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Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Un Mot Au Vol ?

Papotage Archivé

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !
 

Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !



Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 01:51
Mon cher Victor,

Juste parce qu'il y a des moments où c'est très très dur et  que ça fait du  bien, dans ces cas-là... Cadeaux d'une élève de CM1 , qui, d'après sa maman, a retrouvé le goût de l'école grâce à moi. Vus les dessins, je la crois volontiers ! Et cela me donne le courage... Ca vaut la peine de se décarcasser : il y a des instants, comme ça, où l'on se dit qu'on est utile et qu'on peut vraiment les aider, ces gamins !

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Bien sûr, cela ne règle pas les problèmes. Bien sûr, la gamine a de grosses difficultés qui ne s'effaceront pas du jour au lendemain, et je doute qu'un jour elle excelle à l'école. MAIS elle a repris confiance et semble avoir compris qu'une maîtresse ne criait pas forcément tout le temps, qu'on pouvait lui parler et qu'elle pouvait même (si si !) faire de l'humour et rire avec ses élèves ! Elle ne va plus à l'école à reculons et prend plaisir à être en classe. J'en suis fière et ne compte pas m'arrêter en si bon chemin !!

[PS : Bien sûr, la maîtresse, c'est bien moi. Ceux qui me connaissent auront reconnu mes splendides lunettes !]

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 01:11
Mon cher Victor,
banlieue.jpg

Bonjour, Mirabelle, bonjour... Il y avait longtemps ! Comment vas-tu ? Très bien, ma foi !  Que diable s'est-il passé de neuf sur ta planète ?  Nous ne parlerons que de la planète enseignante, si tu veux bien. Tu sais que c'est celle qui occupe toutes mes pensées... Oui, et cela devient inquiétant : désormais, rares sont les fois où tu daignes me gratifier d'un sujet personnel ou centré sur l'actualité, sur tes petites pensées quotidiennes ... Maintenant, il n'y en a plus que pour ça ! Tu sais, Mirabelle, la vie ne tourne pas autour du travail ! On travaille pour vivre mais on ne vit pas pour travailler ! Tiens, tu as vu ma maman ? Non, pourquoi ? Parce qu'elle me  répète ça depuis plusieurs jours ! C'est qu'elle et moi sommes dans le vrai, alors ! Tu travailles trop, Mirabelle ! Ce n'est pas bon !


Bref. Je n'étais à l'origine pas venue pour me faire enguirlander, donc laisse moi embrayer sur un autre sujet, s'il te plaît ! Bien, bien, bien... De toute façon, j'ai dit ce que j'avais à dire ! Parfait. Alors, hier matin, comme tous les matins, en arrivant en classe, nous faisons le "mot du jour". Qu'est-ce que c'est que cette  affaire ? Oh, tu as bien dû en entendre parler sur les blogs d'autres instits', j'ai notamment le souvenir d'un article chez P'tite maikress. Peut être, peut être... Je perds la tête, ma pauvre petite fille ! C'est un calendrier avec, chaque jour, un mot nouveau à deviner. Ca permet d'enrichir le vocabulaire sans en avoir l'air, et en s'amusant !

Hier matin, donc, les élèves devaient deviner ce que signifie le mot "Banlieue". Et c'est... Edifiant. Révélateur. Juge plutôt :

Oriane, CM1 : "C'est un endroit où il y a beaucoup de bruit ?"
Julie, CE2 : "C'est un endroit où on crie beaucoup ?"
François, CM1 : "C'est un endroit où il y a des gens qui se révoltent ?"


C'est que les reportages à la télévision, à la radio, les images choc, les articles dans les journaux, ça tourne dans leurs petites têtes !!! J'imagine que cela ne correspondait pas à la définition de ton calendrier ! Non. J'ai d'ailleurs vu des tas de paires d'yeux incrédules quand j'ai fini par dire, avec une pointe de tristesse, qu'en fait, la banlieue, c'était tout un tas de petites villes autour d'une grande ville. Tu n'en as pas profité, justement, pour demander d'où leur venaient de telles images ? Cela m'a frôlé l'esprit mais comment dire... C'est délicat. C'est un sujet très politique, au fond... A ta place, j'en aurais profité ! J'aurais bien aimé voir comment tu aurais tourné la chose, toi !
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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 01:24
Tu as envie qu'il te prenne dans ses bras. Pas avec cet  air mécanique et indifférent, pas avec  ce mécanisme qui ôte toute sincérité.  Tu  as envie qui'il te prenne dans ses bras et qu'il  te dise que tu es parfaite... Non, ces mots ne sont pas qu'un rêve, il les avait prononcés ... Tu t'étais dit, alors, qu'il fallait t'en souvenir, à tout prix. Parce que  des phrases aussi belles, aussi belles, cela ne peut s'oublier. Tu t'étais dit, sachant tous les obstacles du quotidien, sachant tout l'ordinaire, toutes les disputes, toutes les peines, qu'une telle beauté que ne se reproduirait plus. Pourtant, tu peux presque, encore, sentir sa main sur ta hanche. Sentir sa respiration. Son désir. Son amour aussi. Tu peux presque sentir combien il t'aimait, alors, combien il voyait en toi LA femme, celle qui saurait le rendre heureux, celle qui représentrait l'avenir. Tu n'en étais pas pleinement consciente à l'époque. Tu te battais avec ses anciens amours, tu te disais qu'il te fallait les vaincre, que seule une relation sur la durée saurait l'apprivoiser complètement.
Comment en êtes-vous arrivés là ? Il te tendait un verre, te regardait d'un oeil séduisant, voulait que tu lises ses pensées dans son café... Que s'est-il passé ? Il voulait faire un enfant avec toi, te le promettait depuis trois ans. Depuis... Plus rien... Que s'est-il passé ? Il y a eu les disputes, le fracas des portes, le dégât des pleurs. Il y a les réconciliations, les conflits réglés sans l'être, il y a l'amour qui se heurte aux différences... L'amour... Il y en a eu, pourtant...
Il y avait eu la première fois. Celle qu'on n'oublie jamais. Cette première fois, qui n'est pas parfaite, qui est pleine de peurs, qui est pleine d'attentes, de curiosités, de coeurs qui battent. Il y a eu la deuxième fois, la troisième fois, et les suivantes, et les suivantes, et les suivantes... Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé pour que tout ne devienne que routine et découragement ? Que s'est-il passé pour que tu ne parviennes à lire dans ses yeux que frustration et découragement ?
Il y avait eu tous ces baisers et ces mots d'amour. Des mots lointains, tellement réels, que tu peines à t'en souvenir. Des mots naïfs... Et cruels... Quand les années défilent et qu'on s'aperçoit qu'ils ne peuvent rien contre le temps qui passent.
Il y a eu ces danses amoureuses, ces étreintes langoureuses. Que s'est-il passé ? Il suffisait que tu lui demandes de danser, avec un sourire, pour qu'il se lève et t'accompagne. Que s'est-il passé ? Tu peines à le faire bouger, tu dois poser toi-même ses mains sur ta taille, tu dois lui sussurer des mots tendres pour qu'il t'en adresse à nouveau, encore, encore...
Que t'est-il arrivé ? Es-tu devenue moins belle ? A-t-il réalisé que tu ne l'étais pas ? Tes yeux sont-ils moins verts, ton corps moins désirable, ton discours moins séduisant ? T'a-t-il trouvée moins drôle, moins charmante ? T'a-t-il moins aimée, soudain ?
Il y a eu ces cris et ces larmes, à répétition. Ces hontes. Pourtant... Il y avait aussi ces espoirs, ces retrouvailles, ces projets... Que s'est-il passé ? Tu pensais que le temps, la vie qui passe, vous épargnerait. Il n'en est rien. Parce que rancoeurs, haines et non-dits finissent toujours par vous rattraper. Parce qu'il n'est d'amour qui résiste à la vie. Parce que l'AMOUR POUR TOUJOURS n'existe pas.
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 01:04
Je le sais, tu as des cris plein la tête et des  sanglots plein la gorge. Tu as des mots coincés qui font mal.  Tu as des démons qui hurlent et du noir en-dedans. Tu as la rage au ventre, tu as la rage au coeur, c'est la rage qui te tient. Tu as la colère. Tu as  la fureur  de la honte et  l'amertume du dégoût, tu as la déception du  temps gâché à y croire.
Tu as ces souvenirs derrière : ces souvenirs, ne t'y accroche plus. Tu as ce vide  du présent, cette solitude de tous les instants, tu as cette page blanche de l'avenir. Pas de projet. Rien. Ni personne.
Tu as des monstres qui te poursuivent.  Des peurs plein la mémoire. Des rancoeurs aussi. Déchire tout ce gâchis, tout ce mensonge, toute cette merde, tout ce médiocre. Déchire tout.  Hais-toi de t'être voilé la face, haïs-toi d'avoir nié, aussi longtemps, l'évidence. Hais-toi de ne pas oser le dire, à tes parents, à tes amis. Ne pas avouer l'échec. Ne pas  oser la vérité.
Stupide. Stupide d'y avoir cru, d'avoir accepté l'innacceptable. Conne, réveille-toi et regarde. Tu étais seule dans le rêve. C'était ton rêve. Tu étais seule. Regarde. Il n'y a personne. Il n'est plus là. Il y a longtemps qu'il n'est plus là. Va, tu le savais, toi aussi. Tu le savais, tu le savais qu'il n'y était plus. Que tu n'avais plus ni son coeur ni sa tête. Que l'habitude vous avait broyés comme elle l'avait fait avec tant d'autres.
C'est inexorable. Regarde, regarde. La fin est là. Il n'y a plus rien que tu puisses faire. Baisse les bras, maintenant, admire votre oeuvre. Ne te contente plus du médiocre. Ne te contente plus de la mélancolie et du silence. Regarde, regarde, regarde toute cette merde.
Allez, regarde. Regarde ce que vous êtes. Regarde ce qu'il reste de vous. Regarde. Ce n'est pas ce que tu voulais. Ce n'est pas ce que vous vouliez. Regarde, regarde ces étrangers qui vivent côte à côte. Regarde, c'est vous. Alors vas-y, maintenant, chiale, chiale, tu n'as plus que ça à faire. Mais regarde, regarde encore. Tu dois regarder ce que tu as fait, ce qu'il a fait, ce que vous êtes devenus. C'est le prix à payer.
Allez, chiale. Que la morve t'enlaidisse, piétine-toi toi-même, déteste-le, raye le ta vie, envoie-le en enfer. Parce qu'il n'y a rien d'autre que tu ne puisses faire, maintenant, que de ruminer ta haine, ton dégoût, ta honte. Tu t'es trahie toi-même et il t'a trahie. Regarde, menteuse que tu es ! Regarde ! Tu es seule. Il n'est plus là.
Allez, accepte-les, ces souvenirs en pleine face. Accepte-les, ces rêves qui ne réaliseront pas. Prends les comme des gifles. Vous ne vivrez pas heureux et n'aurez pas d'enfants ensemble. Ca fait mal, hein ? Oh oui, que ça fait mal... Allez, tends la joue ! L'autre, maintenant ! Tu les vois ces souvenirs ? Tant mieux, parce que c'est tout ce qui te reste. Tout ce qui te restera de lui. Bientôt, tu ne seras plus qu'un souvenir neutre et lointain dans son esprit d'homme insouciant et libre, et bientôt, tu auras oublié jusqu'à l'odeur de sa peau. Alors vas-y, regarde les bien, car bientôt, ils seront incolores. Bientôt, tu auras oublié les rires et les rêves, les baisers et les caresses.
En attendant, oui, ça fait mal. Accepte-le. Et relève la tête. Malgré les larmes et la morve. Tu t'es fait avoir, d'accord. Mais vous êtes tellement à vous faire avoir... Tellement à y croire, naïfs que vous êtes. L'amour n'est qu'un leurre, tu le sais. On reste parce qu'on a vécu, parce qu'on idéalise. On reste par peur d'être seul et parce qu'on est en sécurité. Jusqu'au moment où la sécurité étouffe et où on a envie de voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Jusqu'au moment où il y en a un qui ose dire qu'il s'en va.
Allez, accepte. Accepte. Accepte et redresse-toi. Tu n'es pas une victime. Tu vas te relever parce que tu vaux mieux que de rester pleurer seule en regardant de vieilles photos jaunies, en lisant des missives enflammées qui sont d'une autre époque. Va, tu vaux mieux. Regarde et avance. Regarde, souffre, et avance. Avance.

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 01:50
Mon cher Victor,

Ce matin, 10 h 30. Alors que je m'esquinte les doigts sur la fermeture-éclair du blouson d'une de mes élèves...

- Maîîîîîîîtreeeesse !!!!! Où est-ce qu'ils sont mes Pokémoooon ???
- Dans la chambre.
Air éberlué de Gontrand (comme on le retrouve !) :
"Hein ?"
- Euh... Dans la classe !
Et moi qui rigole toute seule... On m'avait dit que beaucoup d'instit' parlaient de "chambre" pour désigner leur classe. Je le crois volontiers.
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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 01:38

Mon cher Victor, En ce dimanche de labeur, je te propose d'évoquer un de ces petits détails qui font que la vie d'instit' est parfois extraordinaire. Je ne suis, comme tu le sais, qu'en début de carrière. Pourtant, certaines incongruités me laissent imaginer avec perplexité les surprises que me réservent mes années d'enseignement à venir. Tiens, tiens, tiens...

Samedi matin. Il est 8 h 50. Je suis de service, et encore à demi-ensomeillée. Une CP vient me chercher : "Maîîîîîîîtreeeesse ! Maîîîîîîtreeeeesse !". Je m'attends, comme d'habitude, à (collègues, cochez la réponse qui vous rappelle quelque chose...) : a) "Iiiiiii m'a donné un cooooup de piééééé !" b) "Eh ben les garçons là-bas ils jouent au pied alors que c'est interdiiiit !" c) "Lui là bas, eh ben, eh ben, iiii m'a dit un groos moooot !". Mais non... Rien de tout cela !

"Maîîîîîîtresse !!! Y a une culotte dans la cour !!!!"

Hein ? Une culotte dans la cour !!!! On pointe du doigt un bout de tissu blanc que je distingue, de loin, sur le grisâtre goudron de la cour. Allons, allons... Je pars à la découverte de ce bout de tissu blanc. Effectivement, après inspection, c'est bien une petite culotte. Une culotte miniscule : format CP ! J'interroge les gamins : à qui donc est cette petite culotte ? Bien sûr, je n'obtiens aucune réponse, juste des "C'est pas à mooooi !", "C'est pas à moi, Maîtresse, je te le juuuuure !"... Je m'en vais rapidement la déposer dans le bac "vêtements trouvés", soudain très très réveillée et assez amusée par ce drôle d'évènement en me disant que cela fera une petite anecdote croustillante à te raconter. Effectivement, c'est assez amusant ! Mais ce n'est pas terminé !

10 h 45. Après la récréation, je fais rentrer les gamins en classe. Elodie vient me voir : "Maîtresse, y a une culotte sur le bureau d'Eloïse !". Fouillant sur mon bureau à la recherche de mes photocopies, je ne prête qu'une attention minimale à cet étrange caftage (que les gamins aiment se dénoncer les uns les autres, mon dieu...). La fameuse Eloïse prend place et alors que je lève le nez de mon cahier-journal, je la vois brandir une petite culotte rose sous le nez de ses camarades, le sourire jusqu'aux oreilles, tel un trophée. On aura tout vu ! Bien sûr, je demande à cette charmante enfant ce que vient faire cette petite culotte, dans le cadre de la classe et la môme me répond, fièrement, que c'est la sienne, tombée de son cartable. Avec toute la diplômatie et le sang-froid qu'on me connaît, je la prie de ranger prestement cette chose avant que je ne me fâche tout rouge.

Si j'avais imaginé qu'un jour je serais été obligée de faire remarquer, à une classe de CE2-CM1, qu'on ne montre pas ainsi ses petites culottes, j'en aurais perdu le souffle ! Non mais vraiment ! C'est fou, ça ! Et je n'en suis encore qu'au début de ma carrière...


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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 17:40

C'était comme une de ces scènes de film, vous savez, ce genre d'images vues et revues qui nous fait dire que tout ça, c'est du cinéma. C'était comme une de ces scènes de film où les héros se rencontrent  dans l'ascenseur, sur un air de  Richard Cocciante et Fabienne Thibaut. C'est une question de feeling, paraît-il. C'était comme une de ces scènes de film où les regards se croisent à peine.
Il lui avait tenu la porte. Elle était persuadée qu'il était avec cette dame, là, avec le bébé. Mais non. La dame et le bébé avaient pris les escaliers et lui avait pris l'ascenseur, appuyant sur le bouton du quatrième étage. Elle avait choisi le dixième, sans un mot. Ils se frôlaient presque, dans cette minuscule cage. Elle l'avait regardé. Pas un de ces regards francs et directs, qui veut dire "vous me plaisez bien", non, mais un regard à la dérobée, mine de rien, dans le genre non-détrompez-vous-vous-ne-m'intéressez-pas-du-tout. Il faisait tinter ses clés, nerveusement. Elle faisait pareil. Elle avait presque envie d'en rire.
Il y avait une chanson, là, qui lui revenait. Vous savez, cette chanson de Calogero. Les chiffres dansent, tout se mélange, je suis en tête à tête avec un ange... Il était brun, avec un grain de beauté sur la joue gauche. Des yeux noisettes. Bien propre sur lui. L'air sérieux et réservé. Elle, elle revenait des courses, n'était ni maquillée ni coiffée, fagotée comme l'as de pique. Pas à son avantage en somme. C'est toujours quand il faut être belle qu'on ne l'est pas. Les étages s'enchaînaient. Un, puis deux, puis trois. En théorie, ce n'est pas long, six étage. Mais là, dans le silence... Et avec cette sensation délicieuse, celle de l'interdit. Enfin, je suis mariée depuis cinq ans, qu'est-ce qui me prend de penser à ça ? Tout à l'heure, elle avait cru sentir un regard. Furtif. L'avait-il trouvée belle ? Il y avait si longtemps qu'on ne l'avait pas trouvée belle. D'un oeil nouveau. Comme une première fois.
Enfin, le quatrième étage. La porte qui s'ouvre. Lui qui sort.
- Bonne soirée, lui dit-il.
- Vous aussi.
En passant dans le couloir, elle entendait déjà la télévision. Et si elle lui avait parlé ? Si elle avait osé le regarder ? Et si... Un journaliste sportif braillait. Quand elle passa le seuil de chez elle, elle constata que la vaisselle n'était pas faite. Il était là, affalé dans le canapé.
- Tu as passé une bonne journée, mon chéri ?
- Oui.

Il n'avait même pas quitté l'écran des yeux. Comme d'habitude. Il avait sur lui son vieux jogging, celui qu'elle détestait. Soudain, elle eut en tête un poème de Prévert, Déjeuner du matin. Un poème qui dit tout d'une femme après quelques années de mariage. Elle s'enferma pour se faire couler un bain, se plongeant ensuite dans l'eau bouillante.
En apesanteur, pourvu qu'on soit les seuls dans cet ascenseur... Elle préférait penser à Calogero.

 

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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 19:10
Mon cher Victor, cielbleu.jpg
D'abord,  spéciale dédicace à ma marraine, qui vient de s'apercevoir (il était temps !), suite à une inspection tout à fait réussie, qu'elle était une bonne maîtresse. Alleluïa ! Bravo Mademoiselle Eddie ! Je suis, bien évidemment, ravie  pour elle, et n'ai à aucun moment douté de ses talents d'enseignante. 

Bon. A mon échelle, pas d'inspection. Je ne suis qu'en T1 et l'avantage de la première année d'enseignement (parce qu'il faut bien qu'il y en ait, vues les larmes que l'on verse et les heures passées à suer sur les fiches de prep'...), c'est qu'on nous fout la paix. Bon. Pendant la PE2, nous sommes très très suivis et c'est vrai que cela fait drôle d'être largué dans une classe, avec en tête ce doute insupportable : "Est ce que ce que je fais est bien ?". C'est pourquoi des conseillers pédagogiques nous visitent autant que possible pendant cette année charnière. Et crois-moi, Victor, ce n'est pas de trop ! Parce qu'une petite partie de moi est encore maîtresse stagiaire, même si une autre partie s'affirme, prend sa place, et rentre le soir chez elle en se disant qu'elle est heureuse du boulot accompli. Cette part parvient même, maintenant, à mettre des mots dans le cahier de liaison pour demander à rencontrer les parents d'un gamin insupportable. Ce qui est un sacré progrès quand on se remémore la PE2 peureuse et stressée que j'étais à l'époque de mon troisième stage.

Bref. Ce matin, donc, à 9 h, on toque à ma porte. C'est ma conseillère pédagogique. Réputée douce et sympa. Je sais, en théorie, que je n'ai rien à craindre : j'ai mis des choses en place avec les gosses, je bosse jusque tard le soir, je fais des fiches de séquences, j'ai des programmations, des progressions, j'aime les gamins. En résumé, je suis une maîtresse concernée. Malgré tous les moments de doute, de panique, de fatigue, je le sais : j'aime mon métier. Je me donne, à fond. Au grand damn de mon Mystérieux Inconnu. Tiens, cela faisait longtemps que l'on en avait pas entendu parler de celui-là... Bref. Vas-tu m'écouter ? On toque à ma porte. Elle apparaît, blonde et délicieuse, et je me dis que j'aurais bien aimé lui ressembler. Je lui fais part de mon état d'esprit, de mes difficultés, aussi, avant même de commencer ma journée, histoire de la préparer à l'immense cataclysme qu'est la prise de classe selon Mirabelle. Pfff...

Alors... Je ne vais pas te raconter ma matinée en détails, ce serait trop long... En résumé : il me semble que j'ai produit la matinée la plus FOIREUSE depuis le début de l'année. Je ne me suis jamais sentie aussi angoissée. Aussi stressée. Peut être parce que je n'ai plus l'habitude d'être observée. Peut être parce que je n'ai plus la pression des validations. Peut être parce que je sais que maintenant, je suis vraiment maîtresse, et qu'on ne rigole pas avec ça. Enfin bon. Je n'avais plus de salive. J'avais l'impression d'enchaîner connerie sur connerie. Conscience de faire exactement ce qu'il ne faut pas faire. Correction d'évaluations de conjugaison pas brillantes. Se remettre en question. Quasiment sous les yeux de la conseillère. La voir froncer les sourcils sur mes prep'. Me dire : "Oh mon dieu, mes prep' sont tellement merdiques, ça ne m'étonne pas...".

Enfin, 10 h 30. Récréation. Je souffle, parce que les élèves ne me posent plus de questions pièges ("Maîîîîîtresse, je comprends pas la consiiiiiigne !!!!"), mais j'appréhende, parce que c'est le moment des conseils, du "ce que je pense de ta pratique de maîtresse". Bon. Je me prête au jeu volontiers. Parce que même si ça fait mal, j'ai besoin d'un oeil extérieur pour me dire ce qui pêche. Et ce qui pêche...

"Ce que j'ai vu, globalement, Mirabelle... C'est que c'était trop transmissif. Je te rassure tout de suite : c'est souvent ce qu'on peut constater, chez beaucoup de T1."

Je ne suis pas surprise. En pleine correction des exercices sur les types de phrases, je me suis vue, moi, en tant que spectatrice. Je dirige tout. Je dis tout. Parce que je veux que ça avance. Alors qu'en fait, plus on en dit, moins ça avance, et moins il y a de réel apprentissage dans leur petite caboche. Nous décortiquons la séance. Elle me donne des idées. Dans un total respect. Quand on dit que les visites de conseillers péda' sont des "conseils", je t'assure, Victor, que ce n'est pas un vain mot. C'est vrai. Il y a du respect, je le répète, et de la diplômatie. Du positif. De l'accompagnement. Et de la compréhension. Ses critiques, je les prends bien, parce qu'à aucun moment je ne perçois ce côté donneur-de-leçon, cette condescendance que j'avais discernée chez certains IMF.

"Bon. Il faut vraiment que tu te concentres là-dessus. Pour que les enfants soient plus actifs. Parce que tu as de gros acquis. Les enfants sont bien, en confiance. Tu les cadres. Ils savent ce qu'ils ont à faire. C'est très bien. Ce que j'ai beaucoup aimé, aussi, dans ta pratique, c'est que tu les fais lire. Vraiment. En insistant sur le sens. C'est important. Et bizarrement, cela se voit de moins en moins dans les classes, parce qu'inconsciemment, on a tendance à considérer que la lecture c'est cycle 2. Alors que cela se prolonge tout au long du cycle 3. Ca, c'était très bien."

Les "gros acquis" clignotent dans ma tête. Le poids qui écrasait mes épaules s'évanouit soudain. Je me dis que je vaux quelque chose. Bien sûr, ce n'est pas une inspection. Mais tout de même, cela fait tellement de bien ! Nous discutons, discutons, discutons, et convenons d'une date pour nous revoir en janvier. Elle m'aidera à monter des séances où les mômes seront plus actifs. Elle s'en va. Je vais acheter ma bouffe au C********t, j'ai des ailes et j'adore mon métier.
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 01:51
Mon cher Victor,soleil.gif


Ce matin, alors que je mourais de froid en surveillant la récréation ("Maaaaîtresse, Jordâân iiiii m'a tapéééé !!"), une gamine est venue illuminer ma journée. Encore des compliments de tes élèves ? Même pas. La gosse n'est pas dans ma classe. D'un air mi-timide mi-admiratif, elle se plante sous mon nez :
"T'es belle !".
Contrairement à mes élèves, que je soupçonne parfois d'utiliser le stratagème du cirage de pompes de maîtresse pour se faire pardonner leur comportement bavard (et pour lever la menace qui plane au-dessus de leur tête : "Donne moi ton cahier de liaison que je me mette un mot à Papa et Maman !"), avec cette enfant, c'est gratuit. Sans calcul, ni arrière pensée. Et c'est encore mieux.
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 21:57
Mon cher Victor,

Parce que ce sont les seuls qui me perçoivent ainsi... Parce qu'ils ont vu mon manteau rouge, mon jean indémodable, le maquillage sur mes yeux, mes boots à talons, jusqu'au sac à dos sur mes épaules. Parce qu'ils m'ont représentée avec le sourire. Parce que je me trouve belle, moi, sur ce dessin...


img012-copie-1.jpg

Par contre, j'ignorais que mes CM1 en étaient déjà aux nombres relatifs !
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