Samedi 4 mars 2006
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Mon cher Victor,
Comme tu le sais, mon cher Victor, je suis de nouveau célibataire. Ce serait difficile de l'ignorer ! Tu ne parles que de cela quasiment ! En tant que célibataire, je suis donc seule, sentimentalement parlant du moins.
J'ai une théorie, vois-tu, Victor. Encore une ? Ma séparation avec J. n'est pas facile. Et j'ai l'impression d'être devenue totalement asexuée. Asexuée ? J'ai consacré deux ans de ma vie à mon grand amour. Là, tout s'effondre. Ne nous sors pas les violons, tu veux ?! Disons que j'ai tendance à me laisser complètement aller. Je ne prends plus soin de moi comme auparavant, quand je choisissais de m'habiller de telle ou telle façon en me disant : "tiens, je vais mettre ça, je sais que cela va lui plaire !". Maintenant... Maintenant, tu te dis : "A qui plaire ?". Oui. Et je ne développerai pas, sans quoi je m'embarquerais une fois de plus dans une spirale de lamentations.
Je peux te dire une bonne chose ? Evidemment ! Tu sais combien j'aime que tu interviennes dans ma vie ! Bien... Je serai bref : secoue-toi un peu enfin ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu n'as pas mon âge, tu as toute la vie devant toi ! Tu es si jeune ! C'est terminé avec J., c'est vrai, mais alors, passe à autre chose ! Sors ! Vois du monde, au lieu de discuter avec un vieux barbon comme moi décédé depuis des lustres ! Enfin, Mirabelle ! Elle est où, ta vie, tu peux me le dire ?
Où est ma vie ? Très bonne question. Je n'en sais RIEN, moi, Victor. Où est ma vie ? Je ne me projette plus dans l'avenir, et tu le sais parfaitement. Je me sens démunie, tu peux le comprendre tout de même ! Oh... Je te dis tout ça, c'est amical, tu penses bien. Maintenant, si tu le prends mal, c'est ton affaire, mais j'en ai assez, moi, d'écouter tes gérémiades incessantes !
Mon pauvre Victor, mais je ne te dis pas tout ! Tu serais bien étonné de savoir que je recommence, peu à peu, à m'intéresser aux hommes ! Ahh !! En voilà, une bonne nouvelle ! Oui. Hier, à la bibliothèque, par exemple. Je regardais les garçons qui passaient. C'est un jeu sans conséquence, qui pourrait me redonner envie de séduire, je l'espère. Mais J. est toujours là. Et bien qu'il ait un nombre incalculable de défauts (comme chacun d'entre nous) aucun garçon ne peut défier la comparaison avec lui. J'en regarde un, ses fesses par exemple et... Ohhh !!! Mirabelle !!! Comment peux-tu dire des choses pareilles ???!!! Quoi ? Je suis sûre qu'à toi non plus ce genre de détails ne t'échappait pas ! Oui, mais moi, je suis un homme, c'est différent ! Je sens bien là l'esprit d'un homme du XIXème siècle. Les choses ont changé, enfin ! De nos jours, les femmes sont aussi prédatrices que les hommes ! Elles draguent, font le premier pas, ont des aventures sans lendemain... Mets-toi un peu à la page !
Bref... J'essaye donc de regarder les spécimens de sexe masculin. Je ne suis pour l'instant pas capable de plus. Je le sais, et j'ai pu en prendre pleinement conscience récemment : l'autre jour, j'ai eu l'occasion de sortir, d'aller danser. Ahh !!! Mais c'est très bien !!! Le problème, c'est que je devais y aller avec le cousin de J., et là, non, ça, c'est vraiment au-dessus de mes forces, j'aurais l'impression de voir J. et ça, je pense que c'est la dernière chose dont j'ai besoin en ce moment. Et puis... Il faut bien dire que j'ai la grâce d'un éléphant. Et je n'aime pas danser avec les autres. Cela me met mal à l'aise. Et puis... Et puis quoi ?
Tu sais, Victor, en boîte, les garçons vont droit au but. En "boîte" ? C'est comme les bals de ton époque, ou du moins on danse comme dans les bals, parce que tu verras que c'est bien le seul point commun entre les deux... Qu'est ce que tu entends par "droit au but" ? Ne fais pas ton naïf... Je veux dire que pour un certain nombre, les femmes ne sont qu'un paquet de viande, une marchandise qu'ils peuvent consommer à leur guise. Et moi qui ai été élevée dans un certain féminisme, c'est le genre de conception que je fuis ! Moi j'ai besoin d'amour et de sentiments... Et ça, ce n'est pas le genre de choses que l'on vient chercher en boîte ! En résumé, tu es en train de me dire que tu n'as envie de rien ? Parce qu'à t'entendre, il n'y a que des inconvénients à tout ! Et puis, personne ne t'a demandé d'aller plus loin avec ce type de personnes ! Danser, avec quelques amies, et passer une bonne soirée, ce serait déjà bien, me semble-t-il !
Oui, tu as raison. La vérité c'est que je n'ai pas envie. Je n'ai envie de rien. Juste de faire un saut de deux ans et demi dans le temps, pour revivre chaque instant de mon grand amour, éblouie, et certaine qu'il serait "mon premier et mon dernier".
Mais ce n'est pas possible ! C'est bien ce que je disais : secoue-toi, ma petite fille ! Tu as toute la vie devant toi, et si tu la passes à la rêver au lieu de la vivre, crois-moi, tu te retrouveras à quatre-vingt trois ans avec la sensation horrible d'être passé à côté de tout ! Allez, fais-moi un petit sourire ! Mieux que ça ! Je veux que tu sois heureuse, tu entends ? Cela prendra le temps qu'il faudra, mais tu seras heureuse un jour, je te le jure !
Bavardages