Samedi 29 avril 2006
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Mon cher Victor,
Tout d'abord, navrée pour le titre de cet article, d'apparence badine, qui contrastera fortement avec mon propos... J'ai crée une nouvelle catégorie pour le coup, car je viens de m'apercevoir (non, mais franchement !) que moi, Mirabelle, qui suis, d'après mon entourage "tout le temps en train de râler", je n'avais même pas encore crée une rubrique spéciale "coups de gueule" ! Effectivement, il faut remédier à cela au plus vite ! Contre quoi vas-tu t'insurger aujourd'hui ? Contre les stéréotypes, et en particulier ceux sur la police !
L'autre jour, en parcourant les chroniques de Mel, je tombe sur un article intitulé "Je veux devenir CRS". Je fronce les sourcils : est-ce du lard ou du cochon ? Un titre comme ça, de nos jours, c'est très provocateur. Parce que les CRS, sans mauvais jeu de mots, on leur tape toujours dessus : on les accuse d'aimer tabasser de la racaille, de ne jamais rater une occasion de castagner... J'en passe et des meilleures. Je lis donc l'article en question. Et là, surprise : je tombe sur quelqu'un qui semble respecter les policiers ! Et même qui ne donne pas de leçon du genre : "les flics, ils sont tout juste bons à taper, ils ont zéro de QI", etc. Extraordinaire ! Te rends-tu compte, Victor, qu'il existe encore des gens qui ne sont pas systématiquement anti-flics ?
C'est vrai, quoi ! Zut, à la fin ! Explique-moi tout ça, parce que tu sais, les autorités, à mon époque... Elles étaient quand même respectées ! Bien. Petit point récapitulatif alors ! Oui, je veux bien...
LES POLICIERS
Les policiers font respecter la loi. Du coup, certaines personnes, qui veulent "enculer la loi" (il y en a qui le disent, ne me fais pas ces yeux !), ne les trouvent pas très gentils. Les policiers nous embêtent quand on roule trop vite sur la route, ils nous donnent des papiers qui disent combien on doit payer pour se faire pardonner. Pendant les manifestations, une catégorie de policiers, appelés les CRS, se postent parfois devant les manifestants quand cela tourne au vinaigre. Ils ont des boucliers et des gilets pare-balle. Parfois, ils attrapent des manifestants, et ils se servent de leurs matraques, qu'ils portent habituellement à leurs ceintures. Ils les frappent avec ? Oui. Mais quelle horreur ! Pas si vite, Victor ! Avant de hurler à l'injustice, avant de t'exiler de nouveau sur ton rocher, prends connaissance de ce qu'est vraiment un policier.
Les policiers sont confrontés à la misère humaine, dans toute sa splendeur, si je puis dire. Morceaux choisis : on leur vomit dessus ; ils assistent parfois à des scènes d'une extrême violence (un homme qui s'est fait sauté la cervelle par exemple...), et tout ça, cela fait partie de leur quotidien. La plupart du temps, en début de carrière, ils sont mutés en région parisienne, zone où les "problèmes de société" s'accumulent... Certains diront "racailles", d'autres "petites frappes", peu importe. Le genre de personnages auxquels ils sont confrontés brûlent des voitures. Les traitent de "sales flics", d'"enculés", de "décérébrés". On leur lance des pierres. On les traque dans leur vie quotidienne, car bien souvent, ces policiers vivent dans la zone même où ils travaillent : ils sont parfois amenés à croiser des types qu'ils ont relâché la veille. Drôle de situation...
J'ai de l'admiration pour les policiers. J'estime qu'il faut une sacrée force psychologique pour endurer tout ça. Certains diront qu'ils sont insensibles... Je dirais plutôt endurcis. J'ai de l'admiration pour les gens qui ont le courage de faire un métier difficile, et à qui on laisse un droit à l'erreur plus que réduit. Certains, bien au chaud derrière leurs bureaux, leur donnent des leçons, les traitent de fascistes. Cela me révolte. Parce que ces gens-là n'ont pas la plus petite idée de ce que c'est que le métier de policier.
Attention, Victor ! Je ne dis pas que les policiers sont irréprochables. Je ne dis pas non plus, que les méchants, ce sont les jeunes des banlieues, car ce serait tomber dans les travers stéréotypés que je dénonce ici, et j'imagine que ce n'est facile pour aucun des deux "camps". Mais j'en ai assez qu'on caricature les policiers. Mais qui es-tu, toi, pour savoir mieux que tout le monde qui sont exactement ces policiers ? Parce que c'est bien gentil de critiquer ceux qui critiquent, mais tu ne fais pas partie de la police à ce que je sache ! C'est vrai. Mais... Mais quoi ?
Mais j'en sais un peu plus sur la question que certaines personnes. Tu oublies que J. est gardien de la paix. Ahhh ! J'avais oublié, c'est vrai ! Il m'a parlé de son école de police. Il m'a parlé de ses stages. Il m'a parlé de ce qui l'attendait à la sortie, de la réalité du métier. Je sais ce qu'est un policier au quotidien. C'est quelqu'un de fatigué. Quelqu'un qui rencontre des situations difficiles tous les jours mais qui "fait avec parce qu'il n'a pas le choix" (dixit J.). J'ai pourtant jugé les gardiens de la paix moi aussi. Combien d'engueulades avons-nous eu à ce propos ? Je nous y vois encore ! La crise des banlieues. Des policiers qui tabassent un jeune. L'image est passée en boucle sur le petit écran pendant quelques jours...
- Attends, Mirabelle, tu n'as aucune idée de ce que c'est que de faire ce boulot, et en banlieue encore moins ! Imagine... Tu en interpelles un qui te provoque sans arrêt, qui te dit que de toute façon, la loi, "il la nique", il sait que le lendemain, il sera sorti, parce que tu n'as rien contre lui. Le lendemain, tu le relâches. Il s'en va en te faisant des bras d'honneur. Il revient un quart d'heure plus tard et il balance des tessons de bouteille sur la façade du commissariat. Et encore ! Il y a des cas bien pires !
Là, je n'ai rien dit. Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, comme dirait Socrate. Ahh ! Voilà une référence qui m'est connue ! Référence ô combien pertinente : il faudrait s'en souvenir à chaque fois qu'on a tendance à se prendre pour Dieu le père.
Bavardages