Vendredi 19 janvier 2007
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Mon cher Victor,
Lundi dernier, j'ai pris la classe en charge. Ce n'était pas prévu pourtant ? Non. Mais ma directrice a été convoquée à l'Inspection l'après-midi même, et m'a proposé, dans la foulée, de faire classe dès le matin, en sa présence, pour "être opérationnelle dès le 22 Janvier". Elle m'a également soufflé l'éventualité de m'observer et de prendre des notes par rapport à mon travail, ce que j'ai accepté sans hésitation, tu penses bien ! Il est bon d'avoir un regard extérieur sur sa pratique !
Je dois dire que dans un premier temps, quand j'ai reçu le mail de ma directrice ("ah, au fait, je suis convoquée à l'IA lundi après-midi, tu devras prendre la classe en charge à ce moment-là.", j'ai été prise d'une crise de panique : quoi ? Lundi, déjà ? Mais c'est trop tôt ! Ce n'était pas prévu comme ça ! Je ne suis pas prête ! Et puis finalement... Finalement, tu t'es dit que de toute façon, il fallait bien que tu te lances un jour ! Voilà !
Alors je me suis lancée ! Après un week-end éreintant (en résumé, j'ai passé mes samedi et dimanche à mon bureau, à bosser fiches de prép et séances...), je suis en piste lundi matin. J'arrive avec une vingtaine de minutes d'avance, histoire de bien repérer le matériel, de prendre mes marques, de préparer mes activités pour la matinée. Une dame de ménage apparaît dans la classe et s'étonne : "tiens, c'est bizarre, Jocelyne n'est pas là, elle doit être malade...". Qui est Jocelyne ? C'est l'ATSEM. Ah... Son absence risquait de te poser problème par rapport à la gestion de la classe ? Là, je me dis "et voilà, évidemment, il faut que ça arrive aujourd'hui...". Je sens la peur, la panique, m'envahir. Mais pas très longtemps, au bout du compte. Parce que je me dis : "bon allez, tu vas faire tes armes ! Tu ne sais pas encore nager, tu es dans le grand bain sans ceinture, mais t'as pas le choix, il faut que tu arrives à te raccrocher au bord sans couler !".
Les enfants sont arrivés peu à peu. J'ai fait l'accueil sans trop m'en rendre compte, assistée par Martine, qui, je te le rappelle, était présente dans la classe et tenait à m'épauler, toute péanalisée que j'étais par l'absence de Jocelyne. C'est gentil de sa part ! Oui. Cette femme est une crème. Je suis vraiment très bien tombée. Bref. Je ne suis pas très à l'aise pour l'accueil. Je suis pourtant près de la porte mais certains parents ne me regardent pas, n'ayant d'yeux que pour Martine. Tu as du mal à t'affirmer en tant que maîtresse du lundi ? Seulement face aux adultes. Car une fois la porte fermée, j'ai puisé en moi pour feindre de l'assurance.
Après accueil et jeux libres, j'ai entamé les rituels, ne pensant que par éclipses à la présence de Martine, sourcils froncés, grattant sur son bloc notes. Je m'emmêle un peu les pinceaux dans les rituels mais il me semble que le courant passe bien avec les petits. Je change de ton aussi souvent que possible, pour garder leur attention. Je distribue les étiquettes de présence, qu'ils vont placer soit "à l'école" soit "à la maison". Nous parlons du calendrier. C'est la souris rouge, celle du lundi. Un enfant va "l'habiller" au tableau, avec son petit maillot rouge. Les quinze minutes de rituels passent à une vitesse HALLUCINANTE et c'est déjà l'heure d'embarquer tout mon petit monde pour la séance de motricité : parcours !
A propos de ce parcours, je ne l'avais en rien préparé, l'organisation à ce sujet étant TRES TRES compliquée. Je ne m'apesantirai pas là-dessus, car il faudrait y consacrer une conversation entière ! Bref. Pour ce parcours, Martine et moi-même menons la séance. J'aide les petiots à sauter des hauteurs minuscules, à passer sur, à passer sous... Je m'aperçois de combien nous sommes leurs référents, à tous ces gosses, leur repère de sécurité, ne serait-ce que quand leur petite menottes craintives serrent la mienne, lorsque je les aide à sauter d'une table à un tapis de sol. La séance est... Sportive. Nous sommes vite débordées car les gosses sont difficiles à contenir. Ca court dans tous les sens, ça se pousse, ça piaille, ça se double, ça se cogne, ça rigole, ça proteste... Bref : c'est un joli bordel ! C'est vivant, disons... Et puis il faut bien qu'ils se dépensent ces petits bouts !
Je prends en charge le retour au calme, que j'improvise complètement. Pour les amener à se rasseoir tranquillement sur le tapis, je leur demande de "faire comme moi", j'agite mes mains genre "les petites marionnettes" et c'est comme si j'avais appuyé sur un bouton. Les gamins me suivent et vont s'asseoir, concentrés sur leurs gestes. Je m'asseois en face d'eux et me mets à parler bas, tout bas... Je leur raconte que des petites souris grises sont en train de courir dans la pièce et qu'il ne faut pas leur faire peur... En même temps, je fais différents gestes : je tapote ma tête, mon menton, mes cuisses... Et ils me suivent ! Ils sont à fond dedans, leurs mirettes ouvertes bien grands, dans un air de fascination ! Waouh ! Je suis trop fière de moi ! Pour une fois... Ca mérite d'être souligné !
C'est ensuite la pause pipi, dix minutes qui s'écoulent rien qu'à relever les petites culottes, fermer les boutons de pantalon, laver les mains, appuyer sur le robinet d'eau... Puis direction la classe et les plus chahuteurs ne résistent pas à l'envie de courir dans le couloir ! Du coup, lundi prochain, ce sera le jeu du petit train, pas le choix ! Une fois dans la classe, je reprends ma place sur la petite chaise de maîtresse, tandis que les enfants s'installent sur les bancs, tout autour du tapis. Et là, je me dis que c'est vraiment moi la maîtresse, aujourd'hui. Il est 10 h 10 et je suis heureuse comme tout...
Bavardages