Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor,
Qu'as-tu pensé du récit que je t'ai fait du 21 Avril 2002 ? Eh bien... J'en pense, j'en pense que... Tout ça, c'est bien triste ! Et j'ai du mal à croire que ce soit la France du XXIème siècle ! Moi qui croyais avoir tout vu avec Napoléon ! Comment tout cela a-t-il tourné ? Je sais bien que c'est Chirac qui va gagner ces présidentielles, étant donné qu'il est toujours au pouvoir aujourd'hui... Mais dis-moi, après le premier tour, comment avez-vous réagi ? J'imagine que vous n'êtes pas restés les bras ballants ! Non, loin de là. Tu vas voir...
La France a changé le 21 Avril. Ce n'est désormais plus la même. Mais ce 21 Avril, paradoxalement, a été un électrochoc pour tous ces Français, bien au chaud chez eux, assis dans leur petit canapé. Et... Cela va sans doute t'étonner mais les jours qui suivirent ce "coup de tonnerre" restent l'un de mes meilleurs souvenirs. Effectivement, c'est pour le moins surprenant... Les gens ont compris, soudain. Ils ont compris que la France, aussi puissante soit-elle, n'était pas à l'abri de certaines dérives. Ils ont compris qu'il fallait se battre, s'unir, croire encore en une France faite de droits et de valeurs. Alors... Ils sont descendus dans la rue, main dans la main.
Ils ont défilé, tous ensemble, pour la République, pour la démocratie. J'ai défilé moi aussi. Nous étions des milliers, dans notre petite ville. Une marée humaine. Une marée humaine à refuser l'horreur. Mais... Je ne comprends pas ! Vous étiez toute la France à défiler un peu partout en refus de l'extrême droite, mais c'est la démocratie, non, qui a amené l'extrême droite au deuxième tour ? Les votes n'ont pas été truqués ! Si ce Le Pen est arrivé si loin, c'est que les gens l'ont bien voulu ! Tu n'as pas tort. C'était d'ailleurs un grand débat à l'époque : fallait-il ou non manifester ? Certains affirmaient que c'était aller à l'encontre même du principe démocratique, et ma foi, cela se défend. C'est vrai que beaucoup de gens ont voté pour Le Pen, c'est un fait. Sa montée en puissance était donc on ne peut plus démocratique. Mais... On a beau le savoir, on ne peut quand même pas l'accepter ! Alors on proteste, malgré tout. C'est ce que j'ai fait, tout en sachant qu'il y avait une part d'irrespect pour le vote de mes contemporains. Et puis... Pour une fois que les gens manifestaient tous ensemble, l'occasion était trop belle, vraiment !
Et le deuxième tour ? Le deuxième tour... Nous avons tous voté Chirac, évidemment. Pour faire barrage à l'extrême droite. La gauche a appelé à voter "contre Le Pen", ce qui, bien sûr, est louable, mais aussi assez bien formulé, puisqu'elle n'a pas renié ses convictions en demandant à ses militants de soutenir le président sortant. J'ai donc voté Chirac, moi aussi, la mort dans l'âme. Et le soir-même, pas de surprise : Chirac l'emporte avec 80% des voix. Et en assurant, par dessus le marché "qu'il ferait tout ce qu'il peut" pour ne pas nous decevoir... On voit ce que ça a donné... Pas brillant...
J'en ressors un peu écoeurée, comme tout le monde j'imagine, mais il fallait éviter le pire : c'est ce que nous avons fait. Eh bien, j'étais à des lieues d'imaginer un tel tremblement de terre ! C'est fou, tout de même ! A croire qu'aucune époque ne tire la leçon des précédentes ! C'est vrai, ça, quand même ! Il y a eu la Terreur, Napoléon, et puis, j'imagine, bien d'autres horreurs après tout ça, et en 2002, rebelote, on frôle la pire atrocité qui soit ! Non, vraiment, personne ne tire jamais de leçon de rien !! Jamais, jamais, jamais !