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Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Un Mot Au Vol ?

Papotage Archivé

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !
 

Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !



Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 15:50

Mon cher Victor,


Annaphoto

Eh bien alors, on me laisse sans nouvelles pendant des jours et des jours ?! Mais qu'est-ce que c'est ça ?! Tes lecteurs et moi-même avons imaginé le pire, jeune imbécile !! Quel accueil... Ecoute, c'est mérité ma petite fille ! Tu m'as fait une frousse monumentale ! Comment vas-tu ? Et ce bébé ?

Comme tu peux l'imaginer, j'ai énormément de choses à te raconter, mon Victor, mais tout d'abord permets-moi de te présenter mes excuses : il est vrai que je t'ai délaissé, ainsi que les quelques lecteurs toujours fidèles au poste, et tu m'en vois navrée. Excuses acceptées. Maintenant, raconte-moi !

Eh bien avant toute chose, Chéri et moi attendons bien une petite fille. Nous sommes ravis. Aaaah !!! Merveilleux ! Les filles, c'est ce qu'il y a de mieux, je parle en connaissance de cause ! Avez-vous trouvé le prénom ? Oui, mais je ne te le dévoilerai pas, tu attendras la naissance !!! Petite friponne... Sinon, tout se passe bien ?

Tu m'aurais posé la question il y a trois semaines, je t'aurai répondu oui. Mais il s'avère que depuis une semaine, la grossesse prend une tournure fort désagréable, et surtout extrêmement anxyogène. Tu me fais peur... Depuis quinze jours, je cours partout, que ce soit le week-end ou en semaine, après le travail. En plus du boulot et des tâches ménagères, Chéri et moi essayons de profiter au maximum des soldes pour préparer la chambre de notre fille. Sauf qu'il y eut un moment où mon petit corps de femme enceinte trouva le moyen de me faire comprendre qu'il était temps de m'arrêter. Cette semaine effectivement, en plus de la fatigue, j'ai ressenti plusieurs contractions. Vendredi dernier, j'ai commencé à m'inquiéter, en ayant eu plusieurs au travail mais surtout trois ou quatre très rapprochées le soir même, alors que pourtant, je m'étais allongée pour me reposer. Résultat, direction les urgences gynécologiques, la peur au ventre, avec un Chéri très énervé (quand il a peur, il est comme ça), avec en tête, surtout, ce mauvais souvenir que j'aurais bien laissé dans un petit coin de ma mémoire.

Oh la la la... Tu me fais peur décidemment... Une fois arrivée, je suis prise en charge très rapidement, on m'installe sous monitoring pour détecter les contractions pendant un peu plus d'une heure, Chéri me tient la main. Nous avons en fond sonore le rythme cardiaque de notre bébé (à peu près 140 pulsations par minute), la musique de son petit coeur qui bat m'apaise à un point que tu n'imagines pas. Pendant que j'imagine le pire des scénarios (col ouvert, alitement jusqu'à l'accouchement), je la sens qui bouge, me donne des coups. Elle va bien, je le sais, ma grande angoisse étant qu'elle naisse plus vite que prévu, ce qui ferait d'elle, à son stade de développement, une très grande prématurée. Au bout d'une heure, la sage-femme m'annonce que le monitoring n'a décelé qu'une contraction alors que j'en ai ressenti trois. On me fait donc une échographie du col pour vérifier qu'il ne s'est pas ouvert, j'attends le verdict avec angoisse puis une interne, charmante au demeurant, et visiblement très professionnelle, m'annonce que mon col est "parfait", "long et fermé". Les contractions n'influent donc pas sur mon col pour l'instant, mais c'est à surveiller de près, d'où une consigne de "lever le pied". Ouf !

Ouf effectivement. Après une journée d'hier très reposante (je n'ai strictement rien fait et suis restée allongée quasiment tout le temps), j'ai ressenti quelques contractions ce midi après m'être pas mal activée pour le ménage, la vaisselle, la cuisine, bref les tâches domestiques classiques. Du coup, l'inquiétude revient. Demain, je prends rendez-vous avec mon médecin, et s'il le faut, je me ferais arrêter pour la semaine afin de me reposer de manière durable. Ma fille est plus importante que tout le reste.

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 08:15

Mon cher Victor,


roseouchou

 

Avant les fêtes de Noël, j'aurais aimé avoir une petite idée du sexe de bébé et... Alors ? Fille ou garçon ? Deux secondes Victor, laisse-moi raconter ! Je suis donc allée voir ma nouvelle gynécologue (avec cette horrible histoire d'oeuf clair, j'en ai changé), qui, ô bonheur, possède un appareil pour réaliser des échographies, même si, comme elle le dit elle-même, "il date de Mathusalem" ! Après l'examen habituel (au cours duquel elle ne remarque rien d'anormal), elle m'emmène gentiment dans une autre pièce, minuscule, plongée dans l'obscurité, pour tenter de voir si "quelque chose dépasse ou non". En d'autres termes : si c'est un garçon ou une fille !

Au cours de ce troisième rendez-vous avec Mini-Nous, je suis en boucle : "Ooooh ! Comme il a changé !". Il a déjà des réflèxes de succion, il bouge énormément, il se tourne, se retourne... Bref : C'est la fiesta dans mon bidon et cela explose d'émerveillement dans ma tête ! Et puis ça y est... Ca y est, il montre ses parties ! Il lève les jambes, disons, et montre ses fesses. J'ai le coeur battant. Que préfères-tu ? Au tout début de la grossesse, j'avoue avoir eu une préfèrence pour une petite fille, mais au fil des semaines, je me suis mise à imaginer, à espérer davantage un garçon. Ah oui tiens, c'est étonnant... Peut être est-ce parce que j'ai beaucoup de petits garçons autour de moi dans notre cercle d'amis, peut être aussi parce que toutes les naissances qui s'annoncent dans mes connaissances sont des bébés de sexe masculin. Et puis...

 

- Tiens... Serait-ce une petite vulve que je vois là ?

- Une petite quoi ?

- Oui, vous avez bien entendu, je penche davantage pour une petite fille. Je ne vois rien qui dépasse. Quoi que... Attendez...

 

La gynécologue cherche encore, fronce les sourcils, zoome. Elle soupire, fait la moue : "Attendez, c'est quoi ça ? Ca dépasse un peu... Oh je ne sais pas... Je ne suis pas certaine... Je dirais que c'est une petite fille mais attendez un peu avant de vous ruer dans les magasins de vêtements pour bébé. Il vous faudra patienter un peu jusqu'à la deuxième échographie."

Alors c'est une petite fille ? Tu l'as compris tout comme moi mon Victor, ce n'est pas certain ! Tu l'as dit au futur papa ? Oui. Il est content bien sûr. Je crois qu'il aurait aimé avoir d'abord un garçon mais il sera fier si c'est bien une petite fille et commence à poser des limites bien en avance, des limites qui me font sourire : "Par contre, je te préviens, à l'adolescence, je vais être intraitable, je ne vais pas la lâcher ! Une fille, il faut vraiment faire attention !". Comme c'est mignon ! Bref. Depuis cette échographie, je recommence à m'imaginer une petite puce, à rêver devant les petites tenues... Ne t'emballe pas ! C'est peut être un garçon ! Oui tu as raison Victor. Ne nous emballons pas. Peu importe que ce soit une fille ou un garçon, au fond : s'il est en bonne santé c'est le principal ! Et puis, en attendant de savoir, je me réjouis tous les jours de la (ou le) sentir bouger. Déjà ?!?! Oui. Mais je te raconterai ça la prochaine fois !

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 16:23

C'est de passer une heure à la crèche un mercredi après-midi, en compagnie de la directrice, pour une pré-inscription de Mini-Nous à la rentrée de septembre. C'est de montrer tous les papiers à Chéri quand il rentre du travail, de tout lui expliquer, de foncer tous les deux dans sa petite auto pour rendre le plus rapidement possible le dossier d'inscription, c'est de se garer sur le parking près de la mairie, d'allumer la petite lumière au-dessus du tableau de bord tandis que la nuit tombe autour de nous, c'est de lui tendre mon stylo.

Ecrit en gras, en bas de la page : "Signature des parents".

C'est chéri qui me regarde, tout silencieux, comme s'il prenait conscience de l'importance de l'instant, de la vie qui change. C'est Chéri qui me regarde toujours et qui murmure : "Oh putain, je signe sous "signature des parents", ça fait tout drôle..."

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 15:02

D'abord, en Sixième, je t'avais détestée, je te trouvais méchante et bavarde, toujours à te moquer des autres, et puis je ne sais pas, il y a eu les goûts musicaux en commun, les cours d'italien peut être, ton rire un peu hystérique, ton sourire et tes dents un peu de travers, Starmania dans ta chambre, ta soeur avec son magnétophone Fisher Price, la cassette de Boby Lapointe. Nous rentrions ensemble après le collège, après le lycée aussi, nos établissements étant voisins, on parlait, de tout, de rien, surtout de tout, je t'accompagnais jusqu'à ta porte, j'entrais, ou je repartais, mais c'était toi, avec les années j'en avais acquis la certitude. Nous étions presque voisines, proches tout en étant différentes.

Avec toi, j'avais écrit ma première lettre d'amour, postée anonynement, j'avais quatorze ans. Chez toi, j'avais pris mes quartiers, le temps qui passe permet cela, de faire presque partie de la famille. Avec toi, j'ai préparé des sandwiches au jambon pour une soirée "Cage aux folles", avant de me rendre compte, après quelques bouchées voraces, qu'il était complètement cru. Nos fous rires devant la télévision. Lors du cross du collège, c'est avec toi que j'ai discuté tout le long du parcours, en marchant, sans faire attention au reste, premières des filles à l'arrivée, quoi, déjà l'arrivée, mais je suis nulle en endurance, ce n'est pas possible. Nous avons été accusées de tricherie, un zéro pour l'épreuve, une menace d'avertissement. Nous avions en fait couru un seul tour au lieu de deux, mais bien sûr, personne ne nous a crues. J'étais effondrée. Tu t'en fichais, rigolais. Te moquais de moi gentiment.

Ensemble, nous avons écrit des histoires dont nous étions les principales protagonistes, impliquant également les garçons pour qui nous avions le béguin. Tu dessinais des bonhommes dans mon agenda. Tu m'envoyais des cartes postales à chaque vacance. Chez toi, j'ai fait des pains de thon, je t'ai regardée coudre, pleine d'admiration, j'ai câliné les chatons qui venaient de naître, j'ai observé la gerbille, j'ai fait de la balançoire. Ensemble, nous sommes allées chez le coiffeur, pour le meilleur et pour le pire, surtout pour le pire. Tu m'as emmenée en Italie, fait visiter Venise, nous avons enfourché les vélos dans la campagne, avec l'air moite qui nous collait aux vêtements et à la peau. Dans l'obscurité, tu me parlais de ta vie à Paris, du métro, aux heures tardives, j'avais peur, peur pour toi, tu riais de mon angoisse.

Un jour, nous avons découvert que mon oncle et ta tante entretenaient une relation amoureuse. Je vois encore mes parents rouler des yeux navrés, ma mère éclater de rire devant nos "élucubrations". Nous avions raison. J'étais fière et excitée. Comme si quelque chose de sacré se nouait entre nous, un lien familial. Meilleures amies plus que jamais. Ta mère avait organisé un repas avec toute la famille pour faire la connaissance de mon oncle. J'étais bien sûr conviée. J'ai le souvenir d'un grand bonheur. J'étais liée à toi. Et puis ils se sont séparés.

Tu me voulais comme témoin à ton mariage, j'avais dit non. Tu faisais fausse route. Une erreur. Et je te l'avais dit. Tu n'avais pas apprécié. Vous ne vous êtes finalement pas mariés. Tu m'as parlé de prendre avec toi un appartement en colocation, j'étais amoureuse à l'époque, pensais à lui, à moi, à notre vie. J'avais dit non. Tu n'allais pas bien. Tu ne t'es pas mariée et tu n'allais pas bien. Ta soeur m'appelait en larmes pour que je passe te voir. J'accourais. Tu ne me parlais pas.

Et puis nous nous sommes fâchées. Bêtement. Tu n'as plus voulu me parler. J'ai voulu te montrer que j'étais toujours là, même si tu m'avais blessée. Je t'ai écrit. Je t'ai téléphoné. Je suis venue te voir. Il y a eu le mariage de ta soeur, auquel j'étais invitée depuis longtemps. J'y suis allée, l'estomac noué, en priant pour que tu viennes me parler, pour une réconciliation. Tu ne m'as pas regardée. Ou tu ne m'as pas vue. Je ne sais pas. Je suis partie tout de suite après la cérémonie religieuse, le ventre tordu de chagrin, en pleurant sur le chemin du retour. Quelques jours plus tard, sur Internet, tu m'as dit que des dragées m'attendaient chez toi. J'ai repris espoir. Tu as aussitôt précisé : "Ce n'est pas spécialement pour toi, on les aurait de toute façon gardé pour quelqu'un d'autre". Je ne suis pas passée chercher les dragées.

J'en ai eu assez de te courir après. Tous tes silences, ton entêtement, le mépris que tu mettais à me parler m'avait découragée, dégoûtée, remplie d'amertume. Je t'avais poursuivie, pendant des semaines pourtant, tu étais ma meilleure amie, depuis toujours ou presque, nous ne pouvions pas couper les ponts pour si peu.  Je t'offrais ma douleur en spectacle. Tu n'avais aucune réaction. De l'indifférence. De la froideur. Un mur. C'était notre première dispute. La première depuis douze ans. Ca a été la dernière. J'avais un orgueil démesuré. Mais moins que le tien. Nous n'avons jamais eu d'explications. Jamais eu d'excuses. Nous nous sommes éloignées d'un coup sec, sans rien se dire, comme si ces années d'amitié, où je t'imaginais marraine de mes enfants, nous tenant la main dans toutes les étapes importantes de nos vie d'adulte, n'avaient pas compté.

Aujourd'hui, j'ai vingt-sept ans, bientôt vingt-huit, comme toi.  Nous sommes nées à onze jours d'écart. Je suis la plus vieille. Aujourd'hui, un homme, "le bon", m'accompagne, et de tous ceux que j'ai aimés, c'est le seul que tu n'aies pas connu. Aujourd'hui, je suis enceinte, et parfois, quand je me laisse aller, je suis un peu triste, j'aurais aimé que tu sois là, toi qui avais grandi avec moi, j'aurais aimé que tu sois là pour partager  l'émerveillement de mon ventre qui s'arrondit, pour débattre de mes idées de prénom, pour une fille tu aimais bien Agathe je me souviens,  j'aurais aimé que tu sois là pour tout cela, pour m'emmener dans les boutiques, pour te réjouir avec moi.

Tu me manques encore, parfois, quand je me caresse le ventre.

 

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Published by Mirabelle - dans Amitié(s)
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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 00:00

Mon cher Victor,

Maintenant que l'échographie des 12 SA est passée (et bien passée !), Chéri et moi commençons ce que j'appelerai "notre marathon de l'annonce". Avant de crier sur tous les toits la grande nouvelle (c'est à dire sur les réseaux sociaux)... C'est quoi, les réseaux sociaux ? Oh, tu m'embêtes, c'est trop compliqué ! Donc, nous entreprenons le futur papa et moi-même, future maman (youpiii !), d'inviter notre amie X, la meilleure copine Y, de faire le tour de la famille (la grand-mère, l'oncle), en brandissant l'échographie, de révéler la bonne nouvelle dans le cadre professionnel... Bref, un peu tous les jours, je prononce les mots fatidiques : "Je suis enceinte", "J'attends un enfant", "Non, cela n'a pas traîné, nous avons été très efficace, deux mois à peine", "Je suis enceinte de presque trois mois", "Je viens de faire l'échographie, tout va bien, Bébé aime se mettre sur le ventre". Et tandis que je les dis, à voix haute, je m'étonne : est-ce bien moi dont je parle ?

Eh oui, c'est moi. C'est bien moi. Je vais être mère. Je suis enceinte. J'ai un foetus de 7,7 cm dans l'utérus. Il a déjà l'air d'un mini-bébé (d'un mini-Chéri dirais-je). C'est bien à moi que s'adressent les : "C'est pas vrai, Mirabelle, tu nous fais un petit ?", "Je suis très contente pour vous deux, vous êtes un si beau couple !", "La maternité, c'est la plus belle chose de la vie, tu vas voir !", "Et tu comptes accoucher où ?", "Tu veux allaiter ?", "Et le bazar de ton bureau, tu vas le mettre où ?". Parfois, cela va trop vite, je m'entends répondre "Je n'y ai pas encore réfléchi, on attendait la première échographie", "Je ne sais pas trop...", "Quand j'y songe, il y a tant de choses à penser !".

Parfois, je me regarde, comme en-dehors du cadre, je m'attendris devant cette jeune fille... Cette femme, Mirabelle, cette femme ! 28 ans l'année prochaine tout de même ! Oui. Cette femme, donc, qui s'extasie devant la première photo de son enfant, qui se touche le ventre, l'observe sous toutes ses coutures dans la glace, qui traque d'éventuelles ressemblances, espère un petit brun. Je regarde cette future maman qui n'en revient pas, n'en revient pas que ce soit elle, qu'elle soit capable de cela, d'avoir un enfant qui grandit dans son ventre.

Je réalise.

Un peu tous les jours.
Je réalise à mon rythme.
Je réalise que cela m'arrive à moi.

Enfin.

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 18:33

Mon cher Victor,

Il est dans mon ventre, je suis puissante, rien ne peut m'atteindre, rien n'est grave, rien d'autre n'est important que lui, que la vie que je porte en moi, que l'avenir qui se dessine pour nous trois. Tout a pris une autre dimension, tout ce qui, autrefois, était drame, autour de ma petite personne, est aujourd'hui, déjà, détail, je me sens forte et invincible. Je regarde l'échographie, ce petit visage, ce nez tout fin (celui de son père, j'insiste, qui lui-même en a un beau, même si bien sûr je ne suis pas objective, étant folle amoureuse du papa), je le regarde et j'ai le coeur qui se gonfle, d'amour, d'espoir, d'une confiance toute neuve, qui me construit. Avec un étonnement magique, constant, qui se renouvelle : comment Chéri et moi avons-nous été capables de créer une telle merveille ?

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 08:08

Mon cher Victor,

 bébé

En début de semaine, Chéri et moi avons rencontré notre enfant pour la toute première fois. Vous aviez déjà passé une échographie pourtant ! Oui, mais à l'époque, notre bébé ressemblait davantage à un haricot qu'à un petit d'homme. Pour cette première échographie officielle, à 13 SA, nous avons pu constater qu'il était toujours en bonne santé (quel soulagement quand j'ai entendu son petit coeur battre !), mais surtout, chose merveilleuse, qu'il bougeait bel et bien déjà ! Nous avons vu ses bras, ses jambes, ses pieds s'agiter, nous l'avons vu se retourner, j'ai trouvé ça tout bonnement magique alors que je ne ressens pour l'instant rien du tout et que mon ventre a à peine commencé à s'arrondir ! Eh oui... C'est magnifique, la vie qui grandit !

Le bébé était sur le ventre les trois quarts de l'examen, l'échographiste a trouvé cela plutôt drôle, m'invitant à bouger, me retourner... Au bout d'un moment, voyant que le petit n'en faisait qu'à sa tête, il m'a même demandé de marcher dans la pièce pendant cinq minutes ! Il est sorti, nous laissant seuls Chéri et moi, ce qui nous a permis de nous retrouver, de partager notre joie, tout sourire, même au bord du fou rire  me concernant, pour moi qui trouvais assez cocasse de devoir me déplacer pour faire se retourner notre enfant ! Et finalement, s'est-il retourné ?

Oui, mais il n'est pas resté très longtemps sur le dos, juste le temps pour l'échographiste de prendre un cliché ! Il a ensuite pris des mesures (clarté nucale OK, écartant le risque de trisomie 21, à confirmer par une prise de sang), nous a montré ses organes : vessie, cerveau etc. Tout était parfait !! Halleluia ! Il a même décidé, à ma grande surprise, que j'en étais au stade de 13 SA + 5, étant donné la taille de notre bébé : 7,7 cm ! "C'est la machine qui calcule..." m'a-t-il dit. Je veux bien, mais un début de grossesse le 17 août me paraît farfelu, je préfère largement penser qu'il a bel et bien été conçu le 22 août et qu'il pousse comme un joli champignon ! Ah, lisez la fierté dans les yeux de la mère !

Et... Excuse-moi, Mirabelle, je n'y connais rien à toutes ces histoires d'échographie, cela n'existait pas en mon temps, donc je suis novice en la matière mais... Avez-vous pu avoir une idée du sexe ? Fille ou garçon ? Nous aurions pu formuler une hypothèse s'il avait été sur le dos (à mon stade, on peut percevoir les bourgeons génitaux et établir un premier pronostic), malheureusement, étant donné qu'il se sentait parfaitement bien sur le ventre... Vous n'avez rien vu ! Tout à fait ! Du coup, nous devrons attendre l'échographie du cinquième mois, en janvier ! Cependant, je suis persuadée que c'est un garçon : il a l'air d'un petit mec et a le même nez de Chéri ! Alors là, laisse-moi rire : ce n'est pas sur une ridicule photo noir et blanc que l'on peut évaluer des ressemblances ! Si si, je t'assure, je n'en démors pas ! Pfff...

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 08:28

Mon cher Victor,


déclarationdegrossesse

 

Bonjour ma chérie !! Oooooh mais dis moi, ton ventre s'est un peu arrondi, non ? Ca se voit tant que ça ? Je ne dirais pas ça, mais cela ne trompe pas un oeil expert comme le mien ! Effectivement, j'ai désormais une petite courbe du bas-ventre jusqu'au nombril que je ne me lasse pas de regarder ! Ceci dit, tu es très fort, Victor, parce que je t'assure qu'il faut le savoir, personne n'avait encore remarqué ! Ah, à peine une femme et déjà une mère... Enfin ne t'emballe pas, mon Victor, il n'est pas encore né !

Hier, j'ai effectué mon rendez-vous mensuel chez ma gynécologue. C'est drôle, auparavant, je détestais ça. Me montrer nue devant une tierce personne (autre que Chéri j'entends) me mettait mal à l'aise, avec un soupçon de honte. Désormais, cela ne me gêne pas, et même j'y vais le coeur léger, car c'est l'occasion pour moi de vérifier (du moins en apparence) que tout va bien pour mon bébé. Et donc, verdict de cette visite ? Tout a l'air d'aller pour lui ! Merveilleux !

J'avais bien sûr énormément de questions à lui poser (par exemple : est-ce normal de ne plus avoir mal aux seins ?), elle a pris le temps de m'écouter et de répondre, sans trouver mes interrogations ridicules, puis m'a ausculté : tout est parfait pour l'instant, mon utérus a, dit-elle bien grossi, ce qui laisserait penser que le bébé se développe bien. J'étais aux anges, jusqu'à ce qu'elle me propose de me faire écouter le coeur, avant de me mettre en garde :

"Je vous préviens, mon appareil est vieux. Etant donné que vous en êtes à 11 SA à peine, il est fort possible que nous n'entendions rien. Si c'est le cas, surtout, ne paniquez pas, il ne faudra pas en tenir compte, car à mes yeux votre grossesse se déroule parfaitement."

Ce furent les cinq minutes les plus longues de toute ma vie. Mon ventre se tordait d'angoisse, elle cherchait, cherchait, pestait contre les bruits parasitaires, recommençait, décalait un peu son appareil, fronçait les sourcils. Mais rien. Le vide. Quant à moi, je me retenais de respirer, priais de toutes mes forces, nous crûmes entendre un battement, très lointain, très furtif surtout, elle n'était pas sûre, moi non plus, elle cessa donc les essais et me demanda une fois de plus de "ne pas m'inquiéter".

Une fois rhabillée, elle me tendit une valisette rose, mon "Dossier de maternité", un carnet de suivi de maternité, et enfin la belle, la toute belle, la tant attendue : la déclaration de grossesse ! Elle m'a rapidement expliqué le fonctionnement (deux volets à la CAF, deux volets à la Sécu) tandis que je souriais bêtement, puis j'ai réglé mon dû, lui ai serré la main et me suis exclamée :

" Surtout, croisez les doigts pour mon échographie du premier trimestre ! Je compte sur vous !"

- Je pense sincèrement que tout va se dérouler parfaitement. Il n'y a pas de raison.

Je suis rentrée à la maison presque légère. Presque ? J'imagine que le seul point noir était ce coeur que vous n'avez pas pu entendre ! Oui, mais j'essaie de ne pas m'attarder sur ce point, elle m'avait prévenue ! Bref. En rentrant, j'ai regardé cette fameuse déclaration de grossesse de plus près, le coeur battant. Je devais inscrire mon nom en tant que mère, le nom de Chéri en tant que père, cela m'a tout drôle, cette officialisation, comme si le temps avait passé sans que je m'en rende compte, comme si j'étais devenue adulte sans m'en apercevoir, j'en avais presque envie de pleurer.

J'ai repensé aux trois dernières années, à cette rencontre innatendue, Internet, les quais au soleil, lui sur son banc. Je savais tout de suite, rien qu'en le voyant, que j'allais l'aimer. Pas seulement parce qu'il était beau non, mais aussi parce qu'il était doux, posé, avec des épaules solides, quelqu'un sur qui je pourrais me reposer. Je ne savais alors pas qu'il avait eu le même sentiment que moi, l'instinct que quelque chose de décisif allait se produire, nous transformer, balayer nos vies et tout ce que nous avions connu auparavant. 

A cette époque, nous ne savions pas, lui et moi, tout troublés devant nos verres, à une terrasse sur le port,  que nous allions vivre ensemble, même faire un bébé ensemble, lier nos noms à jamais en tant que père et mère d'un enfant tellement désiré. Parfois, cela me donne le vertige, Victor, tout ce bonheur. Parfois, j'ai encore du mal à réaliser que c'est réel, que c'est ma vie, à moi, Mirabelle. 

Quand Chéri est rentré hier soir, je lui ai montré le contenu de ma valisette rose, dont un petit body taille un mois offert par une grande marque de vêtements. Il avait à peine passé la porte. Je n'ai rien dit, j'ai déplié le minuscule petit vêtement avec un grand sourire, il a souri lui aussi, j'ai vu les larmes apparaître dans ses yeux et il est venu s'allonger contre moi dans le canapé en me serrant très fort. 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 08:44

Mon cher Victor,

écho7SA

  Mais quelle mine rayonnante ! Cela va mieux, on dirait, je m'en réjouis ! Ca, pour aller mieux, ça va mieux, c'est le moins que l'on puisse dire ! Un tel retournement en une semaine, c'est inespéré ! Ah ça, on peut dire que tu as bien remonté la pente ma petite chérie ! Dieu sait pourtant si l'épreuve que tu as traversée était difficile, je reconnais bien là ma Mirabelle : panache et brio ! Oh, je n'ai pourtant aucun mérite... Et modeste avec ça ! Quelle femme ! En fait, Victor...

En fait, j'ai vécu hier soir un drôle de coup de théâtre, et j'ai le grand plaisir, que dis-je, l'immense bonheur de t'annoncer que j'ai en moi un petit embryon de 12 millimètres, dont le coeur bat à 165 pulsations la minute ! Quoi ? Mais... C'est impossible ! Eh si : ce n'était pas un oeuf clair ! Attends, il faut que je m'assois... Je suis abasourdi !

Vendredi 16 septembre, comme tu le sais, je me suis rendue aux urgences où on m'a diagnostiqué un oeuf clair. Bing. Samedi, je pleure. Dimanche, je pleure encore mais je me mets à réfléchir : il se trouve que je connaissais avec certitude ma date d'ovulation, ayant fait une courbe de température ainsi qu'un test. Il s'agissait d'une ovulation tardive, et à aucun moment les internes des urgences n'ont supposé que la grossesse pourrait être plus récente que prévu : ils se sont uniquement basés sur la date de mes dernières règles, CQFD. Sauf qu'entre une ovulation à J14 (date communément retenue mais nous ne sommes pas toutes faites sur le même modèle !) et une ovulation à J25, cela fait tout de même une sacrée différence !

Lundi matin, je fonce donc chez mon médecin traitant préféré, qui est bien navré de cette histoire d'oeuf clair, il en profite pour m'engueuler un peu ("Franchement, Mirabelle, depuis le début tu étais trop angoissée de toute façon, ce n'est pas tenable ça !"), entre deux sanglots je lui fais part de mes doutes, il maugrée que "cette date d'ovulation pourrait changer beaucoup de choses", calcule tout ça sur sa célèbre petite roue et d'un coup déclare : "Mirabelle, vendredi dernier tu en étais à 5SA+4, je ne veux pas te donner de faux espoirs, et je ne devrais même pas te le dire, mais à ce stade, on ne voit souvent rien du tout à l'échographie, seulement un sac vide. Les urgentistes se sont peut être un peu précipités...". Oh mon Dieu...

Je sors du cabinet revigorée, espérant malgré moi, avec des prises de sang à faire et une ordonnance d'échographie dix jours plus tard, quand je serai parvenue au stade des 7SA où là, "plus aucun doute n'est possible". Je file faire un dosage de B-HCG, reçois les résultats le soir même et verdict : mon taux est au plafond. Mon médecin y croit à fond, j'en suis certaine, bien qu'il fasse tout pour ne pas le montrer : "Bon, Mirabelle, ce taux est haut, très haut, on ne s'emballe pas. Il n'y a que l'échographie qui pourra nous donner une réponse, il va falloir t'armer de patience... Ce seront certainement les douze jours les plus longs qui soient !"

Comme il avait raison, mon Victor. J'ai passé douze jours atroces, tantôt gaie, tantôt désespérée, sur les nerfs, à fleur de peau, priant le ciel pour qu'il y ait à l'intérieur de moi un petit embryon que l'on détecterait à l'échographie. Je me traîne, je lutte pour trouver de l'intérêt à ce que je fais, je suis crevée,  ne peux pas dormir, je pleure, j'arrête de pleurer... J'en parle à Chéri, mais Chéri n'est pas comme moi, Chéri n'est pas une femme, ce n'est pas dans le corps de Chéri que tout se passe, Chéri est tendu, il se protège, il fait comme si, il refuse d'en parler. L'atmosphère à la maison est lourde, c'est la première épreuve que nous traversons, j'ai peur, je n'aime pas rentrer après le travail tellement il est malheureux, tellement je suis malheureuse. Un soir, il lâche qu'il en a marre, que cette attente le rend fou. Et moi donc... A m'en taper la tête contre les murs ! Ma pauvre chérie... Comme cela a dû être dur !

Et puis le grand jour est arrivé. Hier soir, 17 h 30. Chéri tient ma main dans la salle d'attente, nous sommes si fébriles. Le docteur vient nous chercher, la salle est dans la pénombre, je me déshabille, m'allonge, ça y est, il me fait l'échographie, douze jours que je l'espère et la redoute. Je lui explique mon cas, les urgences, l'oeuf clair, l'ovulation tardive, Chéri est assis sur le côté sur une chaise, et à le voir là, impuissant, je songe soudain que pour les hommes, ce n'est pas facile non plus : comme ils doivent se sentir à l'écart par moments !

Sur l'écran, tandis que le médecin appuie sur mon ventre avec son appareil, je reconnais le sac, et soudain, à droite, je vois une forme blanche, comme un haricot, mon coeur bat, je n'ose pas le dire tout haut, on dirait un embryon...

"Il est là, madame, votre bébé."

- Comment ? Vous avez dit "bébé" ?

- Oui, il est là, tout va bien ! Tout concorde avec la date d'ovulation que vous m'avez donnée, il mesure 12 mm, ici, le petit rond juste à côté, c'est la vésicule vitelline, vous voyez, ce sera le futur cordon ombilical. Attendez.

Je crains la mauvaise nouvelle, il fronce les sourcils, il appuie sur quelques boutons et tout à coup... J'entends ! Un galop, une cavalcade. Je pleure. J'ai compris. C'est son coeur. Oh ma petite chérie, c'est tellement merveilleux !

"Son coeur bat à 165 pulsations la minute, c'est parfait ! Ca va, Monsieur ? Allez, j'arrête, le but n'est pas que vous soyez en larmes tous les deux !"

Je ne sais plus où j'habite, j'ouvre la porte des toilettes au lieu de retourner à la cabine où me changer, j'explose de bonheur, c'est indescriptible, Victor, indescriptible, je le vis comme un miracle alors que tout allait bien depuis le départ ! Dehors, j'appelle ma mère, elle pleure : "Je vais lui faire la plus jolie brassière que j'aie jamais faite !". J'appelle ma soeur, elle pleure : "C'est trop magnifique !". J'appelle une amie proche, une des seules qui soit au courant, c'est son anniversaire, elle ne pleure pas mais s'exclame : "Ca, c'est vraiment un super beau cadeau d'anniversaire !". Chéri et moi sommes fébriles, encore, mais si heureux, je n'y crois pas, nous sortons de l'enfer,  le bébé est là, son coeur bat vite et fort, tout va bien a dit le docteur.

Ce matin, je me réveille, j'en suis à 7SA+3, je parle à mon ventre, je le caresse, je souris pour un rien. J'entends encore la cavalcade dans ma tête, ce galop, il est vivant, il est là, il est vivant, il grandit, je pourrais tout affronter.

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 08:02

Mon cher Victor,

ventre

Bonjour ma petite chérie, comment vas-tu aujourd'hui ? Tu ne pleures pas, c'est bien, mais tu as l'air si triste ! Les larmes ne signifient pas tout, Victor, je ne pleure plus effectivement, j'ai passé 70% de la journée d'hier à ça et ce matin, je me réveille déçue, amère, mais pas une larme. Il va te falloir du temps, même si cet enfant n'était qu'un embryon, tu... Ce n'était même pas un embryon, Victor, il n'y avait rien d'autre qu'un sac. Ah oui, c'est vrai, excuse-moi ma petite chérie. Mais cela n'empêche pas que tu t'étais projetée, que tu l'avais imaginé, la grossesse était arrêtée sans que tu t'en doutes et pour toi, c'était déjà un enfant, c'est tout naturel.

Je suis tombée enceinte au bout de mon deuxième cycle sans pilule : c'est rapide, et j'en étais fière. J'avais environ 13% de chances que la grossesse n'aboutisse pas, 13% de chances de faire une fausse couche, et malheureusement, c'est tombé sur moi, j'étais dans ces 13% là. Après le chagrin, vient l'incompréhension, puis la honte, la culpabilité. Je sais que ce n'est pas ma faute, tous ceux qui, autour de moi étaient au courant (et heureusement, il y en a peu), me le répètent : "Mirabelle, ce n'est pas ta faute, ce sont des choses qui arrivent". Qu'il est difficile pour moi d'accepter cela, Victor, d'accepter que c'est le hasard des "anomalies chromosomiques", d'accepter que cela soit tombé sur moi, sur nous, les rêves brisés en plein vol, les questionnements à n'en plus finir, pour comprendre, mais il n'y a rien à comprendre, m'a-t-on dit, il faut juste laisser glisser, laisser faire, laisser partir.

Je pense aux autres femmes. A ces deux amies, enceintes pour la première fois, pour qui tout se passe idéalement. Pourquoi elles ? Pourquoi moi ? Pourquoi pas moi ? Je suis jalouse des autres femmes, avec leurs ventres ronds, jalouses qu'elles aient en elle un embryon, un foetus qui se développe, qui grandit, un battement cardiaque à l'échographie. Je leur en veux, elles ne sont pas responsables, elles ont de la chance, je n'en ai pas eu, c'est comme ça. Elles ne savent pas ce que c'est d'attendre plus de deux heures aux urgences, la peur au ventre, d'avoir, le matin même, flairé que quelque chose clochait, de s'être pourtant agrippée à l'espoir durant toute la journée. Elles  ne savent pas que le monde s'écroule, elles ne savent pas le traumatisme devant les mines désolées des internes, elles ne savent pas comme il est difficile de répondre aux questions, de dire au revoir poliment, de traverser le couloir vers l'ascenseur, comme il est difficile de tenir debout, de marcher, de parler. Surtout, ne pas pleurer, ne pas pleurer devant tout le monde. Elles ne savent pas et j'espère pour elles qu'elles ne sauront jamais. 

Je n'ai pas été capable de mener ma première grossesse jusqu'au bout. Il ne faut pas formuler les choses ainsi, Mirabelle, tu n'es en rien responsable ! Je le sais bien, Victor, mais le sentiment de culpabilité, de honte, est là, tout au fond : l'impression de ne pas être comme les autres femmes, de ne pas être une VRAIE femme. Pauvre Mirabelle qui a fait une fausse couche... Non, vous vous trompez, je n'ai même pas fait de fausse couche ! L'anomalie est toujours là, en moi, immobile, le sac est toujours là, vide, désespérement vide, et je voudrais pouvoir m'ouvrir moi-même le ventre pour me l'enlever, je voudrais "expulser tout cela", je ne peux pas, cela reste, immobile, en moi, comme un refus. Ohé, mon corps, réveille-toi, tu ne peux pas garder tout ça, c'est fini, cela ne sert à rien de s'accrocher, il n'y aura pas de bébé, c'est fini, rends tout, s'il te plaît, rends tout, je n'en peux plus, je ne veux plus de tout cela en moi. 

Demain, je n'irai pas au travail. J'en suis bien incapable. Faire comme si, passer ma journée avec des petits loups de trois ans, aussi mignons soient-ils, assister au défilé des adorables petits frères, des craquantes petites soeurs qui accompagnent leurs parents le matin, je ne peux pas, je ne peux pas quand j'ai en moi un sac vide, et un enfant qui n'est même pas mort, qui n'était même pas vivant, qui n'existe pas, qui n'existera jamais. Je ne peux pas. A la place, je retounerai sans doute aux urgences pour qu'ils "fassent le nécessaire". Il paraît que c'est spectaculaire. Une petite pilule à avaler et hop, beaucoup de sang, énormément de sang, des caillots gros comme un poing, des maux de ventre atroces, jusqu'aux contractions. S'il faut cela pour que cela se termine, peu m'importe, je ne supporte plus les symtômes de femme enceinte, les seins qui font mal, les nausées, quand je sais que plus rien n'évoluera.

La réalité me fait mal, je ne la comprends pas. Pourquoi moi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que je pourrai un jour mener une grossesse à terme ? La réalité est incompréhensible, elle donne puis reprend tout, je déteste la réalité qui est mon quotidien depuis vendredi, je la déteste, c'est un cauchemar, je vais me reveiller, mais non, je ne me réveillerai pas, je suis déjà réveillée.

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