Mon cher Victor,
Puisque c'est Plum' qui le demande, je me plie à un exercice ô combien difficile : me révéler en cinq points, et en inédit, blogosphériquement parlant. Voilà bien dix minutes que mes doigts cherchent la vérité sur le clavier... Car il me semble avoir déjà tout dit sur moi par l'intermédiaire de mon blog. Ou plutôt... D'avoir tout dit sur Mirabelle, mais pas sur celle qui se cache derrière le personnage stéréotypé de jeune femme angoissée-et-chiante, pas sur l'auteur de ce blog. Pas sur celle que je suis dans la réalité. Alors voici, en toute sincérité, cinq choses qui en disent long sur moi, cinq choses révélatrices et personnelles, en pleine lumière, au grand jour de la blogosphère...
1) J'ai été marquée par un drame, qui ne m'a pas touchée directement, mais qui m'a secouée, et fragilisée. Quand j'étais petite, vers l'âge de sept ou huit ans, un petit garçon avec qui j'entretenais une amitié très forte a perdu son papa. Il s'était suicidé. J'aimais beaucoup son papa. Il ressemblait à Michel Berger. Il avait disparu, d'abord, et nous avons été sans nouvelles de lui pendant une semaine. Alors, A. et moi avons décidé de mener une enquête et de retrouver son papa. Nous y croyions très fort. Nous avions élaboré tout un plan, que nous n'avons jamais mis à exécution, bien entendu. Et puis la police a retrouvé son papa. Il s'était noyé. Dans ma tête de petite fille, j'ai imaginé la scène. Michel Berger avançant peu à peu dans la mer. Qui s'y enfonce. Qui disparaît. Cette image, je la revois, régulièrement. J'entends encore également dans ma tête la voix de A., une voix entrecoupée de sanglots, la nuit, quand j'allais coucher chez lui. Il croyait que je dormais... Et moi, j'étais paralysée dans mon lit. Terrorisée. Bouleversée. Ce drame m'a perturbée. Peu de temps après, la mort est devenue comme une obsession pour moi. Une terrible obsession. Tout s'est enchaîné. J'ai eu peur de la drogue, du Sida... Tout ce qui pouvait être dangereux. Ca a été une période très difficile, où je ne faisais plus confiance à personne, où j'avais peur de tout et de tout le monde. A la frontière de la folie. J'ai heureusement pu parler avec mon pédiatre, un homme fantastique, qui a su trouver les mots et me rassurer. Et la vie a repris son cours... Tout doucement, à petits pas...
2) Ma scolarité d'élève "modèle et brillante" a failli être entachée d'un avertissement en classe de cinquième. A cause du cross de fin d'année du collège. Ce jour-là, peu soucieuse du résultat final, j'avais porté peu d'attention au circuit, qui consistait à parcourir deux tours du quartier environnant le collège, l'arrivée étant matérialisée par des barrières à l'entrée du gymnase. Il me faut préciser, pour témoigner de ma bonne foi, qu'il nous fallait passer devant le gymnase à chaque tour. Or, j'étais, avec ma meilleure amie de l'époque, peu encline à fournir un effort continu, et désireuse de "passer du bon temps". Ce désir se concrétisa par une attitude quelque peu désinvolte : Camille et moi-même avons marché tout le long du parcours en papotant et en riant comme deux gamines que nous étions, et SANS MEME faire attention au parcours. Au bout d'un tour, donc, nous parvenons au gymnase et sans nous poser de questions, nous présentons à l'arrivée. Quelle ne fut pas notre surprise en entendant un professeur, chargé de l'accueil des participants, s'exclamer : "Premières des filles !". Je vous laisse imaginer nos yeux ronds devant un tel résultat, nous qui avions passé nos séances d'entraînement à expérimenter différents stratagèmes pour nous arrêter : refaire son lacet, faire semblant de se faire mal à la cheville... J'en passe et des meilleures ! Nous n'avions, tout bonnement, fait qu'un tour, et nous fûmes accusées d'avoir triché. C'était faux, bien sûr, mais l'affaire alla très loin : on nous menaça d'un avertissement et je récoltai la pire note de toute ma vie en EPS... Un 4/20 en course longue ! Moi qui étais toujours bien vue par tous mes enseignants, je voyais mon monde s'écrouler, et ma première réaction fut de fondre en larmes. Réaction qui, d'ailleurs, provoqua l'hilarité de Camille, qui se fichait comme de sa dernière chaussette de ce 4/20. Depuis, cette anecdote est devenu un excellent souvenir. Je nous revois riant et discutant sans nous préoccuper du chemin à parcourir, je ressens encore cette bonne humeur, cette amitié, et cette chute si spectaculaire, si innatendue ! Rien qu'en l'écrivant, j'ai le sourire...
3) Je suis née avec deux "trous", sur chaque oreille, au niveau du cartilage. Du coup, on m'interroge souvent sur le pourquoi du comment je-ne-mets-pas-de-boucle-d'oreille-à-ce-niveau-là-si-je-suis-piercée. C'est ensuite un vrai bonheur que d'expliquer à mes interlocuteurs qu'effectivement, j'ai un trou sur le cartilage de chaque oreille, mais que ce ne sont pas vraiment des trous vu-qu'en-fait-ces-trous-ne-sont-qu'en-surface et que je suis née ainsi. J'aime constater combien les gens sont effarés par une différence aussi minime. Ca m'amuse...
4) Une étoile fluorescente est collée au plafond de ma chambre. J'imagine alors que le noir de ma chambre est un ciel immense et cette étoile MA bonne étoile, qui veille sur moi. Une idée qui me rassure et me permet de partir tout doucement, en sécurité, au pays des rêves... Vous trouvez ça gamin ? Je suis prête à parier que beaucoup de gens sont, comme moi, angoissés à l'idée du sommeil... Vont-il se réveiller le lendemain matin ? Leur coeur va-t-il s'arrêter de battre pendant la nuit ? Cette idée de "plus rien" me fait peur, et je suis certaine que beaucoup, sans l'avouer, trouvent des petits trucs pour se laisser plus volontiers emporter par le sommeil...
5) Le bonheur. La vérité, c'est que je ne sais ce que c'est que le bonheur. Je n'ai pas cette sérénité que certains affichent, je ne sais pas "prendre les choses comme elles viennent", je ne sais pas "vivre au jour le jour", sans me poser de questions. Je suis exigente avec tout, avec tout le monde. Certains diront "intransigeante". Le bonheur et l'exigence, voilà un couple qui me semble contradictoire. Ca fait des années qu'il m'enquiquine ce couple ! Des années que j'"essaie" d'être heureuse sans y parvenir, avec pourtant, sur le papier "tout ce qu'il faut pour réussir". Le bonheur, je ne l'ai jamais qu'en idéal, pas en réalité. Parce que l'Amour est décevant, que l'Amitié est decevante... Parce que MOI je suis décevante.
Bavardages