Vendredi 3 mars 2006
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Mon cher Victor,
Troisième article de la journée. On ne t'arrête plus ! Oui, j'ai pris une cadence infernale, je te l'accorde. C'est juste que mon après-midi contraste tellement avec ma matinée, (et mon repas) que je n'ai pu résister à l'envie de te faire part de cette évolution. Alors, raconte...
J. est passé à la maison. Encore ?! Je croyais qu'il ne devait plus venir ?! Moi aussi ! Mais comment dire... Il a un tel sens de la surprise ! Il m'a passé un coup de fil, en début d'après-midi, alors que je regardais par la fenêtre avec l'espoir de voir passer, peut être, une 406 verte. Tu ne changes pas, toi... J'ai honte de le dire mais non, effectivement, je ne change pas. Je dois être une imbécile...
Bref. Mon téléphone sonne...
- Tu ne veux pas que je passe chez toi ?
(C'est tout J., ça... Au lieu de dire clairement qu'il meurt d'envie de me voir, il préfère me le faire dire à moi, pour ensuite faire comme si c'était pour me faire plaisir à moi, et bien évidemment pas à lui...)
- Eh bien... Je ne sais pas... Tu as quelque chose à me dire de particulier ?
Que veux-tu, je n'ai pas pu dire non... Je me voyais, là, attendant bêtement, regardant par la fenêtre de ma chambre, "au cas où" comme on dit, et je ne pouvais pas refuser. Je m'en serais cognée la tête contre les murs.
- Non. J'ai juste envie de passer chez toi.
- Bon. Eh bien, passe... On verra bien.
On verra bien... Le genre de choses que je ne prononce strictement jamais ! J'étais donc assise sur mon bureau à regarder par la fenêtre et tout à coup... Une 406 verte ! La sienne ! Celle de mon J. ! Et je le vois, là, qui continue à me parler au téléphone :
- Bon, eh bien, j'arrive dans la seconde !
- Oui, je te vois par la fenêtre ! Effectivement, tu as fait vite !
Et moi, le plus bêtement du monde, incorrigible romantique, je m'imagine dans ces comédies à l'eau de rose... Un homme appelle une femme. Lui dit qu'il a très envie de la voir. Qu'il l'aime encore. En fait, il est juste derrière elle, du moins pas trop loin, ni trop près. La caméra se focalise sur son visage à elle, et elle sourit, et ça se sent, mon dieu, ça se sent qu'elle se dit "ah ! Comme ce serait bien s'il était là, juste derrière moi !". Et lui, il arrive, il se rapproche... Et ça y est, il est juste derrière elle ! Et il lui parle encore au téléphone. Il lui dit qu'il arrive. Il raccroche. Puis il lui tape sur l'épaule. Elle se retourne. Et ils tombent dans les bras l'un de l'autre.
Voilà à quoi je pensais, donc, quand je l'ai vu arriver. Eh bien... Et tout ça en quelques secondes, on peut dire que toi, tu as de sacrées images dans la tête ! Oui. C'est un de mes principaux défauts. La seule différence d'avec ce scénario mielleux, c'est que je ne lui ai pas sauté dans les bras. Quand même ! Ou à retardement dirons-nous...
Mais c'était sensiblement différent des autres fois. Je ne me suis fait aucune illusion. En l'embrassant, je ne me suis pas dit que nous repartions à zéro. J'avais juste envie d'être avec lui. Et de ne plus penser au fossé qui nous sépare dans la vie quotidienne. On était bien. On ne s'est pas disputé, fait assez rare pour être noté. Et j'ai passé un moment magique. Une parenthèse enchantée. On en a discuté. Calmement. Sans se fâcher. C'était serein. On était heureux de se voir. Et j'étais bien. Vraiment bien.
Cela m'étonne de toi... Moi aussi ! Une parenthèse enchantée, Victor, je te l'ai dit... Une parenthèse... Mais pour une fois, de ces deux mots, c'est le mot "enchantée" que je retiendrai, pas le mot "parenthèse".
Bavardages