Mardi 29 août 2006
2
29
/08
/2006
00:00
Mon cher Victor,Moi qui me plaignais dans cet article du syndrôme tout-va-bien-du-coup-je-n'arrive-plus-à-écrire, je suis servie ! Comment ça ? Aujourd'hui, quelqu'un m'a déçue. Un homme ? Non, une femme.Je suis déçue. Je ne suis même pas en colère. Juste déçue. Je ne lui en veux pas. Mais elle me déçoit. Je suis lasse et blessée. Lasse d'espérer, lasse d'insister. Dans ces lignes, j'affirmais qu'il fallait toujours y croire. Se battre, encore et toujours. J'avais oublié de préciser qu'on ne peut déplacer des montagnes si l'autre n'y croit plus. On ne peut pas le forcer à vous aimer encore, à demander de vos nouvelles, à vous sourire, à vous parler. On ne peut pas éternellement prononcer de grandes déclarations d'amitié dans le vide. On ne peut pas éternellement pleurer au téléphone sans réaction au bout du fil, mettre son orgueil dans sa poche, réaffirmer tout le respect, toute l'admiration, toute l'estime qu'on porte à l'autre. Laisse le temps au temps, m'avait-on dit. Le temps me faisait peur. Il me fait peur. Le temps est contre nous, Victor, et je ne voulais pas que cette amitié, cette grande et belle amitié, tombe en poussière par mon laisser-aller, par ma paresse. J'ai voulu me battre, insister, sourire, tendre la main, malgré l'indifférence, le refus, la froideur. Loin de moi l'envie de me faire passer pour une héroïne. Car je t'avoue, Victor, que j'abandonne. J'abandonne. Je croyais que le temps amenait le pardon. La réflexion. Le recul. Je croyais que le temps remettait les choses dans l'ordre, qu'il nous aidait à y voir clair. Je croyais que le temps était salvateur. Le temps n'est pas grand chose, finalement... Car c'est à nous de lutter contre lui. Et quand on le laisse couler, lentement, en enfilant les minutes comme on enfile les perles, quand on le laisse glisser sur nous comme si on acceptait la défaite, alors il est trop tard.Des preuves d'amitié ne sont rien sans des yeux pour les voir et les apprécier. A rien ne sert de patienter des heures qu'un coeur s'ouvre à vous, à rien ne sert d'essayer de se (re)valoriser, d'évoquer les souvenirs d'antan, de chanter les louanges de cet "avant" qu'on voudrait tant retrouver. Si l'autre n'est plus qu'indifférence à votre égard, alors il faut abandonner. Se résigner. Malgré cette envie d'insister, encore et toujours, malgré cet élan, cet élan qui nous pousse à aligner les phrases dans le néant d'une fenêtre de conversation, cet élan puissant où se mêlent souvenirs, douleur et attente de jours meilleurs.L'Amitié est, par définition, un lien étroit entre deux personnes qui s'aiment et se respectent, s'apprécient et s'estiment. Parfois, le lien rompt. Sans qu'on s'en aperçoive. D'un côté ou de l'autre, parfois des deux. Pour des raisons qui échappent à notre entendement. On se prend à rêver de le raccomoder. On tire le lien vers nous en essayant de faire un noeud. Mais en face, l'autre résiste, son fil est bien plus tendu, bien plus rebelle que le nôtre. On en a assez de tirer, de tirer encore. La corde nous abîme les mains, on a mal, nos forces nous abandonnent. Alors tout lâche. Et on se retrouve, comme un imbécile, avec un bout de ficelle usé dans la main... Qu'on avait pourtant tenu le plus longtemps possible, de tout notre coeur, de toute notre âme.Excuse-moi, Victor, si j'ai monopolisé la conversation. J'ai parlé sans m'arrêter, sans réfléchir. J'en avais besoin. Demande à nos lecteurs de me pardonner si je n'ai pas autorisé les commentaires sur cet article. Malheureusement, j'estime qu'il n'y a rien à dire sur ce que je viens de publier. C'est triste. Décevant. Et j'ai écrit pour moi. Parce que j'en avais besoin. Et parce que l'abandon se passe de commentaire...
C'est un air détaché
Pour chanter le fil enchanté,
Qui, malgré nos airs fâchés,
Dit : "Tâchez de vivre attaché,
Les cœurs des cœurs approchés,
Accrochés par un fil caché.
Si le monde est démanché,
Tâchez de pas le lâcher."
Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil de nos sentiments enlacés,
Oh, le fil nous lie, nous relie.
Sur la Terre, tout est gâché,
Empêché, presque arraché,
Alors faut s'amouracher,
S'aimer, vivre attaché.
Politiciens éméchés,
Sachez qu'on peut se fâcher,
Qu'il faut pas ce fil toucher,
L'arracher ni l'effilocher.
Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil de nos sentiments enlacés,
Oh, le fil nous lie, nous relie.
C'est un air détaché
Pour chanter le fil enchanté.
Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil de nos sentiments enlacés,
Oh, le fil...
Le fil qui nous sert à nous resserrer,
Oh, le fil...
Le fil tendu, entre nous, comme un lien,
Oh, le fil...
Qui nous tient, nous retient,
Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil tendu entre nous comme un lien,
Oh, le fil...
Qui nous tient, nous retient.
Alain Souchon, Le fil
0
Publié dans : Amitié(s)
-
Par Mirabelle
Bavardages