Mercredi 4 avril 2007
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La maman de Germain m'a ramenée plus tôt à la maison. Elle a dit que c'était Papa qui voulait, qu'il avait téléphoné. Moi, je ne voulais pas, on s'amusait bien avec Germain, on jouait au foot dans son jardin. Mais il a fallu que je rentre, la maman de Germain a insisté et elle avait une drôle de tête.
La maman de Germain m'a accompagnée dans le salon, en me serrant fort la main. Puis elle a serré celle de Papa et elle lui a dit tout un tas de choses à l'oreille, en m'écartant d'elle. Elle faisait une drôle de tête, la maman de Germain. Papa arrêtait pas de la remercier, de s'excuser. Il avait les yeux tout rouges, comme quand il a épluché des oignons pour faire la tartiflette. La maman de Germain est partie. Elle m'a fait un gros bisou et m'a appelée "ma pauvre chérie".
Papa m'a laissée comme ça. Il ne m'a même pas fait de bisou et il ne m'a pas répondu quand j'ai demandé si on pouvait faire du vélo au bois. Il est monté en disant qu'il "allait voir Maman et qu'il fallait qu'ils me parlent tous les deux quand Maman serait sortie.". J'ai voulu aller faire un câlin à Maman mais Papa n'a pas voulu. Il m'a dit de rester en bas. Alors j'ai été jouer, j'ai pris le hochet de Auguste même si j'ai pas le droit, parce que moi, normalement, je ne suis plus un bébé. De toute façon, Papa est en haut avec Maman. Et Auguste est chez la nounou, il n'y avait pas son transat dans l'entrée.
J'ai pris le hochet de Auguste et mon Action Man. On aurait dit que le hochet d'Auguste, c'était le vaisseau de Action Man. Là-haut, j'entends Papa... "Chérie, ouvre, s'il te plaît...". J'entends comme si on cognait à la porte. Et puis Papa qui s'énerve. J'ai un petit peu peur. Papa ne s'énerve jamais sur Maman, d'habitude. Alors je suis montée. Il y avait Papa contre la porte. Il pleurait. Je n'avais jamais vu Papa pleurer. Il s'essuyait sur son pull rouge, celui que Maman aime bien. Il y a une grosse tache dessus. Auguste a vomi dessus ce matin. Maman ne l'a pas disputé. Auguste ne se fait jamais disputer. C'est parce que c'est un bébé et qu'il ne comprend pas. C'est ce que dit Papa.
" Redescends Claire...", me dit Papa.
- Qu'est-ce qu'elle fait, Maman ?
- Redescends, je te dis.
- On peut aller faire du vélo au bois ?
- Tu vas redescendre, oui ou non ? Merde à la fin !
J'ai sursauté. Papa m'a dit pardon et m'a pris dans ses bras. Il a dit que "Papa disait n'importe quoi". Il m'a serrée très fort, en pleurant. J'ai rien compris. Il m'a dit d'aller dans ma chambre. Mais je suis restée. Il cognait contre la porte, maintenant, en hurlant qu'il fallait que Maman sorte. Que ça n'allait rien changer. J'ai entendu Maman pleurer aussi dans la chambre. Alors je me suis mise à pleurer aussi.
"Anne, ta fille pleure..." a dit Papa, "Il faut que tu sortes... S'il te plaît... Ca ne changera rien... S'il te plaît... J'ai besoin de toi... Ne te renferme pas... Pense à ta fille..."
Alors Maman a fini par sortir. Elle était toute bouffie. Les yeux tout rouges, encore pire que quand on a épluché les oignons. Elle avait le hoquet, comme Auguste après le biberon. Elle m'a pris dans ses bras et m'a serrée. Mais ça me faisait mal alors je lui ai dit d'arrêter, mais elle a continué. Elle a dit pardon, qu'elle m'aimait, et elle m'a dit de descendre ma chérie, qu'elle allait faire des crêpes pour mon goûter. Moi j'adore les crêpes, alors je suis descendue tout de suite.
Papa est descendu aussi et il a appelé Mamie. Il a encore pleuré. J'ai voulu parler à Mamie et lui dire que j'allais manger des crêpes mais il n'était pas d'accord. Il a dit que je verrais Mamie dans quelques jours. De pas m'inquiéter. Maman faisait les crêpes. Elle avait mis la musique, "pour faire plus gai". Moi je dansais, j'aime bien, mais Maman elle avait l'air encore triste. Je ne sais pas pourquoi.
On a fait sauter les crêpes. J'en ai raté une et Maman s'est fâchée très fort, mais elle s'est excusée tout de suite, en disant que c'était pas de ma faute. Maman a mis trois assiettes et on a mangé les crêpes. Il y avait du Nutella. J'ai eu le droit de prendre autant de crêpes que je voulais, et Maman n'a pas fait d'histoires quand j'ai voulu lécher la cuillère. J'avais plein de chocolat autour de la bouche, ça m'a fait rire, et Maman m'a appelée son "petit chat". J'ai rigolé. Et puis j'ai demandé :
"Où est-ce qu'il est Auguste ?"
Maman s'est mise à pleurer. Elle est montée dans sa chambre en courant. Et Papa m'a pris sur ses genoux en disant qu'il fallait qu'il me parle. Que j'étais grande et que je pouvais comprendre que parfois, la vie nous fait du mal.
Merci à Plum', dont le texte m'a inspirée.
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Publié dans : Ecrire, écrire, écrire...
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Par Mirabelle
Bavardages