Vendredi 3 mars 2006
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Mon cher Victor,
Tu sais que J. faisait partie de la famille. Oui, après deux ans de couple, c'est normal qu'il en soit ainsi. C'est ce que je me disais également, mais je commence à me demander, maintenant, s'il ne faisait pas TROP partie de la famille. Explique-toi !
Vois-tu, mon Victor, j'ai une petite soeur. Il se trouve que cette petite soeur, âgée de dix-huit ans, a-do-rait Johan. Et ce n'est pas un vain mot. Toujours à se chamailler ces deux-là. Ils faisaient la paire, vraiment. Et moi, j'aimais bien. Je me disais : "quelle chance qu'ils s'entendent aussi bien, j'ai tiré le bon numéro vraiment !". J'étais heureuse. Et j'adorais les entendre se disputer : "Mirabêêêlle !!! J. m'embêêête !!!!". J'adorais.
Mais maintenant... Maintenant il n'est plus là, et, en quelque sorte, j'ai privé ma petite soeur d'un de ses compagnons de jeux favoris. Et je sens bien que... ça coince. C'est juste qu'elle l'aimait bien, c'est tout... Pour bien l'aimer, elle l'aimait bien, ça, aucun doute. A un tel point qu'elle a souvent pris sa défense, alors qu'on ne peut pas dire qu'il ait été très... délicat, avec moi, ces dernières semaines. Tout ne peut pas être ni tout blanc ni tout noir. Quand un couple se sépare, les responsabilités sont partagées, et c'est sans doute ce qu'elle essaie de te montrer en prenant sa défense.
Cela va encore plus loin que ça, mon pauvre Victor... J. est passé à l'improviste à la maison, avant-hier soir. C'est ma soeur qui lui a ouvert. J'ai bien vu qu'elle était heureuse de le voir. J'ai également remarqué le sourire en coin de ma mère, ravie, elle aussi, de retrouver son petit protégé, qu'elle affectionne beaucoup. Et moi... Il me faut l'admettre, j'étais contente aussi. Je retrouvais ma petite bulle... Ma tendre petite bulle... Là, je ne te comprends plus ! J'étais contente parce qu'elles souriaient toutes les deux, que lui aussi leur souriait... L'espace d'un instant, je me suis dit qu'il ne tenait qu'à moi pour que tout le monde dans cette pièce soit heureux. Ce n'est pas ainsi que tu dois raisonner, et tu le sais très bien ! Oui je le sais. C'est pourquoi je n'ai cédé aux avances de J. ce soir-là. Et tu as très bien fait, surtout si tu estimes que cela doit rééllement se terminer entre vous !!!
Oui. Au fond, je sais que j'ai eu raison. Mais dans les instants de déprime absolue, où il me manque viscéralement (ça m'arrive assez régulièrement, il me faut l'avouer...) je serais prête à tout (ou presque) pour qu'il soit là, pour entendre sa voix dans la cuisine, le voir discuter avec ma mère, avec ma soeur... C'est de la nostalgie, voilà tout. Oui. De la nostalgie pure et dure. Cela devient récurrent !
Il va falloir du temps, beaucoup de temps, plus que je ne peux encore l'imaginer. J. faisait partie de cette maison, et de notre vie, à tous les quatre. Il connaissait mon oncle, mes cousines. Il était dans nos vies à tous. Plus dans la tienne que dans celle des autres tout de même ! N'exagérons rien ! En plus, il y était entré d'une manière si fidèle à ce qu'il est... Par surprise, avant même que je ne décide de me lancer dans la grande aventure. Après le foot... J'étais déjà en pyjama, il avait fallu que je me rhabille rapidement, avant qu'il débarque à la maison... Quand j'y pense... J'en souris bêtement ! On n'est jamais bête quand on aime, et ce quel que soit l'âge... Me bousculer a été plutôt profitable au bout du compte : je n'ai pas eu le temps de paniquer, pas eu le temps de me poser les questions existentielles que je m'étais toujours posées jusque là... Il a été un véritable tourbillon ! Et je crois que je le remercierai toute ma vie pour ça... Tu veux me tirer des larmes ou quoi ?
Non. Il n'empêche qu'il manque dans la famille. Il n'y a plus rien à y faire, je sais. Mais il manque... C'est un fait.
Bavardages