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Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Un Mot Au Vol ?

Papotage Archivé

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !
 

Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !



Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 08:52
Mon cher Victor, unan.jpg

Il y a un an, j'étais en pleine opération gambergeage "vais-je réussir ?". Aujourd'hui, je suis en pleine opération gambergeage "vais-je avoir un poste correct ?".
Il y a un an, je n'avais qu'un mot à la bouche : "concours". Aujourd'hui, c'est "poste".
Il y a un an, je voyais encore les PE2 comme les dieux de l'IUFM, superpuissants et infaillibles. Aujourd'hui, je sais qu'il n'y a d'infaillible que le courage qu'on se donne à être enseignant, à faire du mieux que l'on peut.
Il y a un an, la vie s'ouvrait tout autour de moi, pour moi. Je rêvais de l'Angleterre. Aujourd'hui, je suis encore un peu une  English girl, un tout petit peu. Cette magnifique parenthèse me manque encore, parfois. Comme quelque chose qui ne reviendra pas.
Il y a un an la perspective des stages en responsabilité m'angoissait au plus haut point. Aujourd'hui, c'est d'avoir une classe toute l'année qui m'angoisse... Mais m'enthousiasme !
Il y a un an, je faisais ce que je pouvais pour avoir le permis avant ma PE2... Aujourd'hui, je fais ce que je peux pour l'obtenir avant ma prise de poste !
Il y a un an, j'attendais les résultats du concours. Aujourd'hui, j'attends la liste des postes. Aujourd'hui, je vais formuler mes voeux. D'après la rumeur (et les syndicats !) il ne reste que des CLIS, des SEGPA et  des Directions. 
Ca passe vite, une année, Victor. Tant de choses évoluent. Dans un an, je ne serai plus la même. Ca donne le vertige.
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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 09:48
Mon cher Victor,entretien.gif

Aujourd'hui, j'ai un entretien avec des formateurs informatique pour la certification C2i. La certification C2i ? C'est un examen pour les futurs enseignants que nous sommes, visant la maîtrise des outils informatique pour utiliser en classe. Tu parles d'un jargon... Et tu es prête pour cet entretien ?

A vrai dire, je ne sais même pas sur quoi il porte.
En guise de préparation à l'examen, les PE2 désireux d'être certifiés (car cela n'est pas obligatoire) ont reçu un pauvre tableau récapitulatif des épreuves, mais pas de descriptif détaillé.
Du coup, cet après-midi, j'y vais quasiment les mains dans les poches.
Eh bien, eh bien...
Voilà le symbole de cette formation : l'improvisation. Le flou. Le "Démerde-toi, le ciel t'aidera mais pas l'IUFM". Encore heureux que cette certification est facultative... Tu l'as dit !

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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 19:23

Mon cher Victor,bouder2.gif

Aujourd'hui, retour chez les petits. Un retour de courte durée, si je ne m'abuse... Les vacances se rapprochent à grands pas ! Eh oui. Plus que lundi prochain avec les gosses de maternelle et ma prochaine prise de classe, ce sera pour de vrai, et rien qu'à moi ! Les enfants étaient contents de te retrouver ?

Eh bien... A vrai dire... En ce qui me concerne, j'étais ravie. J'ai distribué des bisous à tours de bras (ne croulant pourtant pas sous la demande...) jusqu'au moment où Sonia est venue me voir, les sourcils froncés :
- Pourquoi elle est pas là, la maîtresse ?
- Tu sais bien, Sonia, c'est moi la maîtresse le lundi, le jour de la petite souris rouge...
- Oooooh non ! Je veux Martine !

Raaa... Parlez-moi du charme des Tout Petits...

 

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 10:05
Mon cher Victor,al---cole.jpg


Alors, Mirabelle, tu as terminé ton stage ?
Oui, depuis samedi midi. Alors ? Soulagée ? Un peu cafardeuse tout de même... Comme pour le SR2. Cela fait toujours un drôle d'effet de quitter une classe où on a pris ses habitudes, ses repères. Une équipe à laquelle on s'était attachée. C'est le contrat, Mirabelle... On le sait le premier jour, on le sait pendant, on le sait le dernier samedi. Il n'empêche que cette demie-journée a eu un goût particulier...


11 h 45, je quitte l'école. Dans la cour de récréation, on installe les stands pour la kermesse. Les parents s'agglutinent à la grille. Soudain, j'aperçois la maman de Louise, dont je parlais ici. Ah... Elle est souriante. Sans doute ravie de me voir déguerpir... Tu n'exagères pas un tout petit peu, là, Mirabelle ? Si. Il n'empêche que cela fait du bien, parfois, d'exagèrer. Bref. 

- Alors, ça y est, votre stage est terminé ?, me dit-elle.

Comment sait-elle qu'il s'agissait d'un stage ? J'avais vu le mot rédigé par l'enseignante, qu'elle avait ensuite fait coller aux élèves dans le cahier de liaison et à aucun moment il n'était mentionné que j'étais une petite débutante parachutée par l'IUFM. Elle a peut être deviné... Tu fais si jeune, Mirabelle ! Oui, j'imagine. C'est d'ailleurs ce que beaucoup de parents se sont dits. Ah ? 

Aurélien, par exemple, avant la récréation de 10h, vient me voir, visiblement très excité :

- Eh, Maîtresse, Maîtresse ! Tu sais quoi ?
- Non, mais tu vas me le dire...
- Eh ben le matin, avec ma maman, on arrive en voiture et on te voit toujours arriver à pieds. Eh ben ma maman elle a dit que tu avais l'air très très jeune !

Tiens tiens, sans blague... Il est vrai qu'arriver dix minutes avant la sonnerie, au moment même où élèves et parents se pressent devant la grille en attendant l'ouverture, donne tout le loisir à ces derniers d'observer la jeune petite maîtresse de la classe de CE1, avec son allure de gamine et son 1 m 59. Eh bien tu vois... Peut être que cette dame a tout misé sur ton apparence physique, tout simplement !

Bref. Revenons à nos moutons. 11 h 30. Devant la grille. La mère de L. continue de me questionner, toujours tout sourire :
- Alors, vous êtes soulagée d'avoir terminé, je suppose ?
(Non, ma petite, tu supposes mal, je serais bien restée encore un petit peu...)
- Pas trop découragée par cette classe plutôt difficile ?
( Non, non, il y a pire quand même... Si je me plains dès que des gamins sont un peu remuants, j'ai pas fini, et puis faut pas pousser non plus, la ville de D., c'est pas une ZEP, faut pas charrier...)
- Alors maintenant, il vous reste le mémoire à faire, c'est ça ?
( Ah non, pas de bol cocotte, le mémoire c'est terminé, je suis validée... Ca t'en bouche un coin, hein ?)
- J'espère que vous ne l'avez pas mal pris quand nous sommes venues vous voir... J'ai su ensuite que vous leur aviez fait faire régulièrement du sport pendant les deux semaines suivantes !

( Ah ? Tu croyais que je les privais systématiquement ? Quelle maîtresse penses-tu que je suis ?)
- Alors j'espère que vous ne l'avez pas mal pris...
(Je te répète que non, on peut passer à autre chose ?)
- Vous savez, il y a des parents chiants !
( A qui le dis-tu !?)
Et vas-y que je te pose des questions sur ton ressenti de débutante, et ci et ça... Grrr... Une maman très concernée, à ce que je vois ! Hummm... Enfin bon... Quand j'ai franchi la grille de cette école pour la dernière fois, j'étais assez agacée. Mon "instant de grâce" était gâché et je suis rentrée chez moi en écumant ma rage.

De tout cela, je tire une conclusion : il n'est jamais bon d'arriver en Bus Verts dix minutes avant la sonnerie, au moment où les hordes de parents vous examinent sous toutes vos coutures. Il n'est pas forcément évident, quand on n'a pas été gâté par la nature, de ne mesurer qu' 1 mètre 59 et de faire à peine une tête de plus que certains grands de CM2. Il n'est pas bon non plus de préférer un sac à dos à un petit cartable, par souci pratique (tant de livres à transporter...) parce que le cartable fait plus maîtresse que le sac à dos de lycéen. Bon. En gros : dis-moi comment tu t'habilles, je te dirai qui tu es.

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 01:31

Mon cher Victor, le-grand-saut.JPG
Je termine mon stage samedi matin. J'aurai ensuite, le temps d'une semaine ou deux, quelques cours à l'IUFM, pour la forme. Les petits le lundi. Et ce sera les vacances. Avant le grand saut. L'immense saut. Le grand écart, devrais-je dire, entre deux périodes de stages (de trois malheureuses semaines chacune, dont je sors, évidemment, crevée !) et la réalité d'une classe, au jour le jour, toute l'année.

L'année a filé à une vitesse que tu n'imagines pas. Il est vrai que je n'avais pas vu passer la PE1 (quoi que la période concours et attente des oraux m'avait paru extrêmement longue, spéciale dédicace à Jaded), mais la PE2 a été comparable à une fusée, ou à une Formule 1. Le temps de rien. Ni de réfléchir ni de prendre du temps pour soi. Juste de bosser. De rêver des postes. De rêver des stages. Des validations. Et déjà, alors que mon SR3 s'achève, c'est la fin.

Le 29 Juin, j'aurais ma liste de postes. Je ferai mes voeux. Les résultats tomberont le 2 Juillet. Si je n'ai pas d'affectation, je serais nommée en septembre. Deux jours avant la rentrée. Je dois dire, Victor, que tout ça m'angoisse... Le contraire m'aurait étonné... Mais en même temps, j'attends ce tournant avec impatience. Il y a dans l'air comme un vent de renouveau. Si l'on pouvait symboliser l'entrée dans l'âge adulte, je crois que j'en serais le parfait exemple. Un boulot tout neuf, de l'assurance à acquérir, un appart' pour la première fois...

A vrai dire, je profite de ces quelques petits jours de formation où je suis encore un peu poupounée, dorlotée. J'ai beau avoir reçu un salaire durant toute l'année, il n'en demeure pas moins qu'on se sent encore un peu étudiant, même en PE2. C'est dû aux cours à l'IUFM, ça... Oui, sans aucun doute. Je sais qu'en septembre, nous serons dispersés. Même si je ne me suis pas du tout attachée à ma classe cette année, l'idée de ne plus avoir autant d'occasions pour confronter nos expériences et nos difficultés m'attriste un peu. Allez ! Il ne tiendra qu'à vous de garder contact ! Et puis, ce n'est pas vraiment la fin... Plutôt le début !

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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 18:56
Mon cher Victor, salle-des-profs.JPG

Mirabelle, est-ce que tu te sens mieux ? Eh bien, oui, merci  ! J'ai retrouvé ma voix et... Non, mais je ne parlais pas de cela... Je voulais dire... Par rapport à cette histoire avec les parents... Tu sais, le coup de la punition... Ah ! Ma foi, oui, ça va mieux. Ce soir, à 16 h 30, je n'ai pas scruté la grille avec anxiété, ce qui est, je suppose, très bon signe. Mais alors tu avais des problèmes de voix ? Oh, une petite extinction. "L'extinction de la deuxième semaine", comme me l'a dit un collègue en riant. J'ai fini sous corticoïdes. Et aujourd'hui, cela va beaucoup mieux. Et le moral, alors ?

Regallardi. Et sans doute plus lucide. Il faut dire que j'ai été très soutenue. Le lendemain de la fameuse affaire, une collègue prend de mes nouvelles, en me servant un café à la récréation : "Ne t'en fais pas," me dit-elle : "Avec l'âge et l'expérience, ils t'emmerdent moins. Bon. Moi, il faut dire aussi que je suis pas aimable, c'est peut être pour ça qu'ils ne viennent pas me chercher d'histoires. En tous cas, dans ces cas-là, il faut éviter de rester seule. Il faut montrer qu'on est une équipe, et qu'on est soutenue." . Je la remercie chaudement. Elle ne peut évidemment pas savoir (sauf, sans doute, en se plongeant dans ses souvenirs, elle qui est à quelques années de la retraite...) quel bien elle me fait par ces paroles. Combien cette histoire me rendait malade. Elle dédramatise. Tout simplement.

Le café est bon, les collègues rigolent, en causant de tout (les gamins, les évaluations, le passage à la classe supérieure) et de rien (on se charrie doucement les uns les autres...). La photocopieuse tourne comme une folle. On entend les gosses hurler et rire par la fenêtre ouverte. Je les vois courir dans tous les sens. Je suis bien là, parmi ces collègues concernés et prévenants, soucieux de savoir comment se passe mon stage, n'hésitant pas à me proposer de "prendre les pires loustics dans leur classe pour qu'ils se calment".

Pendant mon SR2, l'équipe était froide. Distante. Avec un humour très tranchant. Je n'avais pas senti, au fond, beaucoup d'amour du métier et certains avaient franchement tenté de me dégoûter de cette carrière. Toujours à critiquer les parents. Leurs physiques, leurs vêtements, leurs odeurs. Leurs gamins bien sûr. Ce n'était pas le même milieu, c'est vrai. Il n'empêche que par cette atmosphère morose, sans passion, sans joie de vivre, je n'avais pas encore pu prendre toute la mesure de ce que signifie le mot "équipe" au sein de l'école.

Là, en ce jeudi matin, je me sens bien. Entourée. Soutenue. Et je sais que j'aurais du mal à les quitter samedi. Je sens que je vais laisser des chocolats dans la salle des profs, discrètement, à pas feutrés...


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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 20:49
Mon cher Victor,vague.jpg


La vague bleue n'a pas tout emporté sur son passage. Il n'y a pas eu de tsunami. Ce soir, je suis soulagée. C'est presque une victoire. Respirer, enfin...

Il y a tout de même quelque chose qui me chiffonne, Mirabelle... La participation du 2eme tour est à peu près équivalente à celle du 1er, n'est-ce pas ? Oui. Mais alors... Il y a quelque chose qui m'échappe... C'est sans doute une question de génération mais enfin... Cela laisse supposer que certains électeurs, après avoir voté pour la droite au 1er tour, ont viré de bord pour le 2eme ? Eh bien... Où est la logique ? Je renonce à vous comprendre, tous autant que vous êtes...

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 01:44
Mon cher Victor,parents-d---l--ves.jpg

Assez drôle, cette illustration à ton article, Mirabelle ! Je t'assure que cela l'est nettement moins quand on le vit. Ah ? Cela t'est arrivé ? Pas plus tard qu'hier soir.

Il est 16 h 30. Une collègue passe me voir dans la classe, alors que je viens tout juste de lâcher les fauves : "Euh... Il y a des parents à la grille qui voudraient te voir... Est-ce que tu veux les recevoir tout de suite ou un autre jour ? Est-ce que je les fais monter ou tu descends à la grille ? Est-ce que tu veux que quelqu'un reste avec toi ?". Aie... J'ai soudain du mal à déglutir. Je sais très bien quel va être le sujet de conversation. Je ne suis pas préparée. Mais quand il faut y aller, comme on dit... Il faut y aller ! Je réponds donc que ces parents n'ont qu'à monter dans la classe et que j'essaierai de me débrouiller seule. Ce qui sera perçu comme une décision "courageuse" n'est en fait qu'une forme de lâcheté, car je crains plus que tout de n'être pas à la hauteur et ne souhaite pas offrir ma nullité en spectacle à l'équipe, qui, pour l'instant, semblait me percevoir comme une jeune instit' bosseuse et sympathique, bien que discrète. Je vois...

Les mamans montent. Elles sont trois. Je devine tout de suite, à les voir, que ce sont les mamans des meilleurs élèves de la classe. Les trois, justement, les trois et les seuls dont je n'ai jamais rien à dire... A part des compliments ! Les sourires sont de mise mais je me doute que le discours à venir ne va pas être des plus agréables à l'oreille. Elles entrent dans le vif du sujet. Aie. Il me semble repasser le grand oral du concours mais en mille fois plus important. Parce que ces dames sont venues défendre la chair de leur chair, le sang de leur sang, qui, selon elles, "rentrent tous les soirs de l'école avec un profond sentiment d'injustice". Aie. Je m'en doutais un peu. En début de semaine, alors que j'évoquais la punition ici même, j'ai voulu asseoir mon autorité le plus tôt possible, quitte à en pénaliser inutilement quelques uns (au nombre de deux ou trois sur vingt-six élèves...). Bon. Pas très malin de ma part, c'est vrai. J'ai voulu bien faire et ai tenté d'expliquer cela. J'ai également précisé que quand on menace, il FAUT mettre à exécution, sans quoi on perd toute crédibilité.

Je n'ai appris qu'hier soir que les punitions collectives étaient interdites. Du genre copier des lignes, par exemple. Aie. Je ne savais pas. Je ne savais pas et je m'en veux très fort de ne pas avoir su. On ne te l'a pas dit, à l'IUFM ? Il ne me semble pas. Je n'en ai bien évidemment pas fait part aux mamans qui ignorent que je suis encore en formation. Heureusement. Je suis rentrée chez moi hier soir la mort dans l'âme, après avoir essayé de me dire que ce n'était "pas grave". Mon père, instit' lui-même, me l'a dit : "Tu sais, Mirabelle, il faut que tu te blindes, les parents interviennent de plus en plus dans l'Ecole". Mon Mystérieux Inconnu me l'a dit : "C'est rien, ça, Mirabelle. C'est toi l'instit', ne te remets pas trop en question. Tu te dévalorises trop. Considères-toi à ta juste valeur". Ma marraine T1 me l'a dit : "Ce qui est difficile c'est d'être atteint dans sa fonction mais tu vas voir, avec le temps, on s'y fait. Il y a parfois de bons conseils chez les parents mais il ne faut pas non plus trop se remettre en question".

Juste après le passage de ces mamans, j'ai voulu assurer mes arrières. L'instit'-directrice que je remplace a environ deux années de carrière derrière elle. Je l'appelle. Lui raconte mes mésaventures. Elle m'avoue que elle aussi a eu un souci de ce genre l'année dernière. Sauf que c'est allé bien plus loin. A court d'arguments pour calmer une classe très difficile, elle avait privé les enfants de piscine, avec l'aval du directeur. Les parents avaient appelé en masse pour se plaindre. Et le directeur était revenu sur ses positions, cessant soudain, sous la pression, de la soutenir. "Depuis ce jour", me dit-elle, "Je ne donne plus de punition collective". Je suis, aujourd'hui, très très bien placée pour la comprendre. Ma "punition collective", si je ne vous donne pas les détails, était sensiblement similaire à la sienne. J'ai, comme qui dirait, été prise à mon propre piège.

En ce mercredi matin, où j'écris cet article, j'y réfléchis encore. J'ai eu tort de donner une punition collective. Mais, en toute bonne foi, j'ignorais que c'était interdit. Je me suis sentie agressée par ces trois mères, même s'il faut admettre qu'elles y ont tout de même mis les formes. Si ce stage se passe globalement bien, j'avoue que c'est une classe difficile. Très bruyante. Qui n'écoute pas. Et ne travaille pas. Si j'ai été très sévère en première semaine, c'est parce que j'espérais ainsi les cadrer et favoriser une certaine atmosphère de travail. Sauf que cela n'a pas marché. Et que les (rares) élèves mignons, travailleurs, intéressés, s'en sont trouvés pénalisés.

Comme me l'a dit ma marraine T1, il y a pire que ce que j'ai fait. Je le sais. Même si on me dit qu'au fond, "ce n'est pas grave", j'ai du mal à passer le cap. Je m'en veux. Cependant, je me dis aussi que des conflits avec les parents, j'en aurai sans doute toute ma carrière. Si, à l'avenir (c'est promis, on ne m'y reprendra plus !), je ne donnerai AUCUNE punition collective, il est clair qu'il me faudra néanmoins apprendre à défendre mon bout de gras, à assumer mes choix pédagogiques et autres terrainsque les parents grapillent progressivement. J'y arriverai, peu à peu. Et je me dis qu'au fond, cet incident, s'il m'a perturbé, me permet également de mieux prendre conscience du rôle croissant des parents dans l'école, des limites de notre liberté.

J'ai encore un peu plus d'une semaine de stage dans cette école. Si, lorsque je "délire" un peu, j'imagine que toute cette histoire remontera aux oreilles de l'IUFM qui s'opposera à ma validation, si je me vois soudain traitée comme une pestiférée par l'équipe de l'école (ce dont je doute, car ils sont réellement très chaleureux, mais les bruits de couloir, ça va si vite...), je me dis aussi que, pour me préserver, je vais lâcher un peu de lest. Je t'avoue, mon cher Victor, qu'à toutes les récréations, je bosse, je fais mes photocopies ou je garde quelques individus perturbateurs dans la classe. Or, il s'avère que cela n'a pas payé. On me conseille d'"aller prendre le café avec les collègues, de penser à autre chose pendant les récréations, au lieu de bosser dans mon coin ou de garder des gamins". Ce n'est pas un mauvais conseil. Je me demande si je ne vais pas le mettre en application...

J'ai hésité à te parler de tout ça, mon Victor.
Parce que je ne suis pas fière de moi. Tout le monde a le droit de faire des erreurs, Mirabelle... Et puis c'est comme ça qu'on apprend ! Et puis je me suis dit qu'il y a certains PE1 à qui je souhaite d'être PE2 un jour, et qui seraient peut être bien contents de profiter de mes mésaventures pour ne pas connaître les mêmes problèmes. Les erreurs des autres, ça sert aussi. Et puis je me dis que parler de mon métier, ce n'est pas seulement parler des sourires des gosses, du bonheur d'être appelée "maîtresse" et autres instants à croquer. C'est aussi avoir des comptes à rendre, se justifier, et des contraintes, comme n'importe quel boulot. On le sait avant d'avoir un pied dedans, bien sûr. Mais je t'assure que ça prend une toute autre dimension quand tu as trois mères qui t'assaillent de questions et te font sentir que tu es "une méchante maîtresse pas juste du tout". Là, tu te dis, ça y est, c'est ça aussi le boulot. Tu avales ta salive, tu prends ton courage à deux mains et une fois que tout ce petit monde est reparti, en te souhaitant "une bonne soirée", tu te mets à corriger les cahiers du jour et les fichiers de mathématiques.

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 01:53
Mon cher Victor,cadeau.JPG

J'ai en charge le cadeau de la Fête des Pères dans la classe de CE1 où j'effectue mon SR3. La collègue-directrice que je remplace, était, semble-t-il, ravie de se débarrasser de cette corvée, m'affirmant qu'elle avait déjà "porté sa croix en faisant celui de la Fête des Mères". Bon. Sur le coup, aucun problème. Ah... Ce qui signifie que, finalement, il va y en avoir un... Hem hem... Oui. Légèrement.

La semaine dernière, plus exactement jeudi, débat animé dans la salle des maîtres. Deux camps : les enseignants qui font le cadeau de Fête des Pères en classe contre ceux qui ne le font pas. L'un revendique le côté sympathique et incontournable, l'autre rejette le caractère pétainiste et le sentiment de différence, d'injustice, de souffrance, qu'il crée inmanquablement chez les élèves vivant en famille d'accueil, ou dont le parent en question est décédé. C'est vrai que cela doit être particulièrement douloureux... C'est pourquoi j'ai trouvé cet argument très recevable. Surtout quand... Surtout ?

Surtout quand, présentant le magnifique dragon porte-crayon que nous allions réaliser avec les enfants vendredi dernier, j'annonce, grand sourire et enthousiasme dans la voix : "Ce sera pour la Fête des Papas !". Matteo vient alors me voir et me dit :" Mirabelle, ce sera pour mon papy parce que mon papa, il veut pas me voir." Argl. Je t'assure que quand un gamin te dit ça, Victor, tu te fais tout petit, tu peines pour trouver les mots et cacher combien tu es déstabilisé. Le pauvre petiot...

Même scénario aujourd'hui alors que nous peignons nos dragons. Réussis ? Euh... A vrai dire, ils ressemblent plus à d'immondes morceaux de pâte à modeler auto-durcissante qu'on a collés les uns sur les autres comme on a pu, un amas de plis et de bosses, qu'à un dragon. Mais enfin, les enfants sont ravis, c'est le principal. Non ! Le principal est que les PAPAS soient ravis ! Non, Victor... Le principal est que les papas soient ravis de voir leur enfant ravi ! Hem... Bref ! Ne jouons pas sur les mots ! Poursuis donc...

Je disons donc : même scénario aujourd'hui, tandis que nous peignons nos dragons. Alors qu'il admire son travail, Théo m'appelle : "Eeeeh, Mirabelle ! Eh ben, moi, je pourrai pas donner mon cadeau à Papa samedi. Il est à l'hôpital et Maman dit que j'ai pas le droit d'entrer dans la chambre...". Je ne trouve rien de plus intelligent à dire que de lui conseiller de le lui offrir quand il sera rétabli. Et ça fuse du côté des élèves : "Qu'est-ce qu'il a, ton père, Théoooo ?". "Je sais pas trop", répond celui-ci, "mais il a des tuyaux partout.". Gloups. Pas du tout choqué par ce qu'il vient d'entendre, chacun reprend son pinceau, sa peinture verte et son dragon, le coeur léger, le sourire aux lèvres. Tout le monde bavarde. J'en entends un qui chantonne. Un autre qui sifflote. Discrètement, évidemment, parce qu'on n'a pas le droit de chantonner ni de siffloter en classe.

Mais ouf... J'avais cru un instant que la gravité de la vie allait empoisonner mes mômes, trop tôt, trop vite.


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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 01:40
Mon cher Victor, sourire-piaf.jpg


Alors que, comme tu le sais, j'éprouve encore un peu de culpabilité à distribuer des punitions, j'ai désormais la certitude que les élèves pardonnent à leur enseignant leur sévérité, et même, en retirent une certaine "admiration". Vendredi matin, j'arrive à l'école.  A cause des Bus Verts (que je bénis tout de même d'exister), je n'arrive pas bien en avance, ce qui fait que je franchis la grille quasiment en même temps que les gamins. L'occasion pour eux de me montrer à leur maman.
Devant la grille, justement, en ce vendredi, Mélissa, petite élève de ma classe de CE1. Elle me voit de loin et se jette littéralement sur moi en me réclamant un bisou ! Un sourire jusqu'aux oreilles, qui me ravit. Puis elle revient vers sa mère et lui dit, tandis que je m'éloigne, sur un ton plein d'une gratitude enfantine :
"C'est ma maîtresse !"
Tu connais une meilleure façon de commencer la journée, toi ?

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