XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Vendredi 12 janvier 2007
Mon cher Victor,

Mardi et mercredi dernier, j'ai effectué mon stage de formation commune. Ton stage de formation commune ? Si tu es largué, relis cet article ! Bref. Tu m'écoutes ? Point n'est besoin de poser la question...

Mardi midi, il était prévu une journée à l'IEM. L'IEM ? Institut d'Education Motrice. A ne pas confondre avec IME ! Et qu'alliez-vous faire dans cet établissement ? Nous allions visiter cet Institut en vue de "modifier nos representations" selon les mots de notre formateur. Confrontation avec la réalité. C'est à dire ? Des personnes handicapées moteur. Pas de handicap mental. Ou plus exactement des enfants dont la motricité est la déficience principale.

Je suis arrivée à l'IUFM le mardi matin la peur au ventre. Je ne te le cache pas... Je n'ai été jusqu'ici que très peu confrontée au handicap physique (ainsi qu'au handicap mental, d'ailleurs...) et je désirais, une fois pour toutes, me foutre un bon coup de pieds dans le derrière et combattre mes craintes. Revenir à cette petite fille qui voyait l'essentiel. Quand je m'installe dans la classe, avec mes petits camarades (nous étions une douzaine à avoir choisi ce module), notre formateur attaque bille en tête :

- Première question... Est-ce que vous appréhendez cette visite ?

Je te l'avoue, Victor, j'ai menti. Comme toute la classe d'ailleurs je pense. Car, en guise de réponse, des "non" hésitants. On secoue la tête. Ou on baisse les yeux. Bref... Tout le monde est mal à l'aise ! Après une présentation très courte de l'Institut et l'organisation du covoiturage, nous voilà partis. J'ai le coeur qui bat. Et la sensation que je ne serai plus la même le soir, en rentrant chez moi...

Ma première perception de l'IEM est celle d'un cliquetis. Duquel, je ne sais pas... Et le glissement feutré de roues. Roues de fauteuil roulant. Des crissements de béquilles sur le sol. J'observe mes camarades. Ils sont aussi mal à l'aise que moi. Nous sommes accueillis dans une salle de réunion. Le directeur-adjoint évoque l'Institut (sa structure, son projet...), dans des termes qui, parfois, me choquent assez (il associe les enfants _ ah oui, j'ai oublié de te dire, Victor, que cet Institut s'adresse à des enfants et adolescents entre six et vingt ans_ à des "clients") et fait hausser les sourcils de mon formateur. Il nous invite ensuite à passer dans le réfectoire pour prendre le repas avec les enfants.

Un moment que je redoute. Les enfants sont déjà à table. Je m'asseois à la première venue. A côté de moi, à ma gauche, le petit Johnny, 9 ans. Il est en fauteuil roulant. En face de moi, Arnaud, en fauteuil roulant lui aussi. Il me semble plus "marqué" par le handicap que Johnny. Enfin, à deux chaises de moi, Kenny, qui lui, n'est pas en fauteuil roulant. Je me présente, ainsi que les deux autres stagiaires qui ont pris place avec moi. Elles sont tout de suite à l'aise. Interrogent les gamins sur leurs emplois du temps, sur leurs cadeaux de Noël etc. Quant à moi... C'est plus difficile. Je n'ose pas regarder les enfants. Les voir ainsi me fait mal et je peine à affronter la réalité. Ce n'est pas facile, Victor, d'accepter la différence, et cela l'est d'autant moins quand ce sont des enfants qui sont touchés. Et puis finalement...

Finalement, le déclic. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. Mais tout à coup, je n'ai plus vu ni les fauteuils roulants, ni les gestes saccadés et inadaptés pour manger, ni la bave qui coule le long du cou, ni les paroles difficilement compréhensibles. Tout ce que j'ai vu, ce sont les enfants. J'ai coupé la viande, écrasé les pommes de terre. Et Johnny m'apprend beaucoup : il m'explique pourquoi il a ce rebord en plastique sur son assiette, montre du doigt "ses copains", énumère leurs handicaps, me montre sa fourchette "pas comme les autres", interpelle son voisin en hurlant de rire, gesticule sur sa chaise en évoquant Johnny Halliday, dont il est fan, comme son papa. D'où le prénom ! Oui, exactement ! Je n'entends plus que Kenny, très fier d'avoir trois filles à sa table, et le rire suraigu d'Arnaud, qui bave partout et gigote de joie, tout excité qu'il est par toute cette attention centrée sur lui. Quant à Kenny, il me reproche de ne pas l'écouter assez, et me voilà dans l'obligation de lui expliquer que je n'ai pas une oreille pour chaque enfant ! Au bout de vingt minutes, je m'aperçois avec fierté que je suis aussi ravie que les mômes... Et c'est un grand pas en avant !
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Vendredi 12 janvier 2007
Mon cher Victor,

Poursuivons cet article. J'ai décidé de le saucissonner en quelques conversations, pour ne pas rendre nos entrevues trop indigestes. Car je n'ai pas voulu "condenser" : cette journée à l'IEM m'a touchée à un point tel qu'il est impératif que j'en parle, et dans les détails !

Nous avons parlé hier du repas en compagnie des enfants. Après ce déjeuner, direction la salle des petits pour prendre le café avec les enseignants spécialisés, au milieu des enfants qui jouent. Là encore, on ne peut que "changer ses représentations" en observant des enfants handicapés jouer ensemble. C'est un plaisir ! Parce que ce sont, justement, des enfants, de "vrais" enfants (entre guillemets, bien sûr). Les insultes fusent ("eh vas-y toi ! T'es handicapé !" Si, si je vous assure...), les fauteuils roulants s'affrontent, et les "marchants" se poussent, s'écroulent par terre et se tordent de rire. Les différences se rassemblent et se complètent. On joue. Cruellement. Des enfants ordinaires... On va même jusqu'à dérégler le fauteuil roulant des copains ! Ah oui, effectivement... Pas de pitié !

Puis c'est la visite de l'Institut et des "ateliers", dans lesquels nous sommes dispatchés. Moi, Mirabelle, je suis en atelier bois, avec seulement trois élèves, quatre dans un deuxième temps. L'instituteur spécialisé m'expose le fonctionnement de la classe et les élèves se présentent. Et ce qu'ils me disent n'est ni facile à confier pour eux, ni à entendre pour moi... Les moqueries continuelles en classe ordinaire (plus souvent au collège et lycée qu'en élémentaire, bien souvent), le sentiment d'échec, le rabaissement de soi et le manque de confiance, le rejet du système scolaire. Les rêves qu'on ne réalisera pas : "je voulais être pompier","j'aurais voulu être gendarme". Et l'amertume, la mâturité, les déceptions... Comme une jeune fille, que j'appelerais Elise, en fauteuil roulant. Elise est émue en me racontant son parcours :

Je voulais être secrétaire. Seulement, je me suis renseignée sur Internet et pour être secrétaire, il faut un niveau 3ème au moins. Moi, j'ai... J'ai un niveau scolaire très bas... Alors je me suis dit... Enfin, je pourrai jamais faire ça, quoi... Bon... C'était l'année dernière que je m'en suis rendue compte... Cette année, j'essaie de trouver autre chose... J'aimerais bien avoir un CAT... Mais bon... C'est quand même dur... Parce que je voulais vraiment être secrétaire...

En regardant cette jeune fille, devant sa déception, je me suis sentie bête, chanceuse et inutile. Privilégiée. J'étais là, les bras croisés, à l'écouter. A ne pas savoir quoi dire pour la réconforter. Parce que la vérité, c'est qu'on ne peut pas trouver les mots. Ce que traversent ces personnes sera toujours pour nous, valides, du domaine de l'aperçu. J'entends encore les mots du directeur adjoint, pendant la réunion du matin :

"On ne peut pas se rendre compte, nous, valides, combien notre vie est simple, facile... Rendez-vous compte que beaucoup de locaux, aujourd'hui, qu'ils soient  publics ou non, restent innaccessibles à des personnes handicapés, bien que des efforts soient faits. Rendez-vous compte que quand moi, valide, je veux rentrer dans une pièce, pas de problème. Moi, valide, je ne prête pas attention au cadre de la porte. Je passe, c'est tout. Pour des personnes handicapées, dix malheureux centimètres font la différence. Et ils ne passent pas. Pareil pour cet interrupteur. S'il est bas, moi, valide, il ne me gêne pas. S'il est plus haut, moi, valide, il ne me gêne pas. Par contre, si pour moi, c'est simple, pour un handicapé, ce sera plus difficile. Il n'atteint pas le bouton, même en tendant le bras."

Je pensais à tout ça, en écoutant Dylan me raconter qu'il devait apprendre à prendre le bus pour rentrer chez lui. Que jusqu'ici, il y allait en taxi. Que c'était difficile. Que son souhait le plus cher était d'un jour avoir un travail, un appartement, des amis, une épouse. Bref. Une vie sociale épanouie. Etre autonome. Quand on entend un gamin de quatorze ans vous parler de ses difficultés en vous regardant dans les yeux, en faisant tout son possible pour accepter son handicap, quand on l'entend vous dire, malgré tout, qu'il pense encore aux humiliations subies au collège, qu'il a peur de sortir et de croiser le regard des gens, je peux vous dire que tout à coup, on se sent tout petit. Je peux vous dire, vraiment, qu'il nous donne une belle leçon d'humilité.

Et puis le directeur-adjoint est revenu me chercher pour retourner dans la salle de réunion avec le reste du groupe. J'ai remercié. Dit au revoir. Souri. J'ai refermé la porte derrière moi. Profondément bouleversée. Et pleine de culpabilité. Une culpabilité stupide mais incontrôlable.
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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