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Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Un Mot Au Vol ?

Papotage Archivé

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !
 

Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !



Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 21:53

Mon cher Victor,

 

Samedi 7 avril, Chéri et moi tentons d'oublier cette histoire de tension (ce qui n'est oas facile, car qui dit tension haute dit obligation d'en faire le moins possible !) et surtout de "passer le temps" en attendant les résultats de mon analyse d'urine Quelle analyse d'urine ? Mais siiiii Victor, tu sais bien, quand j'ai fait pipi dans le pot ! Roooo ! Je l'avais apporté le matin-même, très anxieusement, au laboratoire de la clinique, et chassais de mon esprit (ou du moins essayais de le faire) la menace de prééclampsie que je sentais fondre sur moi vitesse grand V. Et puis soudain, vers les 16h...

Alors que je fais la sieste (ben oui, ça fatigue la grossesse !), mon téléphone sonne, je reconnais immédiatement le numéro de la clinique, mon sang ne fait qu'un tour, j'ai le coeur battant, je sais, je sais déjà, s'ils m'appellent c'est qu'ils ont eu les résultats et qu'ils ne sont pas bons, pas bons du tout...

" Nous avons vos résultats. Il faudrait que vous veniez tout de suite à la clinique."

- J'ai des protéines dans les urines ?

" Oui."

- Beaucoup ?

"Oui, beaucoup."

- Combien ?

" 3,30 g."

- Ce que vous êtes en train de me dire, là, c'est que je fais une prééclampsie, c'est ça ?

"Oui, tout à fait Mademoiselle."

- J'arrive.

Je raccroche. Je tremble. Je sais que c'est là, maintenant. J'ai lu plein de choses. Je sais qu'au-dessus de trois grammes, on considère que c'est une prééclampsie sérieuse. Je sais qu'ils n'attendront pas. Beaucoup de protéines, beaucoup de tension : ils vont me déclencher. Chéri, lui, ne s'affole pas, ne réalise pas, ne prend pas toute la mesure. Je lui parle de faire le sac. Quel sac ? Et puis il faudrait appeler mes parents, aussi, pour décommander le repas de Pâques demain midi. J'appelle ma  mère. J'annonce la couleur. J'entends la peur dans sa voix. Je raccroche. Je saute sur le sac de voyage. Bien sûr, rien n'était prêt. C'était trop tôt. C'est trop tôt. Je suis terrifiée. Pour elle. Pour moi. Je ne sais plus ce qu'il faut prendre. J'attrape les vêtements naissance dans l'armoire, en priant pour que ce ne soit pas trop grand pour elle. Je prends ce qui vient dans mes tiroirs. Je tremble. Je pleure un peu. Chéri m'aide, prépare ma trousse de toilette. Ils vont me déclencher, je lui dis, j'en suis sûre, elle sera là bientôt, très bientôt. Demain, peut être, nous serons parents, tu te rends compte ? Mais c'est trop tôt, proteste-t-il, bien trop tôt, tu ne peux pas accoucher maintenant... De l'inquiétude dans ses yeux. Il a compris, enfin. J'essaie de sourire : On n'a pas le choix. Je dois accoucher. Ou on pourrait mourir, elle comme moi.

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 18:20

Mon cher Victor,

 

Tout a commencé, donc, le vendredi 6 avril dernier. Je me rendais à mon rendez-vous gynécologique mensuel, correspondant au huitième mois de grossesse : autrement dit, l'avant-dernier avant le grand jour ! J'avais, comme qui dirait, beaucoup gonflé, ce n'est rien de le dire, mes pieds s'apparentant énormément à des palmes, gros orteils, chevilles invisibles sous la rétention d'eau, mollets en forme de poteaux... Quant à mon visage, parlons-en, on ne distinguait même plus mes pommettes ! C'est donc un peu anxieuse que je retrouvais ma gynéco (que j'adore, d'ailleurs, tant elle est simple, à l'écoute, rassurante) qui ouvrit de grands yeux devant ma silhouette : "Oh mon dieu, mais vous avez énormément gonflé depuis votre dernière visite !". Chouette... Cela met en conditions ! Nous discutons cinq minutes à son bureau, j'évoque les symptômes habituels de la grossesse, la fatigue, le ventre encombrant ("Vous rendez-vous compte que je ne peux même plus m'épiler correctement !") puis je passe sur la table d'examen, elle brandit le tensiomètre, avec lequel je ne suis plus très copine depuis quelques temps.

"Oh la la..." me dit-elle avec un regard alarmé qu'elle masque très mal : "Bon. Je vous la reprends dans un quart d'heure après la petite écho, une fois que vous aurez vu votre choupinette, cela ira mieux comme d'habitude.". Quinze minutes plus tard, je suis tout sourire d'avoir admiré ma fille devant l'écran, le tensiomètre est de retour et le regard alarmé de la gynéco également : "Bon... Euuuh, vous allez aller me faire un contrôle de tension à la maternité cet après-midi.". Je m'affole : "D'accord mais... Elle est à combien ?". Froncement de sourcils : "16/11.". Bien bien.Affreusement haute, autrement dit... Oh misère de misère...

Ce n'est qu'à ce moment que j'ai commencé à entrevoir la possibilité de quelques petites complications. C'est à dire ? C'est à dire que oedèmes (quand on gonfle de partout mon Victor) et tension ne font pas bon ménage : plus que les protéines dans les urines et hop, c'était le trio gagnant de la prééclampsie ! La prééclampsie ? Qu'est-ce que c'est que cet animal ? C'est une complication qui touche environ 5% des grossesses (quelle chance j'ai eu !) : l'échange mère-enfant, par l'intermédiaire du placenta, se fait mal. L'enfant cesse de grossir, de grandir, on est obligé de déclencher l'accouchement. Ah... Oui, comme tu dis. C'est grave donc... C'est la première étape vers l'éclampsie, qui peut être mortelle et pour la mère et pour l'enfant.

Je suis donc allée, dès l'après-midi, après avoir pleuré un bon coup, faire contrôler ma tension à la maternité. Verdict, après une heure, à raison d'une prise toutes les cinq minutes, ma tension était comprise entre 15/11 et 17/11. J'avais eu beau fixer le dinamap de toutes mes forces, ordonner à ma tension de descendre, rien à faire... A moi les froncements de sourcils désolés de la sage-femme ("Ce n'est pas bon du tout, nous devons vous faire des analyses de sang..."), la visite du gynécologue ("Vos analyses de sang sont encore bonnes, vous avez le droit de sortir mais avec un traitement pour votre tension, et obligation de revenir après-demain pour un contrôle."), le pipi dans le pot (ben oui, il faut contrôler la protéinurie dans les urines, autre signe de la prééclampsie... Tout un poème !).
Je rentre donc chez moi avec le pressentiment que non, décidemment, je n'accoucherai pas à terme, que cette grossesse n'a pas fini de me réserver des surprises, et pas des meilleures, que l'oeuf clair, les contractions, la dilatation du ventricule gauche de ma fille à recontrôler à la prochaine échographie, cela n'était pas assez, non. Nous sommes le vendredi 6 avril 2012, je ne suis même pas à sept mois et demi de grossesse, je pense être capable de tenir, encore quinze jours, quinze tout petits jours, pour parvenir aux 37sa, date à laquelle je pourrais souffler, elle ne sera pas prématurée, elle ne risquera rien, nous serons sauvées, nous pouvons y arriver toutes les deux. Je ne sais pas encore que deux jours plus tard, à 18 h 02, je mettrais au monde une petite fille, née prématurément, une petite fille qu'on ne me posera pas sur le ventre, qu'on emmènera tout de suite, incapable de respirer seule, toute frêle, minuscule, je ne sais pas encore que sa naissance sera le plus beau jour de ma vie mais aussi le plus terrifiant.

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 22:06

C'est la balance de la pédiatre qui affiche 3,230 kg. C'est ma fille toute nue dessus qui pleure d'avoir froid. C'est moi, qui pleure aussi. C'est Chéri qui a les yeux qui brillent, qui me sourit, me prend la main, la serre fort. Il a fallu un mois et demi pour voir s'afficher ce 3 avant la virgule. Un mois et demi. C'est la sensation, fugace, qu'A. devient comme toutes les autres petites filles, sans scop, sans fil, sans sonde, sans branchements, sans seringue, sans oxygène, sans lit chauffant. C'est la voix, timide et minuscule, qui me souffle "Allez, maintenant, le pire est vraiment derrière vous.".

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 18:02

Mon cher Victor,

 

Ahhhh ! Mirabelle, mon dieu ! Mais... Que vois-je ? Oh, mon dieu ! Oh, mon dieu ! Oui, Victor, oui. Tu n'as pas la berlue, je t'assure ! Mais... Comment cela est-il possible ? Eh bien ce sont des choses qui arrivent, mon Victor, voilà tout... Ca, par exemple ! Me voilà fort surpris, je ne m'attendais pas à une telle découverte ! Décidemment, tu n'aimes rien faire comme tout le monde, ma petite Mirabelle, tu m'étonneras toujours !! Tu m'en vois ravie ! Mais... Quand cela est-il arrivé ? Il y a déjà un certain temps : trois semaines, à vrai dire ! Oh la la, mais c'était beaucoup trop tôt, beaucoup trop tôt ! Certes. D'ailleurs, il faudra que je te raconte tout ça... Oh la la... Remets-toi, mon Victor, pense à ton coeur... Ne me dis pas qu'il y a eu des problèmes ? Tu mets tout de même trois semaines pour me parler d'un évènement majeur tel que celui-ci, j'ai donc plusieurs craintes : soit cela s'est mal passé et Seigneur, je regrette de ne pas avoir été présent pour te tenir la main ; soit, et je le prendrais très mal, tu n'as simplement pas jugé nécessaire de prévenir ton vieil écrivain préféré !

Eh bien pour répondre à ta question, ces trois semaines n'ont pas été une partie de plaisir, loin de là. Cela n'a donc rien à voir avec notre amitié. Rassuré ? Moui. Quoi que d'un autre côté, je suis désolé pour toi ! Allons, raconte-moi tout...

Tout a commencé le vendredi 6 avril...

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 11:34

Mon cher Victor,

 

Tristounette aujourd'hui, ma Mirabelle... Oui, tristounette, c'est le moins que l'on puisse dire. D'ailleurs, si tu ne veux pas que je te ruine le moral, tu ferais bien de t'en aller maintenant. Allons allons, je suis là dans les mauvais moments comme dans les bons, tu le sais bien. Allez, installe-toi, et raconte tout à ton Totor.

Il y a des hauts et des bas. A l'heure actuelle, c'est plutôt un bas. Pour te dire, j'irais bien me taper la tête contre les murs tant l'attente est longue et insupportable jusqu'à mercredi. Je tourne et retourne toutes les hypothèses dans ma tête, multiplie des questions qui restent sans réponse, à m'en rendre folle. Quand ce ventricule gauche a-t-il commencé à se dilater ? J'ai repris tous les comptes-rendus d'échographie, le deuxième m'a révélé que tout était parfaitement normal début janvier. Alors pourquoi un tel emballement ? Qu'est-ce que cela signifie ? Le ventricule gauche de ma fille est-il pris dans un inéluctable engrenage de grossissement ?

Je parle à ma fille. Beaucoup. J'essaie de ne pas pleurer, d'être forte, mais c'est difficile, c'est une lutte contre moi-même. Je suis bloquée au milieu de nulle part, à un carrefour où je ne parviens à respirer que de l'angoisse, de l'angoisse, de l'angoisse.

Entrer dans la chambre de ma fille me fait mal, un petit pincement au coeur que j'essaie de chasser immédiatement. Je ne me sens pas tout à fait à ma place aux cours de préparation à l'accouchement. Je n'ose plus du tout, d'ailleurs, imaginer le moment de la rencontre, cet instant où je la tiendrai dans mes bras, où son père l'embrassera en larmes, je n'ose même plus le rêver car il me semble ne pas en avoir le droit pour le moment, tant que je ne suis fixée.

Je pensais en avoir fini avec l'attente insupportable, avec le doute. Eh non. Ma fille n'est pas un oeuf clair mais a trop de liquide dans un ventricule du cerveau, c'est comme ça, c'est tombé sur nous. Et même si je sais qu'il y a bien pire que nous, que dans mon malheur, j'ai la chance qu'elle n'ait pas d'autre anomalie connue (et croisons les doigts pour que cela dure !), même si je devrais m'estimer heureuse, déjà, d'attendre cet enfant, qu'elle se développe visiblement correctement à côté de cela, cela n'enlève rien au fait que je suis terrorisée, que je me sens seule et impuissante, je ne peux pas l'aider, je ne peux rien faire pour la protéger. Chéri, lui, refuse carrément l'idée que cette dilatation puisse augmenter, il refuse l'hypothèse même que quelque chose puisse mal se passer, prétextant que nous avons déjà "mangé notre pain noir". J'ai peur pour lui aussi, du chagrin que je ne pourrai lui éviter si cette échographie de contrôle se passait mal. 

Tout cela m'apprend, en tous cas, ou plutôt me conforte dans l'idée que la grossesse est loin d'être le champ de fleurs qu'on nous vante, à nous les femmes, les futures mères. Non, ce n'est pas rose, et les petits coeurs, s'il y en a effectivement, sont nuancés de gris, de peurs, d'angoisses, d'épreuves en tous genres à surmonter pour que tout se déroule bien. Et je ne parle même pas des désagréments classiques du type nausées, maux de dos, gonflements en tous genres, non, ça c'est facile, ce qu'il faut apprivoiser, surtout, c'est de ne pouvoir RIEN FAIRE pour aider son enfant à grandir dans de bonnes conditions dans notre ventre, c'est de devoir se contenter de le sentir bouger en priant le ciel pour que tout aille bien, même si l'on ne croit pas en Dieu. C'est de savoir qu'on n'est jamais vraiment sorti d'affaire, c'est réaliser qu'on était encore un peu naïve de penser, en se rendant à la dernière échographie la fleur au fusil, que le bébé est "presque fini", qu'on a fait "le plus dur". Et là, paf, on te dit de revenir dans quinze jours, et tu n'entends plus rien, il y a juste le brouillard, et cette voix qui te dit de "ne pas t'inquièter" mais qu'"il faut contrôler". Joli paradoxe. Alors mesdames, vous qui n'êtes pas encore maman et mourez d'envie de le devenir, préparez-vous à avoir peur pendant neuf mois et pour le reste de votre vie, on ne vous le dit pas assez, on ne vous le dit pas.

Un peu plus de cinq jours à rester bloquée à ce carrefour de l'angoisse, sans savoir quelle route prendre. L'attente est interminable, étouffante, et je giflerais bien tous ceux qui ne peuvent pas comprendre, qui me conseillent de "ne pas m'inquiéter", qui assurent que "tout va bien se passer" alors qu'ils n'en savent rien, qu'ils n'ont jamais connu une telle situation. Même si cela part d'une bonne intention. Encore cinq jours où je vais vivre chaque journée l'une après l'autre, en essayant de les affronter du mieux possible. Cinq jours et ce sera soit la délivrance, soit retour au carrefour de l'angoisse.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 18:41

Mon amour,

Dimanche, dans la Manche, nous avons pendu la crémaillère de la jolie petite maison achetée récemment par ton grand-oncle et ta grand-tante. C'était ce que jappelerais une journée "famille Ricorée", avec les garçons qui jouent au football, les parties de pétanque, les femmes à se dorer la pilule sous les rayons, des bébés tout mignons, leurs bobs vissés sur le crâne, allongés sur des couvertures, sur l'herbe, au soleil, un chien minuscule qui court partout, confondu avec le cochonnet, et puis toi dans mon ventre, à gigoter comme une jolie diablesse. Ton père et moi avons fait comme si.  Comme si tout était parfait. Nous incarnions aux dires de certains, "le petit couple de rêve", arrivant main dans la main, "beau, qui a tout", moi habillée en été avec mon bidon bien en avant, ton père avec ses Ray Ban sur le nez, sa chemise très classe, séduisant à en tomber par terre. On m'a décrite comme "splendide", "rayonnante", "magnifique", ton arrière grand-mère s'est extasiée sur notre bonheur éclatant, nous nous sommes contentés de sourire.

Bien sûr, on m'a demandé de tes nouvelles. "Et la petite, ça va ?", "Elle se développe bien ?", "Elle gigote bien ?". Je me suis montrée très laconique, ne suis pas rentrée dans les détails, ai retenu une larme, une seule, pas plus, parce que j'ai appris tout l'art du masque, avec le temps. La tata, le tonton, le cousin, les cousines, ta grand-mère bien sûr, au bord de l'hystérie quand elle parle de toi (tu vas bien rire quand tu la verras, je te le promets...). Toute la tablée a tenté, au milieu des rires, de deviner ton prénom, jusqu'au moment où ton père, involontairement, a fini par le lâcher, la gaffe, et hilarité générale bien sûr. Un prénom adorable aux dires de tous, et je me suis sentie bêtement fière de toi, comme si tu étais déjà là, toute belle, à côté de nous dans ton cosy. Je n'ai rien dit à personne. J'ai fait comme si. Et au bout d'un moment, le mensonge, le paraître a pris le pas sur la réalité, comme si cette échographie n'existait pas, comme si ces deux dixièmes de millimètre avaient été effacés. Je me suis retrouvée tout simplement contente d'être là, sereine, heureuse de t'attendre, que nous soyons bientôt trois. C'était une belle journée.

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 08:30

Mon cher Victor,

 

Oh ma petite chérie, je... Stop ! Pas un mot ! Mais... Et change d'expression s'il te plaît, on dirait que ma fille est à l'article de la mort, ce qui n'est pas le cas du tout... Je voulais simplement t'assurer de mon soutien et... Tu n'en as pas besoin, Victor, ta présence suffit à me le montrer, les mots ne sont pas nécessaires. Et puis je te le répète, ne me regarde pas ainsi, tu as les paupières tombantes, la lèvre tremblante, bientôt je vais te ramasser à la petite cuiller ! Bon, très bien, très bien. Mais tout de même... Comment vas-tu depuis mercredi soir ?

Avant-hier, en me couchant, je ne voulais pas m'endormir, craignant le réveil du lendemain, craignant de me souvenir. Pourtant, la lutte contre la fatigue n'a servi à rien, les litres de larmes versées, la terreur, l'épuisement, les yeux bouffis ont fini par me faire m'écrouler sur le lit sans même que j'ai le temps de dérouler le fil de la journée dans ma tête. Malheureusement, le réveil s'est montré tel que je le redoutais : il a fallu me souvenir de ces 10,2 mm au ventricule gauche, me souvenir que nous ne saurions rien avant quinze jours et que l'enjeu était surtout de ne pas tomber fou avant l'échéance, de s'"occuper" au maximum pour supporter l'incertitude.

Et puis j'ai pris le taureau par les cornes. Appelé ma gynécologue, pris rendez-vous avec mon médecin traitant. Je ne vais pas me laisser abattre, elle est là, vivante, ses petites galipettes sous mes côtes, elle n'a rien demandé, et mon devoir, c'est de l'aider, de la porter et de la supporter. Je vais le faire. Au téléphone, je m'entends dire à ma gynécologue, pour qui j'ai une profonde estime : "Il semblerait qu'il y ait un problème au cerveau du bébé". Ces simples mots, cette simple phrase, cette abrupte réalité, je ravale mes larmes, la gorge enrouée de sanglots retenus. Elle répond : "C'est un des ventricules qui est plus dilaté que l'autre, c'est cela ?". Face à ma surprise, elle m'explique que c'est une des anomalies les plus fréquentes, qu'en général cela se résorbe tout seul. Elle n'est pas inquiète. Me le repète. Pense qu'à l'échographie de contrôle, ce ventricule sera passé des 10,2mm aux 7mm du droit. Elle me conseille de ne pas me mettre en tête que ma fille aura un retard moteur ou mental, précise qu'il existe des opérations permettant de retirer du liquide. Elle se veut rassurante, les échographistes "se couvrent", ils n'ont pas le choix, même si au fond ils ne sont pas fondamentalement préoccupés ils ont le devoir de nous informer et d'assurer leurs arrières. Je raccroche le coeur rempli d'espoir.

L'après-midi même, je rencontre mon médecin traitant, qui me connaît bien, qui m'a beaucoup aidée au début de ma grossesse, quand on m'avait trouvé un oeuf clair (alors que cet oeuf clair mesure aujourd'hui une quarantaine de centimètres et pèse 1,7 kg). Il sait comme je suis de nature angoissée, il sait aussi, une fois que j'ai déballé mon sac, qu'il est légitime que je m'inquiète. Il examine mon compte-rendu d'échographie : "Je ne suis pas payé pour te rassurer. Si j'ai des raisons médicales de t'inquiéter, je n'ai pas le choix, je t'inquiète. Ton échographie est normale, Mirabelle, normale." 2 dixièmes de millimètres par rapport au seuil de la norme, ce n'est rien du tout, me dit-il, rien du tout. Il appelle l'échographiste qui m'a prise en charge la veille. Elle lui dit que l'échographie est "normale" mais qu'elle n'a pas eu d'autre choix que de me programmer une échographie de contrôle, étant donné que la mesure du ventricule était limite. Elle indique qu'elle a voulu nous rassurer, ce dont je ne doute pas, d'ailleurs, car elle s'est montrée professionnelle mais pondérée, sans tirer de réel signal d'alarme. En quittant le cabinet de mon médecin, ses paroles résonnent : "l'échographie est normale, Mirabelle, normale.". Je sais qu'il n'aurait pas prononcé ces mots s'ils n'en avait pas été foncièrement convaincu.

Depuis, je vis en me raccrochant à cette idée. Je garde confiance. Si Choupinette nous a joué un mauvais tour à 7sa (rectifiées à 5sa), elle peut très bien décider de nous en jouer un autre à 33sa. Si le début de grossesse fut très éprouvant nerveusement, la fin l'est également, et la boucle est bouclée. Je fais confiance à ma fille, à notre fille que nous aimons déjà tellement. Elle va rectifier le tir et nous faire un joli pied de nez, à son père et moi, l'air de nous dire : "Non, en fait c'était pour rire, je vais très bien, tout va très bien et nous allons être très heureux tous les trois, j'arrête mes bêtises, c'est promis."

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 17:07

Ma fille, ma fille chérie,

Sept mois que je te porte en mon ventre, que je te rêve, que je t'attends. Sept mois que je t'imagine. A l'heure où je t'écris, je te sens, tes frôlements, tes caresses, tes coups, tu as pris possession de moi, tu t'es fondue en moi, , nous sommes liées, je suis ta mère, tu es ma fille, c'est trop tard, tu es là, vivante, petite fille, tu te réveilles avec moi, t'endors en mon creux, nos vies sont parallèles et inextricables. Ma fille, ma fille chérie, ce matin, pour la dernière échographie officielle à laquelle je me rendais sans inquiétude aucune, simplement transportée par la joie de te revoir, la gynécologue a dit que le ventricule gauche de ton cerveau était dilaté. Elle a dit que je devrais revenir d'ici une quinzaine de jours pour un contrôle, afin de vérifier si cette dilatation, tout juste supérieure à la normale, s'était résorbée ou au contraire avait grossi. Elle a parlé d'une éventuelle IRM, tout en précisant de ne pas s'inquiéter. Ton père m'a ramenée à la maison, il tient le coup, je l'admire, je n'ai pas sa force. Tout va bien aller, dit-il, notre fille ira bien. Je n'ai pas son optimisme. Depuis ce matin, je ne suis plus qu'angoisse, inquiétude, terreur. J'ai continué à vivre ma vie, fait comme si du moins, je suis allée au cours d'accouchement programmé depuis longtemps, me suis sentie à part, pas à ma place. Le midi, j'ai mangé avec une collègue au restaurant mais le coeur n'y était pas, malgré le soleil qui baignait la ville. Enfin, je suis allée chez tes grands-parents où je me suis littéralement écroulée. 

Ma fille, ma fille chérie, ces quinze jours d'attente s'annoncent difficiles, très difficiles, ta maman n'est pas quelqu'un d'optimiste, pas quelqu'un de zen, il lui faudra puiser dans ses ressources, se faire violence pour aborder cette incertitude, cette angoisse, avec sérénité. Pour ne pas céder à la terreur, au cauchemar. Mais je t'en prie, je t'en prie ma fille chérie, aide-moi, aide-moi dans cette horrible traversée, il faut que d'ici quinze jours, cette dilatation ventriculaire se soit résorbée, je t'en prie, mon amour, tu as beau ne mesurer que 40 cm et ne peser qu'1,7 kg, je crois en toi, tu es solide, forte, tu vas y arriver, il faut que tu réussisses, il faut que nous réussissions. Tu naîtras comme les autres, dans mes bras, dans ceux de ton père, tu t'épanouiras mon bébé, entre nous deux, dans notre chaleur, dans notre amour, nous serons heureux tous les trois, tu seras une petite fille comme les autres, tu auras une belle vie.

Je m'inquièterai, bien sûr, pour tes premiers rhumes, tes premières maladies, tes premières fièvres, tes premiers bobos. Je t'en conjure, ma fille chérie, donne-moi l'occasion de connaître tout ça, les peurs banales d'une mère heureuse, donne-toi l'occasion, à toi aussi, de vivre normalement, comme n'importe quelle petite fille. Je ne sais pas, pour l'instant, quels sont les risques que tu encours, on n'a rien voulu me dire avant cette échographie de contrôle, je n'ai pour moi que ma terreur et mon imagination fertile. Je ne sais rien. J'aimerais tant croire en Dieu pour le prier de toutes mes forces de t'épargner, de nous épargner ton père et moi, mais je ne crois pas en la présence d'un être supérieur, je ne sais pas à qui m'adresser, il n'y a rien à faire, rien à faire, à part attendre et me taper la tête contre les murs en pleurant.

Ma fille, ma fille chérie, je me refuse à te retirer la vie que j'ai rêvée pour toi, je refuse que ta santé soit en danger, je serais capable de tant de choses, de tant de choses, j'aimerais pouvoir, je n'ai pour moi que l'impuissance, les pleurs, la peur. Mais toi tu es capable, plus capable que moi. On m'avait annoncé il y a six mois que tu n'existais pas. On s'était trompé. Fais-les mentir, une fois de plus, je t'en prie. Fais-les mentir, au-delà de toute norme, de toute mesure, fais-les mentir.

Ma fille, ma fille chérie... Je t'aime.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 08:37

La maternité naissante a ceci de particulier qu'elle nous arrête à un point donné de la transformation, entre l'avant et l'après, dans ce qui ne sera plus, dans ce qui deviendra. Un état transitoire de la métamorphose, où l'on est déjà plus tout à fait celle que l'on était, où l'on n'est pas encore celle que l'on sera bientôt. La maternité naissante est un flux de souvenirs qui se mêlent, de bribes de passé qui s'entrechoquent, d'images qui refont surface après des années d'oubli, de visages chéris que l'on croyait avoir classé dans des boîtes, ce sont ces films tournés en famille, aux couleurs flétries, ces vacances au bord de la mer, cette instabilité du point de vue, les instants décisifs de la vie, la passation d'examens, les premières fois, le premier contact du corps d'un homme, le premier appartement, la grande amitié qui se casse la figure, le premier engagement. Toute cette vie qui défile.

La maternité naissante est un entre-deux indicible. Une observation constante de ce qui fut, un cadre autour d'une photographie, figée. La conscience que personne ne nous a jamais vraiment quitté, au fond, qu'ils sont toujours là, à leur manière, à nous accompagner, distance bienveillante que l'on se construit, que l'on façonne soi-même, quitte à trahir la réalité des faits et ses défauts. Mais peu importe. Ils ne sont jamais, dorénavant, que des marionnettes que nous manipulons à notre convenance, selon notre désir, dépourvus de toute amertume, de tout reproche, une présence uniforme, dépersonnifiée, enveloppante, sans plus de mots. La maternité naissante nous permet de réaliser cela, que rien n'est jamais vraiment derrière, abandonné, que tout est toujours là. A transformer. La maternité naissante apprend à faire la paix. En métamorphosant.

La maternité naissante est un état d'attente. Une salle d'appel où l'on viendra nous chercher pour entrer dans la lumière, pour fouler un autre terrain, une autre piste, où les noms s'inscrivent sur un écran, un lieu, une date, échéance connue par avance, pour laquelle on se prépare, depuis des mois, entre la terreur et l'excitation, le poids de l'enjeu. La maternité naissante est un lent, long processus de maturation, d'acceptation de ce qui ne sera plus jamais, de ce qui va naître, en nous et hors de nous, de ce qui va s'éveiller, se révéler. La maternité naissante, c'est se préparer à la surprise, à un changement de cap, de priorités, de regard sur le monde.

Je ne serai plus jamais "juste moi", plus jamais définie simplement par les jalons de la vie, par les instants que j'en retiens. Je ne serai plus jamais "juste moi" avec ma soif d'absolu, mon éternelle insatisfaction, mon penchant pour les chansons mélancoliques, mon amour de l'écriture, des mots, de ce qu'ils peuvent dire et graver, plus jamais "juste moi" et mon obsession de comprendre pourquoi la vie est ce qu'elle est, pourquoi on s'aime, on se sépare, pourquoi le temps passe mais laisse malgré tout quelque chose, pourquoi ces absurdités incessantes autour de nous, ces tergiversations inexplicables, ces retour en arrière, ces bonds en avant. Je ne serai plus jamais tout ça, plus jamais complètement, plus jamais simplement, comme un deuil à faire ou un livre dont on termine de lire la dernière phrase, en se disant que ce n'était pas si mal. En attendant d'entamer le prochain tome.

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:28

Mon cher Victor,

 

pluiedamour

 

Alors, es-tu arrêtée ? Il faut te reposer Mirabelle ! Doucement, pas de panique mon Victor. Eh bien oui, je suis arrêtée toute cette semaine. Et je réalise que cela me fait ENORMEMENT de bien : non seulement je souffle mais aussi je profite, je prends le temps de savourer. A force de vouloir que tout avance, de courir I**A et les magasins de puériculture, entre les tâches ménagères et le boulot, j'en avais presque oublié quel plaisir cela peut être de prendre le temps d'être attentive, j'entends par là, bien sûr, attentive aux cabrioles de la demoiselle qui gigote dans mon bidon.

Elle grandit. Me donne des coups de plus en plus haut. J'en ai même ressenti dans les côtes, premières manifestations un peu douloureuses ! Il me semble pourtant que je viens tout juste de faire mon test de grossesse, au réveil, le coeur battant, avant de partir pour la rentrée des classes, début septembre. Il me semble que je viens tout juste de voir le mot "enceinte" sur le bâtonnet, que je viens tout juste de verser des larmes de joie, dans l'obscurité de la chambre en l'annonçant à Chéri que je réveille exprès pour l'occasion, incapable d'attendre le soir pour lui annoncer.

Cet après-midi, j'ai fait une petite balade le long des quais, par le temps que j'affectionne le plus, très froid, très ensoleillé. J'avais un peu mal au dos, je marchais lentement, autant parce que je m'essouffle vite que par plaisir. Les quais, c'est là que j'ai rencontré Chéri. Ils ont une signification particulière, et cet après-midi le ciel était très joli, un peu comme ce jour de juin, il y a trois ans. Sauf que tu avais plus froid ! Certes. Bref. J'avais dans les oreilles cette splendide chanson de Francis Cabrel "Je t'aimais, je t'aime, je t'aimerai", j'ai pensé que le temps passait vite, si vite, qu'il était décidemment imprévisible.

J'ai repensé à l'émerveillement qui m'avait saisi en le quittant, après quatre heures de conversation à bâtons rompus avec lui ce fameux jour de juin, entrecoupés par mes rougissements, mes sourires, ses doigts qui tremblaient sur le paquet de cigarettes. Notre trouble à tous les deux. J'ai repensé à moi, tournant comme un lion en cage chez mes parents, le coeur prêt à éclater sous l'espoir qui renaissait. C'est drôle, j'ai tout de suite senti l'évidence, ce sentiment indescriptible que cependant, je n'avais connu avec aucun autre auparavant. Tout a toujours été évident avec Lui. Evident que j'allais tomber amoureuse. Evident que nous nous aimions, quelques semaines plus tard, tandis qu'il tentait de me bafouiller une déclaration, stoppée nette par mon sourire : "Je sais. Et moi aussi.". Evident que nous étions faits pour nous entendre, pensant la même chose au même moment, débordant sous les points communs. Il fut évident, aussi, sans avoir besoin de se le dire, que nous voulions vivre ensemble, évident que le temps et les convenances, au fond, avaient peu d'importance. "Vous allez vite", nous a-t-on dit, sur un ton un peu soucieux, quand j'ai rendu l'appartement que je venais de louer, quand lui a lâché le sien (que dis-je, sa garçonnière plutôt), mettant fin à son existence de beau célibataire profitant-de-la-vie-si-vous-voyez-ce-que-je-veux-dire, et que nous nous sommes installés dans un appartement pour nous deux, entièrement à refaire. J'avais peur, bien sûr, parce qu'évidemment, je n'avais jamais pris autant de risques pour personne mais l'évidence était là et j'avais en l'avenir cette confiance, cette insouciance que je découvrais au creux de moi, alors que je m'en croyais incapable.

Il était évident que nous aurions des enfants ensemble. Et presque trois ans plus tard, je me balade le long des quais, avec le froid qui pique, le soleil qui éblouit, une chanson qui colle au décor, et tous les souvenirs qui affluent, au rythme affolant du temps qui passe, je suis enceinte et ma puce bouge dans mon ventre, bien au chaud. Je me suis mise à pleurer en constatant que je possède tout ce que je désire, tout ce que j'ai tant recherché pendant des années avec d'autres sans jamais parvenir à le toucher du doigt. Et si la vie n'est pas parfaite, s'il y a parfois des moments d'incompréhension et de découragement, je garde en mémoire, toujours, ce par quoi je suis passée auparavant, et je n'ai pas de doute, jamais, sur le fait que l'essentiel est là, évident. L'émerveillement me traverse encore, parfois, en réalisant que tout cela est possible. "L'amour comme s'il en pleuvait", comme dirait Francis. J'ai croisé un petit grand-père, navré face à mes sanglots. J'ai ri : "Non, mais en fait, cela va très bien !"

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