XXIeme siecle

Novembre 2007
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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Vendredi 2 novembre 2007
Mon cher Victor,

emmenager.jpg

Tu as déjà une connexion internet chez toi ? Hu là, hu là... Pas de panique  !  Cette conversation n'est possible que parce que je suis  "en visite" chez mes parents :  n'ayant pas encore de ligne téléphonique dans mon appartement, je n'ai donc aucun accès à la blogosphère et suis complètement coupée de ta  présence magique, mon pauvre Totor... Même si tu trônes sur mon mur ! Je trône sur ton mur ? Oui. J'ai affiché un magnifique portrait de toi... Tu sais, celui où tu sembles si pensif ? Ah... Celui où je prends mon regard d'artiste ? C'est ça ! Très bon choix, Mirabelle, très bon choix !

Bref. Pour ce soir, je suis invitée à manger chez mes parents. Et bien que je ne sois officiellement chez moi que depuis trois jours (aaah, parle moi du bonheur des cartons dans lesquels on bute ! Parle moi du ménage à faire, des meubles à monter, de l'ascenseur trop petit !), revenir en ces lieux, en ce foyer qui me manquait tant lors de mon exil chez les British, me fait une drôle d'impression. Comme un retour en arrière. Comme si je n'étais pas tout à fait à ma place. Aaaah ! C'est bon signe, ça ! Ca veut dire que tu te sens à ta place dans ton appartement ! Eh bien, c'est un entre-deux. Chez moi, je fais la conversation à mon chat (oui, Nougatine va bien, merci)  et j'ai, par instants, un sentiment de solitude si fort que j'en ai envie de courir retrouver parents et... Chambre vide. C'est gai ! Mais rassure-toi. Les trois quarts du temps, quand je suis sur mon balcon, la nuit tombée, quand j'admire l'église illuminée sur laquelle j'ai vue, quand je domine la ville du haut du sixième étage, je suis parcourue d'une onde de paix, de sérénité, d'aboutissement que je n'avais jamais connue auparavant. Je suis contente d'être chez moi. Enfin. Depuis le temps que tu l'attendais !

Ce soir, alors que je profite de l'ordinateur familial et du siège en cuir pour venir bavarder avec toi, j'entends les couverts qui tintent : mes parents s'affairent dans la cuisine. Au menu : foie gras, salade. Il y a en fond le tic tac de l'horloge, ce tic tac que je connais par coeur. Il suffit que je me concentre sur ce que je dis, Victor, pour que j'oublie que je n'habite plus ici. Comme dirait Ours, la maison de mes parents, c'est ma maison.  Ce qui ne veut pas dire que je ne rentrerai pas chez moi avec plaisir ! Parce que j'ai tout de même eu, tout à l'heure, en passant le seuil, cette sensation de flottement, ce flou, comme si j'étais projetée dans un monde qui n'a pas réellement existé. Ou alors, il y a longtemps, il y a très longtemps... En trois jours, après avoir monté des marches, vidé des cartons, fait les poussières, pensé ma déco et l'agencement de mes meubles, j'ai fait plus de chemin qu'en trois mois. J'ai été plus loin dans mon évolution qu'en vivant de l'autre côté de la Manche, pour une expérience hors du commun. C'est la vie qui veut ça !

Et si ma mère a pleuré, tout à l'heure, à l'idée que je devrais repartir après le repas, si mon père a concédé que "l'étape serait difficile pour tout le monde", si j'ai gorge et coeur serré en m'asseyant au milieu de ma chambre vide, en contemplant ces étagères vides, ces meubles vides, ce sommier inutile, ce placard vide, je me dis qu'il faut en passer par là. Parce que c'est l'histoire de la vie.
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publié dans : Le tourbillon de la vie par Mirabelle
Samedi 10 novembre 2007
Mon cher Victor, panique-copie-1.jpg

J'ai de nouveau accès à Internet depuis quelques jours... Ce qui veut dire que nous pourrons converser à peu près régulièrement ! Je vais bien, Mirabelle, merci ! Excuse-moi, Victor ! Tu débarques après une importante période de silence, pas un bonjour, tu ne t'informes pas un seul instant sur ma petite santé... Il faut le dire, Mirabelle, si je compte pour des prunes ! Parce que dans ce cas, je me lève, je prends ma tasse, et au revoir ! Tu seras bien embêtée alors ! A quoi ressemblera ton blog ?! Sous-entendrais-tu que je suis légèrement égocentrique ? Euh... Pas que légèrement ! Bon. Je vais faire des efforts. Promis !

Alors comment vas-tu, Victor ? Eh bien, on fait aller, comme on dit. J'attendais un carton d'invitation pour visiter ton appartement mais, bizarrement, je n'ai toujours rien reçu... Peut être parce que je ne t'ai rien envoyé ? Hem... Comprends-moi, Victor : l'immeuble est occupé, en majorité, par des personnes âgées, et je crains que leurs petits corps les lâche si elles croisent, dans l'ascenseur, le célèbre barbu que tu es ! Bon, bon... Tu es bien installée, au moins ? Très. N'aies aucune inquiétude à ce sujet. Et la reprise ? Ah. La reprise... C'est une autre affaire ! Puisque tu me lances sur le sujet, faisons un petit bilan de mes débuts de maîtresse. Que dire de cette Période 1 qui s'est achevée ? Si je devais choisir trois noms pour la qualifier, je dirais "improvisation", "urgence","culpabilité".

"Improvisation" car quand on ne sait pas où on va, qu'on est obligé de se coucher "à peu près" tôt pour préserver sa santé mentale, il arrive parfois qu'on débarque à l'école en totale ignorance de ce qu'on va faire. Ah ? Eh oui. Et bien que les instits débutants ne le claironnent pas sur tous les toits (parce qu'il faut bien avouer que ce n'est pas très glorieux), je demeure persuadée que je ne suis pas la seule. Cependant... L'improvisation n'a pas que des inconvénients. Si elle est proscrite par le discours IUFMesque, plus j'avance dans la profession et plus je me dis qu'elle est parfois inévitable, et FOR-MA-TRICE : l'improvisation nous apprend à rebondir, à ne pas rester bloqué sur des préparations foireuses... Bref : à s'adapter !

"Urgence" car je n'ai pas eu le temps, durant cette période 1, d'avoir la démarche conseillée par l'IUFM : prendre du recul par rapport à ma pratique. Ou en tous cas, si j'en ai pris, ce n'était pas suffisant. Ben oui... Pour prendre du recul par rapport à sa pratique, il faut d'abord... Savoir ce qu'on fera en classe le lendemain ! Même si j'ai progressé là-dessus en fin de période (je me disperse moins, utilise moins de bouquins et gagne ainsi du temps), il faut bien avouer que la majorité de mes soirées étaient occupées à m'interroger sur le classique "Mon dieu, mais que vais-je faire demain ?", à me noyer dans les manuels et autres ressources Internet. Parachutée sur un poste une semaine après la rentrée, avec un week-end pour préparer le minimum (mais alors vraiment le minimum), tu sais, mon Victor, que... Que tu n'avais ni progression ni programmation ! Tu nous l'avais assez répété ! Oui. Et du coup, quand on ne sait pas où on va, quand on tâtonne, il est difficile de proposer des activités cohérentes entre elles. On travaille dans l'urgence, face à l'impératif de donner aux élèves "des choses à faire". On n'a pas le temps de se demander si la manière dont on va présenter les choses est réellement appropriée ou non. Comme nous l'avait justement dit une IMF l'année dernière : "Quand on débute, on est embourbé dans les contenus et on n'a pas le temps de réfléchir à sa pédagogie. La réflexion vient avec l'expérience, quand on est devenu plus efficace et que l'on s'est libéré du temps.". C'est pas moi qui le dis ! Mais tu es d'accord.

"Culpabilité". Oui. Culpabilité. Parce qu'on culpabilise ou plutôt... Parce que JE culpabilise de ne plus en pouvoir le soir quand je rentre chez moi et de parfois céder très rapidement à l'appel du lit, sous peine de péter un câble le lendemain devant les gosses. Sans chercher à me donner bonne conscience, je pense profondément que ce n'est pas rendre service aux enfants que de leur offrir une maîtresse aux yeux cernés, fatiguée et irritable. La fatigue, c'est une première culpabilité. C'est un peu stupide, Mirabelle : personne n'est héroïque, et il est naturel que ton corps te rappelle parfois à l'ordre ! Certes. Mais nous, PE2 sortants, sommes le fruit d'un "conditionnement" (entre guillemets bien sûr) qui attend de nous que nous fassions tout, que nous tendions vers la perfection. Et quand on s'aperçoit, après un été à rêver des instants merveilleux que l'on passera en classe, que la réalité, c'est qu'on rame plus qu'on ne l'aurait pensé, on se dit que c'est de sa faute, que notre inefficacité n'a d'égale que notre nullité. Humm... Bref. Quand on a envie de bien faire son boulot, quand on a en tête un idéal d'enseignement que l'on est pas encore capable d'atteindre, naît un sentiment de frustration et de culpabilité dont il est difficile de se défaire.

Voilà donc le bilan que je tire de cette période 1. J'espère partir sur de bonnes bases pour la période 2 et attends avec angoisse et curiosité le 19 Novembre. Pourquoi donc le 19 ? Parce que ce jour-là, une conseillère pédagogique viendra me voir. Inutile de te dire que je ne pense plus qu'à cela. 
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Lundi 12 novembre 2007
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publié dans : Les galipettes de Nougatine par Mirabelle
Mardi 13 novembre 2007

Mon cher  Victor,

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Cet après-midi, 16 h 20. Nous rentrons du gymnase et j'annonce, avec un plaisir non dissimulé, que pour  les quinze minutes qui nous restent, nous allons chaaaaaanter ! Tu connais, Victor, ma passion pour le chant. Eh bien... Moins que tu ne sembles le penser ! Tu ne m'as , au fond, que très peu parlé de ton expérience de chanteuse amateur  ! C'est vrai. C'est un chapitre de ma vie qui, pourtant, me tient profondément à coeur :  je rêve encore, parfois, de monter sur scène... Quand je ne croule pas sous les fiches de séquence et les corrections de cahiers du jour  ! Bref.

Cet après-midi, donc, j'entreprends  d'apprendre aux élèves le  refrain de la chanson "Rame" d'Alain Souchon, dans le but d'en faire un canon.
Campée devant le tableau, scrutée par vingt-cinq paires d'yeux, je retrouve une sensation qui, je m'en aperçois, m'avait manqué : celle de chanter devant un public. Sauf que le public en question n'est pas une masse noire, à peine éclairée, dont je ne discerne pas les visages, mais ma classe, mes élèves à moi, mes CE2-CM1, que j'aime. Je retrouve tout. Ce trac. Cette boule au ventre. Cette excitation. Vont-il aimer ?

Enfin, je me lance. En les regardant. Je vois des yeux scintiller. Je vois des sourires. J'entends des "oh". Je me sens bien. Ils ont la bouche grande ouverte, le coeur aussi. Quand je me tais, Lorie lève la main :

"Maîtresse, ce n'est pas maîtresse que vous auriez dû faire... C'est la Nouvelle Star !"
. Puis il y a des "oui" murmurés, plein d'admiration. Des sourires jusqu'aux oreilles. Et toujours les étincelles dans les yeux. Ondine, d'un ton suppliant, me demande : "Dites, Maîtresse, vous voulez bien la rechanter ? C'était beau !". J'acquiesce avec un sourire, en précisant que bien sûr ils devront bien m'écouter pour mémoriser la mélodie, puisque nous l'apprendrons. Après tout, mon métier est maîtresse, pas chanteuse. Et même si j'adorerais un jour chanter mes textes, j'aime aussi éveiller chez mes mômes le goût d'apprendre. Ce qui tombe bien puisque c'est ton métier ! Tout à fait !

Quand j'ai terminé de chanter le refrain, Gontrand me gratifie d'un "Maîtresse, qu'est-ce que vous chantez bien !", émis dans un souffle. Je me sens rougir de plaisir. Le mot "Star Ac'" est sur toutes les lèvres... On en revient toujours aux mêmes ! Je me retiens de dire aux gosses ce que je pense de ce programme qui gomme toutes les spécificités artistiques des candidats, et tourne ma langue sept fois avant d'avouer qu'il faut être bien débile pour participer à cette émission. Néanmoins, je souris intérieurement : l'allusion à ce jeu de télé-réalité me rappelle la réflexion d'une gamine de centre aéré qui m'avait dit, alors que, en tant qu'animatrice, j'avais chanté je ne sais plus quel titre à la mode : "Mirabelle, tu chantes trop bien ! On dirait Jenifer !"

Bref. Après quelques onomatopées pour favoriser l'apprentissage, nous parvenons à un résultat à peu près acceptable concernant la mémorisation de la mélodie. Il est 16 h 30. Avant de sortir de classe, alors que je suis, comme à mon habitude, la main sur la clanche, collant la porte, disant au revoir à mes élèves avec mon beau sourire de maîtresse épanouie, Lorie me lance :

"Ah ! Maîtresse ! Maîtresse ! Quand je vais dire à ma maman que ma maîtresse est chanteuse !"

Et la voilà qui sort de la classe en souriant. Ce sourire est tout ce dont j'ai besoin pour terminer ma journée de bonne humeur.


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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Jeudi 15 novembre 2007
Mon cher Victor,

Parce que ce sont les seuls qui me perçoivent ainsi... Parce qu'ils ont vu mon manteau rouge, mon jean indémodable, le maquillage sur mes yeux, mes boots à talons, jusqu'au sac à dos sur mes épaules. Parce qu'ils m'ont représentée avec le sourire. Parce que je me trouve belle, moi, sur ce dessin...


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Par contre, j'ignorais que mes CM1 en étaient déjà aux nombres relatifs !
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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