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Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Un Mot Au Vol ?

Papotage Archivé

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !
 

Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !



Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


12 janvier 2007 5 12 /01 /janvier /2007 00:00
Mon cher Victor,

Mardi et mercredi dernier, j'ai effectué mon stage de formation commune. Ton stage de formation commune ? Si tu es largué, relis cet article ! Bref. Tu m'écoutes ? Point n'est besoin de poser la question...

Mardi midi, il était prévu une journée à l'IEM. L'IEM ? Institut d'Education Motrice. A ne pas confondre avec IME ! Et qu'alliez-vous faire dans cet établissement ? Nous allions visiter cet Institut en vue de "modifier nos representations" selon les mots de notre formateur. Confrontation avec la réalité. C'est à dire ? Des personnes handicapées moteur. Pas de handicap mental. Ou plus exactement des enfants dont la motricité est la déficience principale.

Je suis arrivée à l'IUFM le mardi matin la peur au ventre. Je ne te le cache pas... Je n'ai été jusqu'ici que très peu confrontée au handicap physique (ainsi qu'au handicap mental, d'ailleurs...) et je désirais, une fois pour toutes, me foutre un bon coup de pieds dans le derrière et combattre mes craintes. Revenir à cette petite fille qui voyait l'essentiel. Quand je m'installe dans la classe, avec mes petits camarades (nous étions une douzaine à avoir choisi ce module), notre formateur attaque bille en tête :

- Première question... Est-ce que vous appréhendez cette visite ?

Je te l'avoue, Victor, j'ai menti. Comme toute la classe d'ailleurs je pense. Car, en guise de réponse, des "non" hésitants. On secoue la tête. Ou on baisse les yeux. Bref... Tout le monde est mal à l'aise ! Après une présentation très courte de l'Institut et l'organisation du covoiturage, nous voilà partis. J'ai le coeur qui bat. Et la sensation que je ne serai plus la même le soir, en rentrant chez moi...

Ma première perception de l'IEM est celle d'un cliquetis. Duquel, je ne sais pas... Et le glissement feutré de roues. Roues de fauteuil roulant. Des crissements de béquilles sur le sol. J'observe mes camarades. Ils sont aussi mal à l'aise que moi. Nous sommes accueillis dans une salle de réunion. Le directeur-adjoint évoque l'Institut (sa structure, son projet...), dans des termes qui, parfois, me choquent assez (il associe les enfants _ ah oui, j'ai oublié de te dire, Victor, que cet Institut s'adresse à des enfants et adolescents entre six et vingt ans_ à des "clients") et fait hausser les sourcils de mon formateur. Il nous invite ensuite à passer dans le réfectoire pour prendre le repas avec les enfants.

Un moment que je redoute. Les enfants sont déjà à table. Je m'asseois à la première venue. A côté de moi, à ma gauche, le petit Johnny, 9 ans. Il est en fauteuil roulant. En face de moi, Arnaud, en fauteuil roulant lui aussi. Il me semble plus "marqué" par le handicap que Johnny. Enfin, à deux chaises de moi, Kenny, qui lui, n'est pas en fauteuil roulant. Je me présente, ainsi que les deux autres stagiaires qui ont pris place avec moi. Elles sont tout de suite à l'aise. Interrogent les gamins sur leurs emplois du temps, sur leurs cadeaux de Noël etc. Quant à moi... C'est plus difficile. Je n'ose pas regarder les enfants. Les voir ainsi me fait mal et je peine à affronter la réalité. Ce n'est pas facile, Victor, d'accepter la différence, et cela l'est d'autant moins quand ce sont des enfants qui sont touchés. Et puis finalement...

Finalement, le déclic. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. Mais tout à coup, je n'ai plus vu ni les fauteuils roulants, ni les gestes saccadés et inadaptés pour manger, ni la bave qui coule le long du cou, ni les paroles difficilement compréhensibles. Tout ce que j'ai vu, ce sont les enfants. J'ai coupé la viande, écrasé les pommes de terre. Et Johnny m'apprend beaucoup : il m'explique pourquoi il a ce rebord en plastique sur son assiette, montre du doigt "ses copains", énumère leurs handicaps, me montre sa fourchette "pas comme les autres", interpelle son voisin en hurlant de rire, gesticule sur sa chaise en évoquant Johnny Halliday, dont il est fan, comme son papa. D'où le prénom ! Oui, exactement ! Je n'entends plus que Kenny, très fier d'avoir trois filles à sa table, et le rire suraigu d'Arnaud, qui bave partout et gigote de joie, tout excité qu'il est par toute cette attention centrée sur lui. Quant à Kenny, il me reproche de ne pas l'écouter assez, et me voilà dans l'obligation de lui expliquer que je n'ai pas une oreille pour chaque enfant ! Au bout de vingt minutes, je m'aperçois avec fierté que je suis aussi ravie que les mômes... Et c'est un grand pas en avant !

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commentaires

Patrice Lucquiaud 17/01/2007 19:16

Un petit retour par ici . Certes, on mentirait en disant que l'on n'appréhende pas de rencontrer des personnes handicapées pour la première fois... Mais , l'immersion  est réussie, si j'en juge par ce que j'ai pu lire ici..L'autre difficulté , c'est de vivre auprès des personnes handicapées ... le dévouement , l'assistance l'accompagnement  au quotidien , c'est une autre épreuve, c'est l'épreuve et quoi qu'on en dise , ce n'est pas une habitude, c'est une servitude...  et il faut aussi professionnellement en prendre distance, si l'on veut soi-même rester en bonne santé, en bonne forme et donc efficace dans l'accompagnement de ces personnes ou enfants  handicapés ...Bien amicalementFarfadet

Mirabelle 19/01/2007 19:14

"L'autre difficulté , c'est de vivre auprès des personnes handicapées ... le dévouement , l'assistance l'accompagnement  au quotidien , c'est une autre épreuve, c'est l'épreuve et quoi qu'on en dise , ce n'est pas une habitude, c'est une servitude... " : oui, c'est quelque chose que j'admire. Ce dévouement total. Comme cela doit être dur de faire passer le bien-être de quelqu'un avant le sien. Je crois que c'est quelque chose dont peu de personnes sont capables. Je ne sais pas si, moi-même, j'en serai capable. On ne peut le savoir qu'en étant confronté à ce type de situation, j'imagine...

Christian de nissa 14/01/2007 12:39

Quelle conclusion enthousiasmante « la maîtresse stagiaire est aussi ravie que les mômes » cette note superbe est émouvante.

Mirabelle 16/01/2007 19:09

Merci Christian ! :D

Plum' 13/01/2007 00:10

On parle beaucoup de ces classes qui accueillent un ou deux enfants handicapés, parfois accompagnés d'un "tuteur" pour les aider à écrire, par exemple. A mon avis, cela va se banaliser et je trouve cela positif pour le développement et l'épanouissement du gamin invalide comme pour ses camarades valides, d'ailleurs.Une expérience avec des enfants ayant un problème de motricité ne peut que t'aider pour la suite. T'aider à t'ouvrir dans un premier temps et à accepter la différence. Parce qu'au courant de ta carrière, tu rencontreras forcément des enfants différents, et ils n'auront pas forcément de handicap physique...

Mirabelle 16/01/2007 19:17

"A mon avis, cela va se banaliser et je trouve cela positif pour le développement et l'épanouissement du gamin invalide comme pour ses camarades valides, d'ailleurs." : il y a de bons côtés, c'est sûr, mais je ne pense pas qu'on puisse être si catégorique. La scolarisation en milieu ordinaire peut être très mal vécue par les enfants handicapés, surtout si les camarades valides, eux, ne sont pas prêts à l'accueillir et à l'accepter. Cela peut être d'une humiliation terrible... Et puis aussi, les enseignants, aujourd'hui, n'ont pas LES MOYENS de donner toutes leurs chances à ces gosses. Ce que je veux dire, c'est que si je n'avais pas eu ces deux journées (que j'ai demandées, et qui restent, de toute manière, nettement insuffisantes), je n'aurais JAMAIS eu de formation. Les enseignants ne sont pas PRETS à recevoir ces élèves, ils n'ont pas d'outils, pas de formation, rien. Ils ne sont tout bêtement, pas préparés. Il faut que les choses progressent à ce niveau là, pour que cette intégration soit bénéfique. Et puis surtout, il faut faire évoluer les mentalités... Car par exemple, beaucoup de parents viennent se plaindre "du retard" que leur gamin valide a pu prendre "à cause" de l'enfant handicapé. Ce n'est pas mon opinion, bien sûr, mais les mots d'un certain nombre de parents. C'est malheureusement une réalité.De même, à ce que j'ai entendu dire (c'est un enseignant spécialisé qui m'en a fait part), de nombreux parents d'enfants handicapés souhaiteraient que l'instit' ne s'occupe que de leur môme. Or, ce n'est pas possible..."Une expérience avec des enfants ayant un problème de motricité ne peut que t'aider pour la suite. T'aider à t'ouvrir dans un premier temps et à accepter la différence. Parce qu'au courant de ta carrière, tu rencontreras forcément des enfants différents, et ils n'auront pas forcément de handicap physique..." : là-dessus, je suis profondément d'accord avec toi ! Ce type de situation est amenée à se développer de plus en plus et je veux être capable d'y faire face ! En tous cas, je ferai tout pour...

Sev 12/01/2007 19:42

Et bien, je crois que tu as choisis unbon module (meme si ce n'etait pas ton premier choix), il te sera surment utile un jour dans ta vie professionnelle, mais surtout il te sera tres utile pour ta vie de tous les jours !Elle est rudement interressante cette année je trouve, tu fais plein de choses aussi différentes et interressantes les unes que les autres.

Mirabelle 16/01/2007 19:19

Oui, je suis enchantée de ce module, même si le retour chez moi le soir, dans ma petite vie bien tranquille de valide, a été assez dur, parce qu'on en sort forcément pas pareil que le matin, c'est sûr...