raison que je n'ai pas choisi de joindre à cet article l'image d'une voiture accidentée. Je souhaitais garder une note de légèreté, d'où les Simpsons. Une légèreté un peu balourde, tout de même, Mirabelle ! J'aime bien, moi, les Simpsons. J'entretiens justement une certaine tendresse pour leur balourdise... Si ça te plaît !

Revenons à nos moutons. J'avais pour objectif de repasser le permis avant de partir en Angleterre. Lors de mon avant-dernière leçon de conduite (ou plutôt celle que je CROYAIS la dernière) je suggère donc à mon moniteur de m'inscrire à l'examen avant mon départ.

- Tu pars quand exactement ?
- Vers le 20 Septembre.
- Le problème, c'est que je n'ai qu'une date avant le 20.
- Et c'est quand ?
- Après-demain.
- Allons-y pour après-demain, alors !

Et voilà comment j'ai repassé le permis en express. Seulement deux jours de stress. Tiens, ça rime ! Merci, Victor, j'avais remarqué ! Dans la nuit du 31 Août au 1er Septembre, mes rêves sont peuplés de C3, d'inspecteurs et de virage, et quand je me réveille au son du réveil... C'est fait exprès, toutes ces rimes ? Même pas ! Donc, quand je me réveille, je suis exténuée.

Je connais le refrain du permis, désormais. Mais quand je vois arriver, de loin, la C3 bleue de mon auto-école, mon ventre se noue. L'inspecteur est une inspectrice. Mon mystérieux inconnu est persuadé que "ça va bien se passer", et se réjouit que ce soit une femme, bien que, selon lui, "les femmes au pouvoir sont dangereuses". Je t'autorise, Victor, ainsi que nos lecteurs (et surtout lectrices !) à formuler des critiques par rapport à cette affirmation erronée, et précise, d'ores et déjà, que mon mystérieux inconnu est doté d'un humour parfois pas très drôle ! C'est embêtant, pour de l'humour ! Je suis bien de ton avis !

9 h 30. Je monte à bord de la C3. Je ne cale pas au bout de dix mètres, ce qui est plutôt bon signe. Les cinq premières minutes se déroulent parfaitement bien. La monitrice dépêchée au permis par mon auto-école fait la conversation à l'inspectrice. Un peu plus et on croirait que cette dernière ne me prête aucune intention, ayant accordé toute sa confiance à la conductrice que je suis.

- Vous vous arrêterez près de la voiture bleue, là, et vous ferez un créneau.

Fichtre. Mon coeur frémit. Un créneau. Lors de mes dernières leçons de conduite, mes créneaux étaient fluides, bien maîtrisés. Mais j'ai peur. A juste titre : je m'y reprends à trois fois pour cette satanée manoeuvre, reproduisant systématiquement la même erreur. Mon esprit s'emballe. Je ne parviens pas réfléchir à la solution miracle pour redresser la barre. L'inspectrice me fait remarquer que "quand même, Mademoiselle, on ne va pas y passer la nuit". Je viens à bout de mon créneau, laborieusement, au bout de plusieurs tentatives infructueuses et de soupirs agacés de l'inspectrice. Cette manoeuvre est un échec, je le sais. Je n'ai pas redressé les roues. Mal à l'aise, obsédée par la difficulté que me pose ce créneau, j'en ai oublié l'une des principales règles de la marche arrière, à savoir regarder derrière soi. Quand j'ai immobilisé la voiture, l'inspectrice me pose une question concernant l'intérieur du véhicule. Par chance, je tombe sur LA MEME QUESTION qu'à mon premier passage. Je réponds sans hésitation aucune. Nous repartons. Je tente de me calmer, de respirer tranquillement.

Nous voilà hors agglomération. Je passe la quatrième. Pas la cinquième, ce qui me vaut une remarque de l'inspecteur. Allons-y pour la cinquième. Je suis à 70 km/h alors que la limitation de vitesse pour jeune conducteur est à 80 km/h. L'inspectrice m'encourage à accélérer. Problème : j'ai du mal à doser l'accélération, et le compteur s'envole... A 90 km/h !

- Il ne faut pas exagérer non plus, Mademoiselle !

Argl. Je l'agace de plus en plus, c'est évident. Mon excès de vitesse n'aura pourtant duré qu'une fraction de secondes. Je vois le permis s'envoler... Surtout quand, à l'approche d'une priorité à droite, avec une visibilité excellente, je rétrograde en seconde par pur automatisme. Pour l'inspectrice, c'est la goutte d'eau :

- Non mais vous vous fichez du monde, Mademoiselle ! Vous voyez bien qu'il y a une excellente visibilité ! Ne passez pas ici en seconde ! N'exagérez pas !

Plus loin, à la sortie d'un virage serré, une petite ruelle, accessoirement "priorité à droite" sans signalisation, échappe à mon regard pourtant attentif. Aie. Je sais que c'est terminé. La suite du parcours se déroule sans trop d'erreurs. Une marche arrière en ligne droite, manoeuvre que je déteste mais avec laquelle je m'en sors à peu près. Une nouvelle question, cette fois sur l'extérieur du véhicule, concernant le liquide de refroidissement. Je suis certaine de ma réponse, malgré les coups d'oeil suspicieux de l'inspectrice :

- C'est tout, vous êtes sûre ?
- Oui.

Puis une section de périphérique. Qui ne me pose pas de problème. Et retour à la case départ, avec la mention "insuffisant". Cette fois, en sortant de voiture, j'ai droit à un sourire de la monitrice de mon auto-école : "Ce sera pour la prochaine fois...". Pour la prochaine fois... Espérons. Je rejoins mon mystérieux inconnu en traînant des pieds, retenant mes larmes. Il m'attend quelques mètres plus loin, n'a plus qu'à me ramasser à la petite cuillère avant de m'emmener à l'école J.M pour cette fameuse pré-rentrée.

Bon eh bien... Cela ne s'est pas déroulé comme tu l'avais espéré... Mais ce n'est pas si grave, Mirabelle... Ce sera pour la prochaine fois... C'est ce que je me dis. Ce deuxième échec est pourtant difficile à avaler, même si je sais que là non plus, je n'ai pas mérité le permis. Cependant, comme je te le disais tout à l'heure, Victor, j'ai été nettement plus performante que lors de ma première tentative, et c'est en cela que je garde espoir. Même si je me considère toujours, il faut bien le dire, comme un phénomène de foire, même si j'ai profondément honte de moi et de la piètre conductrice que je suis. Je n'aurai pas le permis avant de partir en Angleterre. Et dans trois mois, il faudra tout recommencer...

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publié dans : Roulez, jeunesse ! par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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