Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Je suis épuisée. Autant te le dire tout de suite : je ne reste que cinq minutes ! Que veux-tu que je te dise ? Je commence à m'habituer, voilà tout ! Ne m'en veux pas... La situation est déjà bien assez compliquée ! Sois tranquille, je comprends parfaitement que ta priorité ne soit plus de venir bavarder avec le vieux Victor... Tu es maîtresse, maintenant, ça ne rigole plus ! Enfin tout de même, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur ta classe, sur ton premier jour, tes impressions... Notre conversation précédente était bien maigrichonne ! Je sais et je m'en excuse. Cependant, il faudra bien que tu t'y fasses : la vérité, c'est que j'ai (et j'aurai) de moins en moins de temps à consacrer à ce blog ! Pour preuve...
Quand je suis arrivée dans la classe, le lundi matin, elle était complètement vide.A part les tables, rien. Pas de livres. Pas d'affichages. Pas de matériel. Rien. Même pas de bureau pour la maîtresse ! A l'heure actuelle, alors que j'ai achevé ma deuxième journée de classe, elle est toujours vide. J'ai récupéré des craies et quelques bouquins. Mais elle ne ressemble toujours pas à une véritable classe. Aucune fourniture pour les enfants, à part un petit cahier de brouillon et le nécessaire de base dans leurs trousses individuelles. Mais sinon... Rien ! Il y a même un tableau qui attend d'être fixé... Mais comment cela se fait ? C'est tout de même abherrant ! Es-tu la seule classe dans ce cas ? Ce n'est pas si abherrant que cela. Tu sais, j'ai bénéficié d'une ouverture de classe. Ce qui veut dire qu'il a fallu me trouver un local et que ce local était inutilisé, ou en tous cas qu'il ne s'agissait pas d'une classe réelle (j'ai appris plus tard qu'il s'agissait avant d'une salle informatique). Ce qui explique l'absence de tout matériel scolaire.Je comprends mieux... Il n'empêche que cela ne doit pas être très pratique ! Ca... Non !
Heureusement, les élèves sont adorables. Gentils. Bien élevés. J'ai déjà reçu un bouquet de pâquerettes et je lutte encore pour qu'ils me vouvoient. Cela va venir... C'est le début !Je suis complètement débordée et ne sais pas par quel bout commencer : je n'ai pas encore d'emploi d'emploi du temps, je n'ai pas encore eu le temps de faire mes programmations et progressions... Je passe mes journées, pour le moment, à essayer de garder la tête hors de l'eau. A boucler mes séances correctement. A être le plus efficace possible... Cet objectif est encore loin d'être atteint puisque j'ai passé toute ma soirée d'hier soir à rédiger ma liste de fournitures pour les parents d'élèves. Et puis pour couronner le tout, je suis tombée malade. Je ne dors pas beaucoup la nuit et rêve d'une seule chose : la classe, la classe, la classe. Mon médecin, en voyant ma pauvre mine, m'a conseillé de lever le pied, craignant, dans les semaines et mois à venir, un surmenage. Il n'a pas eu l'air de trouver valable mon argument principal, que je considère, moi, comme imparable, pourtant : comment lever le pied quand il faut finir de préparer sa journée du lendemain, voire COMMENCER à la préparer?
T'en fais pas, ça va venir, il faut le temps de s'habituer et au bout d'un moment les preps iront de plus en plus vite. Suis un peu le conseil d'Eddie, utilise les ressources d'internet, utilise les livres du maître et repose toi ! On ne peut pas assurer correctement en classe si on est épuisé ... Mais bon je ne l'ai pas fait moi-même les 2 premières années et maintenant je revois mes priorités... Finies les belles fiches de prep, fini de passer un temps fou sur des choses qui n'en valent pas la peine. Avant de passer un aprèm à préparer quelque chose, je me demande si cela va vraiment beaucoup apporter aux gamins. Si ce n'est pas le cas, j'essaye de trouver autre chose, dans un bouquin par exemple/
Mirabelle,sois calme, douce, et placide, ne t'énerves pas et surtout soignes toi. Ecoute les conseilles de Eddie, etde l'autre personne.Je crois, bien que je n'ai pas été enseignante, que faire apprendre à ton petit monde des poësies et leur faire illustrer, en attendant le matériel: les livres et les cahiers et l'emploi du temps inexistant pour le moment, ce serait une bonne idée.Courage, Mirabelle.Et à bientôt avec ton Victor.
"et je lutte encore pour qu'ils me vouvoient." Ah bon ? Les élèves te vouvoient ?Sinon je suis d'accord avec Eddie, essaye de faire un tour à la bibliothèque pédagogique du coin pour emprunter des fiches toutes prêtes, fais-leur apprendre des poésies pour lesquelles il faudra faire l'illustration et ensuite chacun passe pour réciter... bref, gagne du temps pour toi !Mieux vaut une classe pas super bien préparée et une maîtresse en forme que le contraire !Courage pour ces débuts pas faciles faciles..
Ben tu fais comme moi, tu ne prépares pas. Et oui, c'est scandaleux à dire, mais y'a des fois où t'auras pas le choix, il faudra faire passer ta santé avant! Moi aussi je suis au bord du craquage nerveux, alors je lève le pied. Tant pis pour les mômes, ils devront faire avec - et ils font très bien avec je te rassure - pendant quelques jours. Moins de correction, moins de leçons, plus de travail silencieux, histoire de ne pas se retrouver arrêter pour dépression et surmenage... et attention ça arrive plus vite qu'on ne croit, et souvent on ne voit rien venir! Donc vas-y molo, prévoit des séances de dessins, des fiches, de la lecture, du calcul, occupe les et souffle un peu, avant de prendre feu! Parce qu'au final, te retrouver en arrêt maladie, ça n'est bon ni pour toi, ni pour eux! Non mais dis lui toi Victor!Aller, couraaaaaaage maîtreeeeeeeesse!!!