XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mirabelle, maîtresse T1

Mercredi 15 août 2007
Mon cher Victor, classeur.jpg

Hier soir, j'ai accueilli à la maison ma copine Manue. Qui est-ce ? Une amie que je m'étais faite en licence d'anglais, désireuse comme moi d'être institutrice. Elle a réussi ? Oui ! C'est tout neuf de cette année ! Après un échec l'année dernière, elle s'était décidée à passer le CRPE dans la plus grande académie de France et l'a obtenu avec brio ! Cette année, elle entre donc en PE2 ! Oui. Du coup, je lui ai filé quelques tuyaux, autour de boissons et de petits gâteaux... U
ne charmante façon de travailler !

Elle est arrivée complètement stressée, avec plein de questions
. Elle appréhende cette rentrée... Tout comme moi l'année dernière. Et à vrai dire, en la voyant, il me semblant me voir moi, il y a douze mois : la même crainte de ne pas être à la hauteur, la même peur face aux exigences de l'IUFM et de la charge de travail importante. J'espère que tu l'as rassurée... Si tu as réussi à être validée, pourquoi pas elle ? C'est exactement ce que j'ai dit ! Je lui ai sorti tous mes classeurs : fiches de prep, fiches de séquence, idées d'activités pour les petits, dossier du séminaire Maternelle... Nous avons comparé ensemble mes fiches de prep' du début d'année (à l'ordinateur, bien léchées et très très très détaillées) à mes fiches de prep actuelles, plus économiques et plus synthétiques. Je lui ai montré mon cahier-journal et lui ai expliqué mes choix, tout en précisant bien que ce n'était qu'une façon de faire et que je ne prétendais pas que ce soit la bonne ! En résumé, vous avez épluché tout ton travail...

J'ai parlé, parlé, parlé.
Je me suis entendue évoquer les petits, les rituels, la gestion des ateliers, la motricité, les temps de langage... Je me suis entendue parler des stages de trois semaines, des visites d'aides, des permanences IMF... De la fatigue... Tu n'as pas dû la rassurer tant que ça, je crois... Détrompe-toi ! Même si j'ai eu par moments la sensation de lui faire peur (en particulier qu'il ne fallait rien attendre de l'année de PE2, à part les stages...), je crois avoir réussi à lui faire dédramatiser cette année de formation en lui répétant, encore et encore "que de toute façon, on fait ce qu'on peut, et on y arrive, y'a pas le choix !". Elle a opiné du chef : "En gros... On se débrouille comme on peut ?". Elle a tout compris, cette petite !

- J'ai trop peur de faire des conneries...", m'a-t-elle dit. Je lui ai alors raconté ça, et puis ça, et je me suis surprise à en rire comme si je racontais une bonne blague. L'eau a coulé sous les ponts... D'autant plus que je sais que des conneries, j'en ferai d'autres. Il faut juste essayer de mieux les vivre et de ne pas s'écrouler dès qu'elles pointent le bout de leur nez... Je lui ai aussi raconté l'épuisement, le sentiment d'impuissance... Oh la la !! Tu es certaine que c'est ce qu'il fallait dire ? Et j'ai tout de suite enchaîné sur le plaisir d'être en classe, sur la joie de retrouver les gamins le matin. Le contact avec une équipe sympa, les remarques surprenantes des gosses, les questions auxquelles on n'avait pas pensé... Je lui ai parlé de l'envie, qui reste, malgré la fatigue, de l'émotion des derniers jours, de la gorge serrée quand on ferme la classe pour la dernière fois. Et ça a eu l'effet escompté ? Oui. Soudain, au lieu d'une lueur de peur, j'ai vu dans ses yeux l'enthousiasme, l'impatience, la passion.
J'ai tenu à lui dire que je n'étais pas encore partie bien loin moi-même mais que je pouvais tout de même constater des progrès, par petites touches. Qu'être validée n'avait pas fait de moi la maîtresse qui sait tout faire, non, juste une jeune instit' consciente qu'elle a encore tout à apprendre.

Quand elle est partie, des classeurs et des dossiers plein les bras, en me remerciant d'avoir papoté de tout ça avec elle, j'étais fatiguée. Avec la gorge sèche. Je me suis rendu compte que j'avais parlé, parlé, parlé... J'étais toute émue de me dire qu'elle allait faire sa PE2, comme j'avais fait la mienne. "Est-ce que l'année passe vite ?", m'a-t-elle demandé. Je n'ai rien trouvé de mieux à répondre que "oh oui, bien sûr, je ne l'ai pas vue filer !". C'est un lieu commun mais... C'est tellement vrai ! C'est drôle, Victor... Il suffit de peu de choses pour faire un pas en avant. A quoi penses-tu ? J'avoue que jusque là, je me sentais encore PE2. Stagiaire. Mais la visite de Manue... T'a fait prendre conscience que tu avais pris du recul par rapport à tout cela ! Oui. Etablir un bilan de tes stages, peser le pour et le contre de cette formation t'a certainement aidée à réaliser que tu étais passée à l'étape suivante : la T1 ! Oui. Je ne me sens plus PE2, désormais. J'ai laissé le mémoire, les stages, les cours à l'IUFM derrière moi, et je suis prête à écrire un nouveau chapitre de ma carrière. Le premier qui soit réellement le premier, si je puis dire...

Du coup, je déclare officiellement ouverte la catégorie "Mirabelle, maîtresse T1" !

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- Par Mirabelle
Samedi 18 août 2007
Mon cher Victor, fournitures.jpg

La semaine dernière, j'ai fait mes courses pour la rentrée. Aaah ! Un grand moment !! Alors tu as acheté toute ta panoplie de maîtresse ? Oh la la... Le caddie était rempli ? Eh bien... Je n'avais pas de caddie, ce qui a rendu l'entreprise d'autant plus périlleuse ! Périlleuse ? Ben oui ! Tenir des classeurs, des pochettes, des cahiers, des stylos, des tubes de colle, des feuilles plastifiées contre soi sans rien faire tomber exige une organisation du tonnerre (de Brest) ! Qu'est-ce que c'est que cette petite plaisanterie, Mirabelle ? J'imagine qu'il y avait une référence là-dessous mais je ne parviens pas à la saisir... Un petit clin d'oeil à la bande dessinée "Tintin". Ah... Ca t'en fait, une belle jambe, maintenant que tu sais ça, hein ? Oui, effectivement...

Bref. Quand j'ai foulé le sol de la grande surface du coin, avec mon Mystérieux Inconnu comme accompagnateur, je lui avais promis, bouleversée par ma propre conviction, que nous ne serions pas dans les rayons pendant une heure, au milieu des mômes et des gondoles "super prix sur les trousses Dora l'Exploratrice". Et bien sûr, tu n'as pas tenu ta promesse... J'ai pourtant mis la meilleure volonté du monde à essayer de la tenir mais enfin, comme dire... Hummm ? Evidemment, tu ne te rends pas compte, Victor... Tu ne réalises pas la jungle que c'est, les supermarchés, en période de pré-rentrée... Tous ces enfants qui réclament : "Maaaaaaaaaaman ! J'veux le cartable "Charlotte aux fraises" !" et ces mères qui parlementent : "Enfin, chérie, je ne vais pas t'acheter un nouveau cartable, le tien n'a qu'un an, il peut encore te faire du temps !". Ces sourcils froncés devant la complexité des rayons : cahiers à rayures, formats divers, spirales, bloc-notes... Les caddies s'entrechoquent, les listes de fournitures volent entre les rayons... Mon dieu ! Dans quel monde vivez-vous, mes pauvres enfants !

Bref. Quand je me suis retrouvée devant tous les types de classeur (souples ou non ? avec levier ou sans levier ?), je me suis bien vite aperçu, tout comme mon Mystérieux Inconnu qui commençait à soupirer à côté de moi, que la séance de courses, censée n'être qu'un "saut", allait bientôt se transformer en une véritable expédition. J'ai pourtant fait le plus vite possible : j'ai attrapé mon lot de chemise à rabats à pas cher du tout avec la rapidité d'un Lucky Luke qui dégaîne son flingue, j'ai rué dans les brancards pour le lot de huit tubes de colle en promotion... Quand j'eus les bras bien chargés, je glissai la suggestion à mon Mystérieux Inconnu que, peut être, il pourrait me tenir quelques achats, et zou, c'était reparti, direction les agendas. Les agendas, ce fut le plus long. Et en quel honneur ? Eh bien il me fallait un véritable agenda de maîtresse ! Le maître-mot de cette année : sérieux et sobriété ! Ca fait deux mots, ça, Mirabelle... Oui, bon, tu vois ce que je veux dire...

A côté de moi, grouillant un peu partout, je voyais des mères, des enfants, quelques pères (eh oui, il y en avait, qu'est-ce que tu croyais, Victor, avec ta morale du XIXème siècle ?). En intitulé de liste, je pouvais lire (discrètement, bien entendu) "Fournitures pour l'année scolaire 2007-2008". Un papa, grommelant des "mais ils m'emmerdent, eux, avec leur petit cahier TP à spirales, j'en vois pas, moi ! Pfff...", me lança soudain un regard interrogateur face à mon sourire amusé. Il a sans doute pensé que j'étais une étudiante abordant une énième année d'université... Et moi, j'avais envie de crier, là, dans le rayon : "Vous vous trompez, vous vous trompez du tout au tout ! Je suis instit' et je vais faire ma première rentrée d'enseignante ! Vous vous rendez compte ? Ma première rentrée d'enseignante ! Je pète de trouille, ça oui, je pète de trouille... Mais qu'est-ce que je suis heureuse !". Bien sûr, tu n'as rien dit de tout ça... Evidemment que non : on m'aurait prise pour une folle !
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- Par Mirabelle
Mardi 21 août 2007
Mon cher Victor, liongladiateur.jpg
La rentrée se rapproche à grands pas et l'angoisse monte. Je réalise un peu plus chaque jour que ça y est, je vais me lancer dans l'arène.  Tu as de ces comparaisons... Oui, bon, c'est peut être un peu poussé mais enfin, tu sais, mon imagination galopante va souvent chercher les situations les plus invraisemblables... Et là, c'est un extrait du film "Gladiator". Russell Crow dans l'arène, pour son premier combat, comprend à peine ce qui lui arrive. C'est l'instinct de survie qui le fait se battre et... Oui mais enfin toi, tu n'en es pas à ce point-là, quand même ! Il ne faut pas exagérer, tu ne risques pas ta vie ! Ne casse pas sans cesse mes images, Victor... Bref.

Dans un premier temps, il se bat sous les huées si je me souviens bien (j'ai vu ce film il y a longtemps, pardonne ma mémoire défaillante), il est seul dans cette arène immense, seul et un peu désamparé. Cela n'a pas dû durer bien longtemps ! Quand les lions sont lâchés, il faut bien se remuer un peu  et... Terminés les états d'âme ! Oui. C'est ce que je ferai moi aussi. Quand je serai dans l'arène, avec vingt-cinq lions en moyenne autour de moi, il faudra bien que je les dompte (cette comparaison n'est pas si saugrenue, Victor ! Combien de collègues ai-je entendu s'exclamer, à la fin de la pause café à la récréation : "Allez, je vais chercher les fauves !") et qu'ainsi (car l'un ne va pas sans l'autre...), je parvienne à séduire la foule, la mettre dans ma poche, une foule qui, souvent, me jugera et me demandera des comptes. J'imagine que tu parles des parents d'élèves... Ben oui ! De qui veux-tu que je parle ?

Bon. Calme-toi avec les parents. Ce ne sont quand même pas des monstres. Mais ouiiii je m'en doute ! C'était pour la métaphore !!! Et puis tu n'en es pas encore là. Tu n'es pas encore dans l'arène. Pour l'instant, tu es encore en vacances sous le... Bref... Sous la pluie de ta petite région. Là où tu te trompes c'est que dans mon esprit, je suis de moins en moins en libre et de plus en plus prête à faire mon entrée dans l'arène. Là, c'est comme si... C'est comme si j'étais dans le grand couloir, tu sais. Non, j'avoue... Mais sii ! Je suis un gladiateur qui s'apprête à combattre ! Je marche et devant moi, il y a ce grillage, qui va se lever. J'entends la foule, je sais qu'il y aura les lions, la sueur, les efforts. Je sais tout ça. Et j'ai peur. J'ai la peur au ventre. Mon petit doigt me dit de faire demi-tour mais une voix intérieure me souffle aussi: "Mais sii, Mirabelle, vas-y... Le combat t'excite, tu n'as qu'une envie : entrer dans l'arène. Oublie tes peurs, détends-toi, oublie la foule et concentre-toi sur les lions à dompter !". Je sais que cette voix a raison. J'ai envie mais j'ai si peur, si peur.

C'est mon premier combat. Mon premier vrai combat.
Celui dont je me souviendrai toute ma vie durant. Il y en aura d'autres, des combats, et peu à peu, comme Russell Crowe, je manierai mieux mes armes, je connaîtrai mieux les lions, je saurai quels gestes, quelles attitudes adopter pour ne pas voir le pouce de la foule s'orienter vers le bas. En attendant, c'est mon premier combat. La grille est encore close, devant moi, mais je vois le soleil, tout au bout, qui descend sur l'arène, lourd comme du plomb. J'entends l'impatience de la foule, qui suppute sur la tête de la nouvelle combattante. Je ne sais pas encore à quoi ressembleront les lions, s'ils sont jeunes ou plus âgés ; je n'ai pas encore foulé le sol de l'arène. Je l'imagine, et je reste là, dans ce couloir, à regarder le grillage, la lumière, et à me dire que ça y est, c'est la bonne. J'ai tant attendu et c'est la bonne, ça va se réaliser. Je vais faire mon entrée dans l'arène. Ma première rentrée. Mon premier vrai combat.
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- Par Mirabelle
Lundi 27 août 2007
Mon cher Victor,

perfection.jpg
Tout d'abord, je tiens à remercier "Pseudo", venue commenter ici récemment et  qui  me permet aujourd'hui d'écrire l'article suivant. Son commentaire m'a fait réfléchir. A quoi donc ? A l'image que véhiculent les enseignants, à ce qu'on attend d'eux.

Tu as été vexée à propos de cette remarque sur ton orthographe ? Eh bien... Vexée est un bien grand mot... Disons que j'ai trouvé ça un peu... Tiré par les cheveux... Tu entends par là que ton orthographe n'est pas aussi catastrophique que le le laissait penser ce commentaire ? Eh bien... Je conçois tout à fait faire des erreurs mais si j'avais eu un niveau si déplorable, crois-moi, je n'aurais pas obtenu le concours ! C'est un argument valable...

Enfin bref. En fait, ce n'est pas sur mon orthographe que je me suis interrogée, mais sur l'image du professeur des écoles. J'ai reçu, parfois, des mails assez désagréables de lecteurs ne comprenant pas l'intérêt de nos conversations. Ils ont le droit, Mirabelle ! Tout le monde n'est pas forcé d'apprécier nos discussions ! Attends un peu la suite avant de monter sur tes grands chevaux... Certaines personnes se sont offusquées du ton humouristique et décalé de nos conversations (enfin, je ne sais si c'est ainsi qu'elles sont perçues par notre lectorat mais c'est du moins ainsi que nous les concevons...) venant d'un professeur des écoles. Ah... Est-ce à dire qu'un hussard de la République se doit d'être parfait, en toute circonstance ? Eh bien, c'est ainsi que je l'ai compris, oui...

Comme l'a dit Rosa Negra, avant d'être enseignante, je suis un individu.
Bon. Si tu connais, toi, un individu qui soit parfait sur notre bonne vieille terre, fais-moi signe sur le champ ! Je ne pense pas que quiconque, sur cette terre, puisse prétendre au titre de perfection... Moi non plus. Bref. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne suis pas la même femme dans le cercle privé que dans le cercle professionnel. Dans le cercle privé, il peut m'arriver de laisser passer quelques fautes d'orthographe (nous y revoilàààà ! Tu vois que tu ne digères pas... Mais siii !) contrairement au cercle professionnel, où je suis extrêmement vigilente à l'égard de tout ce qui pourrait porter préjudice aux élèves. Par conséquent, tu relis plusieurs fois les documents que tu comptes distribuer aux enfants, tu prends garde à ton écriture, tu... Voilà ! Ne me coupe pas la parole, tu veux ? Pardon, Victor... Je disons donc que, consciente des responsabilités éducatives qui sont les tiennes en tant que professeur des écoles, tu traques la moindre de tes faiblesses dans le cadre de la classe ! Tout à fait. C'est bon, je peux reprendre la main ? Oui.

J'aimerais revenir un instant sur ma formation à l'IUFM. En fin d'année, on nous a souhaité bonne chance pour notre beau voyage vers la titularisation. On nous a demandé de composer avec nos faiblesses, en des termes qui rejoignaient à peu près l'idée suivante : nous devrons faire avec nos difficultés, les combattre en travaillant sur les domaines avec lesquels nous sommes les moins à l'aise (les mathématiques, en ce qui me concerne...). J'avais été surprise par cette réunion, Victor. Parce qu'on admettait que les professeurs des écoles, avant d'exercer leur métier, étaient des personnes, et en tant que personne, ils avaient leurs forces, certes, et leurs bêtes noires contractées tout au long de leurs propres scolarités. C'est quelque chose que j'ai apprécié. Vraiment. Parce qu'on n'essayait pas de nous faire passer pour les sauveurs de l'humanité. Les choses ont été dites clairement. Sincèrement. Honnêtement. Et tenir compte de nos appréhensions d'individus, de nos forces, de nos faiblesses, m'a donné encore plus envie de faire ce métier, parce que justement, on nous a fait comprendre que nous pouvions y arriver, quel que soit notre passé scolaire, nos lacunes etc. Le mot "perfection" n'a pas été prononcé. Et je t'assure que ça, ça donne la foi.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu'on vous aie dit : "vous avez notre bénédiction pour ne pas en foutre une !". Non. Nous avons bien compris que c'est à force de travail et de persévérence que nous parviendrions à devenir de bons enseignants. Ne me fais surtout pas dire ce que je n'ai pas dit ! De toute façon, un enseignant consciencieux ne pourrait, de lui-même, pas se reposer sur ses lauriers. C'est une question de principe. La conception du métier, de sa responsabilité, de son utilité, est en jeu.

Tout ça pour dire que les instits', conscients de leurs responsabilités, sont juste des gens qui font leur maximum pour transmettre des savoirs correctement et pour se montrer dignes de leur fonction, avec exigence et rigueur. Enfin, ce n'est que ma façon de voir les choses, n'est-ce pas... Mais m'est avis que beaucoup de collègues la partagent...
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- Par Mirabelle
Jeudi 30 août 2007
Mon cher Victor, art.png
Bon alors. Dans mon hebdomadaire préféré (il faudrait d'ailleurs, un jour, que j'évoque avec toi, Victor, le rôle qu'il tient dans ma vie), j'ai lu un article sur la place de l'Art à l'école. Il s'agirait de la renforcer. Il est bien souligné, dans cet article, que cet enjeu éducatif est mis en avant depuis des années déjà (souvenons-nous de la campagne de Jacques Chirac en 1995). Mais l'enseignement qui en est dispensé a-t-il changé ? Les instits' y accordent-ils plus de place ?

Du haut de mon expérience maigrichonne, au regard de ce que j'ai pu observer dans les classes, je me dis que les Arts Visuels à l'école, ce n'est pas du gâteau. Je me souviens, entre autres, d'une IMF chez qui j'avais effectué un stage en début de PE2 (rappelle-toi, Victor, c'était lors de cette séance catastrophe !). C'était une classe de CP-CE1. Ma collègue et moi-même avions fini à quatre pattes sur le sol à nettoyer des flaques entières de peinture. Nous étions remontées en sueur sous l'oeil mi-navré mi-amusé de l'IMF, qui nous avait chuchoté, dans un soupir : "Vous comprenez maintenant pourquoi peu d'enseignants s'aventurent dans la peinture...". C'est une phrase qui m'est restée.

Et elle m'a beaucoup servi. Je l'ai gardé en tête pendant mon SR2, et surtout pour mon SR3 où j'avais en charge le cadeau de la fête des pères. Lourde responsabilité ! Et comment ! J'avais choisi, dans un élan d'ambition, de faire fabriquer aux enfants des dragons porte-crayons. Bon. A l'arrivée, les productions avaient été rebaptisées par les enfants en "lézard" ou "dinosaures", mais je m'étais dit qu'au fond, la dénomination avait peu d'importance, d'autant plus que les produits finis s'apparentaient très peu à des lézards, très peu à des dinosaures, même très peu à des dragons. Ce qui n'empêchaient pas les gosses d'être ravis, je supose... Bien sûr ! Bref. Pour en revenir à nos moutons... Qu'est-ce qu'on disait, déjà, Victor ? Nous parlions de l'Art Visuel à l'école. Voiiiilà ! Je voulais donc en venir au fait que la séance-cauchemar dont je parlais précédemment m'avait été bien utile. Car, au moment de choisir quel cadeau faire aux papas, se posa le problème du caractère périlleux de l'entreprise... Périlleux ?

Pour fabriquer ces magnifiques dragons, il me fallait de l'argile. Or, j'avais dans la classe de sacrés cocos, et je redoutais, envisageant le scénario le plus catastrophique, une bataille d'argile menée par les cinq ou six loulous les plus remuants, et moi, maîtresse débordée, ne sachant plus que faire pour calmer la meute. Ce n'est bien évidemment pas ce qui s'est passé... Heureusement, non. C'est justement là que je veux en venir. J'avais tout mis en place pour que cela ne passe pas ainsi : c'est ce qu'on appelle l'an-ti-ci-pa-tion ! J'avais déplacé les élèves et cassé les paires les plus "si-on-nous-met-ensemble-c'est-la-foire", mis des journaux partout sur les tables et fait preuve d'une extrême fermeté avant la séance : "On pose les mains sur la table et on ne touche pas le matériel avant mon signal !". Ca m'a l'air un peu militaire, ton organisation ! Pas tant que ça. C'est juste que l'Art Visuel est l'une des disciplines les plus "à risque" au niveau des débordements. Il faut donc redoubler d'autorité. Et grâce à tout ça, tout s'est bien déroulé ! Non ? Je ne t'ai pas encore tout dit ! J'ai même omis le plus important ! Quoi donc ? Je n'ai pas fait fabriquer les dragons avec de l'argile, mais avec de la pâte à modeler auto-durcissante.  Tu évitais ainsi l'écueil du "nous jouons avec l'argile-bouillasse". Tout à fait.

Avec le recul (et quel recul ! Cinq mois plus tard !), j'évalue la fabrication de ce cadeau de fête des pères comme le plus grand pic de stress auquel j'ai eu à faire face pendant ce stage. Parce qu'en plus de la phase de modelage, vint le temps de la "peinture du modelage". Ah la la... Distribution méthodique des blouses, silence relatif (mais dont j'étais plutôt satisfaite, dans le fond...), pinceaux qu'on garde bien sagement posés sur le bureau au lieu de les utiliser comme instrument de "chatouille du voisin", remplissage méticuleux des pots de peinture et retroussage des manches en règle. A 16 h 30, les dragons sont peints et regroupés sur une table au fond de la classe, table que j'ai astucieusement (ne te lance pas trop de fleurs, Mirabelle, tu n'es quand même pas la maîtresse du siècle...) débarrassée de ses fichiers de mathématiques. Je suis complètement épuisée et je tire la conclusion suivante : à AUCUN MOMENT on n'a renversé de pot de peinture, à AUCUN MOMENT un enfant n'a décidé de maquiller son voisin, à AUCUN MOMENT il n'y a eu de bataille d'eau aux lavabos. Braavo maîtresse ! Merci.

Bon. Cinq mois plus tard, je me dis que l'art visuel à l'école, c'est possible. C'est long et difficile à mettre en place, il faut penser à tout et il faut être sur le qui-vive à tout moment. Mais ça vaut le coup. Parce que "ça sort de l'ordinaire" (je sais que cela va en faire bondir certains mais j'aime les instants où les enfants "se libèrent"), que les gosses ont du plaisir à entrer ainsi dans un projet artistique, et que leur contact avec l'instit' n'est pas le même que lors des disciplines plus scolaires, plus traditionnelles. J'ai le souvenir d'une récréation où trois ou quatre élèves sont restés avec moi pour "m'aider" à recoller les quelques dragons cassés (l'inconvénient de la pâte à modeler auto-durcissante, c'est que justement, cela durcit très très vite, ce qui rend compliqué l'assemblage de plusieurs pièces). Au final, c'est moi qui ai recollé tous les morceaux, mais cela nous a donné l'occasion d'évoquer le fonctionnement du pistolet à colle et d'établir un dialogue plus individuel, auquel il est plus difficile de parvenir quand la classe est au complet, quand chacun est assis à sa place.

Alors tu dis, toi, que l'Art Visuel à l'école, c'est bien ! Il faut le développer ! Oui... Mais comme notre conversation d'aujourd'hui a été très longue vu que j'ai été très très bavarde, j'évoquerai quelques points plus problématiques dans une prochaine conversation ! Cela faisait longtemps que tu ne me l'avais pas faite, celle-là...
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- Par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 6 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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