Je me réveille le matin sans penser à toi. J'ouvre mes volets et le soleil entre dans ma chambre. La journée commence bien, sans penser à toi. Je bois mon thé après avoir fait attention à Nougatine, qui va toujours fureter autour de la bouilloire brûlante. Sans penser à toi. Je me goinfre de céréales et me admire le ciel, sans penser à toi. Sans penser à toi, je file sous la douche et souris à mon chat qui tient à m'accompagner. Sans penser à toi, je lui fais la causette et il me regarde, campée comme une reine, les oreilles dressées. Puis je m'habille sans penser à toi, je me maquille sans penser à toi, je me fais des grimaces dans la glace. Sans penser à toi. Puis je fais du ménage, sans penser à toi, je vais écrire un peu. Avec de la musique pour faire venir l'inspiration. Sans l'ombre d'une seconde penser à toi. Il se peut aussi que je prenne des nouvelles de ma mère, que je reste une quinzaine de minutes pendue au téléphone, ou que Sophie me passe un coup de fil. Sans penser du tout à toi. Et la matinée à déjà filé, je prépare mon repas en engueulant mon chat qui monte sans arrêt sur la paillasse et que le vaporisateur ne suffit plus à repousser. J'écoute les infos sur France Inter, je regarde par la fenêtre, j'admire l'église, le château, je feuillette Télérama avec nonchalance. Le tout, sans penser à toi bien sûr.
Et puis je me bois un thé, en feuilletant des catalogues de vente par correspondance, en m'imaginant dans des tas de robes, sans penser à toi. Si l'envie me prend, je descends faire un petit tour en ville, je fais les vitrines, je flâne en rêvassant, j'observe les gens en me demandant quelles vies ils ont, s'ils sont heureux ou malheureux. Pendant ce temps-là, je ne pense pas du tout à toi. Quand je rentre, mon chat me fait la fête et je la fais courir, sauter, je ris, elle s'en donne à coeur joie. Dans ces moments là, ni elle ni moi ne pensons à toi. Dans les instants de flemmardise extrême, je mets un peu la télé, je zappe, je me laisse absorber par des bêtises. Et alors, je ne pense pas à toi. Enfin, quand mon estomac crie famine, je sors les légumes du réfrigérateur et je me fais une grande salade, trop grande comme d'habitude, une salade pleine de couleurs, genre "je me crois en été". Et pendant que je m'affaire, à aucun moment je ne pense à toi. Même chose quand je remplis le lave-vaisselle que le chat veut toujours explorer.
A 20 h 20, c'est "Plus Belle La Vie" et évidemment, pendant vingt-cinq minutes environ, je ne pense pas du tout à toi vu que je suis sur la place du Mistral. Je ne pense pas à toi non plus quand je me regarde un film, quand je caresse mon chat du bout des doigts, mon beau chat qui dort et ronronne paisiblement juste à côté de moi, ou qui fait des glissades sur mon tapis selon son humeur. Puis, sans penser à toi, je vais me mettre en pyjama, je me démaquille, je baille, je me lave les dents. Et, tu l'auras deviné, je vais me coucher. Calmement. Je m'endors tout de suite. Sans penser à toi.
Non. Tu sais comment je suis, hein. Je fais exprès de dire des conneries. En fait, tout ça, c'est ce que je devrais faire, si seulement je ne pensais pas à toi.