Mon cher Victor,
Après-demain, à midi, je saurai si je vais à l'oral ou non. Ca se rapproche ! Lentement, cependant. L'attente devient insupportable. Je suis obsédée par ces résultats. Cela se comprend aisément... Mais je te conseille de te détendre : amuse-toi, vois du monde... En bref : change-toi les idées ! Impossible. Vraiment ! Impossible. Il me semble ne plus vivre que pour ces résultats. J'ai dépassé toute réflexion, tout raisonnement. Je ne suis plus qu'une boule de nerfs. J'attends, j'attends, j'attends... J'imagine l'heure de vérité. J'envisage le pire, et dans la seconde qui suit, le meilleur. Si les résultats auront du retard. Si je vais pleurer ou sauter comme un ressort. Mon esprit est totalement accaparé par cette attente. Tu ne révises pas au cas où ? J'ai honte de le confesser mais non. Mais enfin, qu'est-ce que tu veux ?! Gâcher toutes tes chances ?! Tu t'en mordras les doigts, mercredi midi, si tu t'aperçois que tu vas à l'oral ! Je sais tout cela, Victor... Mais comment t'expliquer ? Je ne PEUX PAS travailler. Ca n'a aucun sens. Mon avenir est un trou béant, sous mes pieds, et si je fais un pas, je vais tomber. Alors je préfère rester sur place. Ne plus bouger. Je ne ferai mon premier pas que mercredi midi. Je ne PEUX PAS faire autrement. Si tu le dis... Enfin, tu me déçois un peu, Mirabelle, permets-moi de te le dire ! Mets-toi un peu à ma place, Victor !
Les jours sont interminables. Je compte les heures, les minutes. J'ai l'impression de grimper un escalier qui n'en finit pas. Ca tourne, ça tourne, et je suis au bord du malaise. Depuis la fin des écrits, le temps a suspendu son vol. Mes journées à l'IUFM sont de jolis rêves dont je vais devoir m'éveiller. Face à tous ces discours ("il faut commencer à préparer votre entretien d'EPS","Quand vous serez devant le jury, regardez-le dans les yeux","Je veux que vous soyiez parfaitement au point sur les Instructions Officielles le jour J"), je me dis : "Ca ne sert à rien, tu n'iras pas, tu n'iras pas, et tu finiras seule, chez toi, à pleurer." C'est exactement le genre de raisonnement que tu ne dois pas adopter ! Cela n'a plus rien d'un raisonnement, Victor. C'est spontané. Irréfléchi. Intuitif. L'attente m'a plongé dans un état de léthargie intellectuelle qui m'a encrassé les neurones. Je ne sais plus penser autrement. Je suis branchée sur "repeat", c'est tout. J'attends. Encore et toujours. Je n'ai l'énergie pour rien. Je ne ressemble à rien.

Bavardages