Vendredi 12 janvier 2007
Mon cher Victor,
Mardi et mercredi dernier, j'ai effectué mon stage de formation commune. Ton stage de formation commune ? Si tu es largué, relis cet article ! Bref. Tu m'écoutes ? Point n'est besoin de poser la question...
Mardi midi, il était prévu une journée à l'IEM. L'IEM ? Institut d'Education Motrice. A ne pas confondre avec IME ! Et qu'alliez-vous faire dans cet établissement ? Nous allions visiter cet Institut en vue de "modifier nos representations" selon les mots de notre formateur. Confrontation avec la réalité. C'est à dire ? Des personnes handicapées moteur. Pas de handicap mental. Ou plus exactement des enfants dont la motricité est la déficience principale.
Je suis arrivée à l'IUFM le mardi matin la peur au ventre. Je ne te le cache pas... Je n'ai été jusqu'ici que très peu confrontée au handicap physique (ainsi qu'au handicap mental, d'ailleurs...) et je désirais, une fois pour toutes, me foutre un bon coup de pieds dans le derrière et combattre mes craintes. Revenir à cette petite fille qui voyait l'essentiel. Quand je m'installe dans la classe, avec mes petits camarades (nous étions une douzaine à avoir choisi ce module), notre formateur attaque bille en tête :
Je te l'avoue, Victor, j'ai menti. Comme toute la classe d'ailleurs je pense. Car, en guise de réponse, des "non" hésitants. On secoue la tête. Ou on baisse les yeux. Bref... Tout le monde est mal à l'aise ! Après une présentation très courte de l'Institut et l'organisation du covoiturage, nous voilà partis. J'ai le coeur qui bat. Et la sensation que je ne serai plus la même le soir, en rentrant chez moi...
Ma première perception de l'IEM est celle d'un cliquetis. Duquel, je ne sais pas... Et le glissement feutré de roues. Roues de fauteuil roulant. Des crissements de béquilles sur le sol. J'observe mes camarades. Ils sont aussi mal à l'aise que moi. Nous sommes accueillis dans une salle de réunion. Le directeur-adjoint évoque l'Institut (sa structure, son projet...), dans des termes qui, parfois, me choquent assez (il associe les enfants _ ah oui, j'ai oublié de te dire, Victor, que cet Institut s'adresse à des enfants et adolescents entre six et vingt ans_ à des "clients") et fait hausser les sourcils de mon formateur. Il nous invite ensuite à passer dans le réfectoire pour prendre le repas avec les enfants.
Un moment que je redoute. Les enfants sont déjà à table. Je m'asseois à la première venue. A côté de moi, à ma gauche, le petit Johnny, 9 ans. Il est en fauteuil roulant. En face de moi, Arnaud, en fauteuil roulant lui aussi. Il me semble plus "marqué" par le handicap que Johnny. Enfin, à deux chaises de moi, Kenny, qui lui, n'est pas en fauteuil roulant. Je me présente, ainsi que les deux autres stagiaires qui ont pris place avec moi. Elles sont tout de suite à l'aise. Interrogent les gamins sur leurs emplois du temps, sur leurs cadeaux de Noël etc. Quant à moi... C'est plus difficile. Je n'ose pas regarder les enfants. Les voir ainsi me fait mal et je peine à affronter la réalité. Ce n'est pas facile, Victor, d'accepter la différence, et cela l'est d'autant moins quand ce sont des enfants qui sont touchés. Et puis finalement...
Finalement, le déclic. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. Mais tout à coup, je n'ai plus vu ni les fauteuils roulants, ni les gestes saccadés et inadaptés pour manger, ni la bave qui coule le long du cou, ni les paroles difficilement compréhensibles. Tout ce que j'ai vu, ce sont les enfants. J'ai coupé la viande, écrasé les pommes de terre. Et Johnny m'apprend beaucoup : il m'explique pourquoi il a ce rebord en plastique sur son assiette, montre du doigt "ses copains", énumère leurs handicaps, me montre sa fourchette "pas comme les autres", interpelle son voisin en hurlant de rire, gesticule sur sa chaise en évoquant Johnny Halliday, dont il est fan, comme son papa. D'où le prénom ! Oui, exactement ! Je n'entends plus que Kenny, très fier d'avoir trois filles à sa table, et le rire suraigu d'Arnaud, qui bave partout et gigote de joie, tout excité qu'il est par toute cette attention centrée sur lui. Quant à Kenny, il me reproche de ne pas l'écouter assez, et me voilà dans l'obligation de lui expliquer que je n'ai pas une oreille pour chaque enfant ! Au bout de vingt minutes, je m'aperçois avec fierté que je suis aussi ravie que les mômes... Et c'est un grand pas en avant !
Mardi et mercredi dernier, j'ai effectué mon stage de formation commune. Ton stage de formation commune ? Si tu es largué, relis cet article ! Bref. Tu m'écoutes ? Point n'est besoin de poser la question...
Mardi midi, il était prévu une journée à l'IEM. L'IEM ? Institut d'Education Motrice. A ne pas confondre avec IME ! Et qu'alliez-vous faire dans cet établissement ? Nous allions visiter cet Institut en vue de "modifier nos representations" selon les mots de notre formateur. Confrontation avec la réalité. C'est à dire ? Des personnes handicapées moteur. Pas de handicap mental. Ou plus exactement des enfants dont la motricité est la déficience principale.
Je suis arrivée à l'IUFM le mardi matin la peur au ventre. Je ne te le cache pas... Je n'ai été jusqu'ici que très peu confrontée au handicap physique (ainsi qu'au handicap mental, d'ailleurs...) et je désirais, une fois pour toutes, me foutre un bon coup de pieds dans le derrière et combattre mes craintes. Revenir à cette petite fille qui voyait l'essentiel. Quand je m'installe dans la classe, avec mes petits camarades (nous étions une douzaine à avoir choisi ce module), notre formateur attaque bille en tête :
- Première question... Est-ce que vous appréhendez cette visite ?
Je te l'avoue, Victor, j'ai menti. Comme toute la classe d'ailleurs je pense. Car, en guise de réponse, des "non" hésitants. On secoue la tête. Ou on baisse les yeux. Bref... Tout le monde est mal à l'aise ! Après une présentation très courte de l'Institut et l'organisation du covoiturage, nous voilà partis. J'ai le coeur qui bat. Et la sensation que je ne serai plus la même le soir, en rentrant chez moi...
Ma première perception de l'IEM est celle d'un cliquetis. Duquel, je ne sais pas... Et le glissement feutré de roues. Roues de fauteuil roulant. Des crissements de béquilles sur le sol. J'observe mes camarades. Ils sont aussi mal à l'aise que moi. Nous sommes accueillis dans une salle de réunion. Le directeur-adjoint évoque l'Institut (sa structure, son projet...), dans des termes qui, parfois, me choquent assez (il associe les enfants _ ah oui, j'ai oublié de te dire, Victor, que cet Institut s'adresse à des enfants et adolescents entre six et vingt ans_ à des "clients") et fait hausser les sourcils de mon formateur. Il nous invite ensuite à passer dans le réfectoire pour prendre le repas avec les enfants.
Un moment que je redoute. Les enfants sont déjà à table. Je m'asseois à la première venue. A côté de moi, à ma gauche, le petit Johnny, 9 ans. Il est en fauteuil roulant. En face de moi, Arnaud, en fauteuil roulant lui aussi. Il me semble plus "marqué" par le handicap que Johnny. Enfin, à deux chaises de moi, Kenny, qui lui, n'est pas en fauteuil roulant. Je me présente, ainsi que les deux autres stagiaires qui ont pris place avec moi. Elles sont tout de suite à l'aise. Interrogent les gamins sur leurs emplois du temps, sur leurs cadeaux de Noël etc. Quant à moi... C'est plus difficile. Je n'ose pas regarder les enfants. Les voir ainsi me fait mal et je peine à affronter la réalité. Ce n'est pas facile, Victor, d'accepter la différence, et cela l'est d'autant moins quand ce sont des enfants qui sont touchés. Et puis finalement...
Finalement, le déclic. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. Mais tout à coup, je n'ai plus vu ni les fauteuils roulants, ni les gestes saccadés et inadaptés pour manger, ni la bave qui coule le long du cou, ni les paroles difficilement compréhensibles. Tout ce que j'ai vu, ce sont les enfants. J'ai coupé la viande, écrasé les pommes de terre. Et Johnny m'apprend beaucoup : il m'explique pourquoi il a ce rebord en plastique sur son assiette, montre du doigt "ses copains", énumère leurs handicaps, me montre sa fourchette "pas comme les autres", interpelle son voisin en hurlant de rire, gesticule sur sa chaise en évoquant Johnny Halliday, dont il est fan, comme son papa. D'où le prénom ! Oui, exactement ! Je n'entends plus que Kenny, très fier d'avoir trois filles à sa table, et le rire suraigu d'Arnaud, qui bave partout et gigote de joie, tout excité qu'il est par toute cette attention centrée sur lui. Quant à Kenny, il me reproche de ne pas l'écouter assez, et me voilà dans l'obligation de lui expliquer que je n'ai pas une oreille pour chaque enfant ! Au bout de vingt minutes, je m'aperçois avec fierté que je suis aussi ravie que les mômes... Et c'est un grand pas en avant !
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
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