Mercredi 28 mars 2007
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Mon cher Victor,
Si par hasard (et j'en connais quelques uns...), des PE1 passaient par là, j'ai un petit avertissement à leur transmettre ! A propos de ce drôle de spécimen qu'est le PE2. Et pourquoi donc ? Parce que j'ai remarqué quelques travers chez mes congénères que j'aimerais ne pas détecter chez mes futurs collègues ! Allons bon... Si c'est pour encore critiquer ta classe... Heureusement que je suis aussi mauvaise langue que toi !
Les PE2 ont le concours. Tu ne nous apprends rien ! Soit. Ils ont le concours, donc, mais pas grand chose de plus qu'un PE1. Siii ! Ils ont un salaire ! Ce n'est pas négligeable, ça quand même ! Soit aussi. Mais je pensais surtout à ce qui se passe dans LA CABOCHE. Si c'est psychologique, je te laisse parler ! Tu m'en vois ravie...
L'année dernière, quand je n'étais encore qu'une petite PE1, je vénérais les PE2. Oh oui ! Tu martelais ton admiration à chacune de ces conversations ! Ben oui. A cause du Grand Méchant Concours. Bref. En plus de cela, je ne connaissais aucun PE2 en chair et en os. A mes yeux, les PE2, c'était les têêêtes, ceux qui réussissent, avec leur cartable en cuir, leur petite veste à épaulettes et leurs discussions passionnées sur la pédagogie différenciée. Sauf que cette année... Tu vas me dire que la PE2, ce n'est pas du tout ça ! Non. Vraiment. Ce n'est pas du tout ça.
Il me semble que, même si elle a évolué, la Mirabelle d'aujourd'hui, admise au concours, n'est pas sensiblement différente de celle-là. Où veux-tu en venir ? Je GALERE en PE2. Je suis juste un tout petit peu plus expérimentée qu'un PE1, avec le concours en plus. J'en chie des bulles. Oooooh ! Mirabelle ! Non, mais c'est vrai, Victor, il faut appeler un chat un chat ! Mes fiches de prep se font dans la douleur, ainsi que le mémoire. (D'ailleurs, n'en parlons même pas, de celui-là...). Ce que je veux dire, c'est que j'ai tout à apprendre et que ce n'est pas parce que j'ai le concours que je connais tout du métier. Eh bien, c'est parfait ! Alors où est cet avertissement ? Il arrive, il arrive.
Je disais récemment que je n'aimais pas ma classe. Parce que j'adorais mes PE1E, c'est vrai, mais aussi parce que ce qui se dégage de ma PE2C ne me plaît pas du tout. Détaille, détaille... Quand je suis revenue d'Angleterre, je les ai tous observés. Avec distance. Parce que mon expérience était différente de la leur. Et ce que j'ai vu, en majorité (il y a des exceptions, c'est comme pour tout...) ce sont des gens qui "pètent plus haut que leurs culs" (ne fais pas cette tête, Victor, j'ai mis les guillemets, ça veut bien dire ce que ça veut dire...) et se prennent pour des SuperPEs. Des gens qui ont raison sur tout et accumulent les "Moi, je, personnellement, je pense". Des gens qui, parce qu'ils ont le concours et fait quelques séances dans une classe, se considèrent invicibles et supérieurs. Des gens qui parlent par dessus tout le monde. Des gens sans humilité. Des gens qui "s'y croient".
J'aime mon métier, Victor. J'en ai même une haute opinion. Mais j'ai une vie, à côté. Je ne suis pas QUE PE2. Sur l'heure du midi, par exemple, j'aime parler d'autre chose que de fiches de prep'. Avec ces gens là, c'est impossible. J'aime déconner et faire des blagues débiles, parce qu'avant d'être instit' (modeste stagiaire) je suis une personne, je n'ai que 23 ans, à peine sortie de l'adolescence (quoi que parfois, je me demande si je n'y suis pas encore...). Avec ces gens là, rire à gorge déployée d'une plaisanterie un peu grivoise n'est pas possible. Parce que quand on est PE2, on ne rigole plus. J'essaie de ne pas m'enfermer dans un carcan, dans un stéréotype. Je veux bien faire. Mais je ne veux pas devenir intolérante et supérieure. Et selon toi, certains PE2 le sont ? Oh oui ! Alors c'est là l'avertissement ? Oui.
PE1 actuels, futurs PE2, le concours ne fera pas de vous des instit'. Le chemin est encore long, très long. J'ai beau être fière d'avoir le concours (et il n'y a pas un seul jour sans que je m'en réjouisse), je me considère comme EXTREMEMENT novice, parce que de toute façon, c'est la réalité. Il ne sert à rien de brûler les étapes. Laisser vous le temps de mûrir avant de vouloir jouer aux SuperPEs. Restez humbles. Regardez derrière vous, dites vous "Bon sang, je l'ai fait, je l'ai eu le concours !". Mais souvenez-vous aussi, quand vous suerez sang et eau pendant vos stages, que vous n'êtes rien de plus qu'un PE2, qu'un DEBUTANT. Il y aura toujours des IMF pour vous le rappeler, et c'est très bien ainsi. En résumé, qu'ils se souviennent d'où ils viennent et où ils vont ! Voilà. Parce qu'à mes yeux, être instit', être enseignant en général, contrairement à ce que de nombreuses personnes pensent, ce n'est pas avoir un égo surdimensionné. Ce n'est pas tout savoir. Ce n'est pas s'imposer et taper du poing sur la table. C'est apprendre l'humilité. La modestie. La simplicité. Et faire son chemin, sereinement. Sans se prendre pour Dieu le Père...
Bavardages