Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor, 
Après une question ô combien pertinente de Laflote : "Et puis, la question qui tue : est-ce que tu l'aimes ?? (et je ne te demande pas si tu es amoureuse... mais bien si tu l'AIMES...)", je me décide à te faire part de mes réflexions, ces pensées contradictoires qui ont tourné dans ma tête. D'après toi, quelle est la différence entre "être amoureux" et "aimer" ? C'est bien là tout l'enjeu de ce qui me préoccupe en ce moment.
Qu'est-ce que ça veut dire, "aimer" ? Est-ce se résigner aux différences de l'autre et à la platitude du quotidien ? Est-ce, au contraire, vivre dans l'idéal et dans l'espoir qu'un jour, notre couple sera le plus parfait qui soit sur terre ? Ou existe-t-il un état intermédiaire, où le bien-être et la quiétude seraient possibles ?
Et surtout, qu'est-ce que ça veut dire, "aimer l'autre" ? Je croyais le savoir, et je m'aperçois que je le découvre à peine. Certains diront "comment peut-on savoir ce qu'est aimer l'autre quand on n'a que vingt-deux ans ?", et ils auront raison. Tu sais, personne ne sait jamais ce qu'est l'amour. Sinon, cela perdrait de son intérêt... Que l'on ait vingt-deux ans ou plus de la cinquantaine ! Certes. En l'état actuel des choses, j'ai certainement encore tout à apprendre. Ce que je viens de vivre avec J. n'est sans doute qu'un avant-goût de ce qui m'attend. Pourtant, il me semble avoir bien saisi combien il est difficile d'aimer l'autre. De l'aimer vraiment.
L'amour est égoiste, quoi qu'on en dise. Qui peut prétendre faire passer le bonheur de l'autre avant le sien ? Qui peut prétendre accepter tous ses défauts ? S'accorder avec l'autre n'est pas chose aisée, surtout quand on a des exigences contraires. Tu dis ça parce que vos personnalités étaient totalement opposées, mais j'imagine que c'est plus facile pour ceux qui se ressemblent. Je suppose, oui. Et dans le cas de caractères divergeants, cela cause, crois-en mon expérience, énormément de soucis. On cherche à transformer la réalité. A la rendre conforme à nos rêves. On dépasse les bornes. On demande des efforts, des montagnes à soulever, des exploits innommables qu'on ne devrait pas exiger si l'autre n'était pas un moyen de parvenir à notre épanouissement personnel. A t'entendre, l'amour est un calcul, purement et simplement ! Bien sûr que non !
Mais enfin, regardons la vérité en face, Victor ! Il m'avait semblé jusqu'ici que c'était toi qui ne voulais pas la regarder... Que cherchons-nous, tous autant que nous sommes ? Le bonheur ! Ce fichu bonheur ! Et quand on tombe amoureux on s'imagine qu'il est là, le bonheur, à portée de main, grâce à cet amour tombé du ciel ! Grâce à Cupidon et tout le tralala... Mais quand nous ne sommes pas heureux, que se passe-t-il ? On s'acharne d'abord, parce que, tout de même, on veut que ce soit lui, et pas un autre. On rame. Et puis, finalement, quand on s'aperçoit que tous nos efforts sont vains, qu'il ne sert à rien de se battre contre la fatalité, alors on prend ses clics et ses clacs : "Ciao ! Je ne suis pas heureuse ! Je me casse !". Quelle façon de présenter les choses... Ne compte pas sur moi pour voir la vie en rose ces temps-ci. Et Je suppose que "je me casse" signifie "je m'en vais" ? Tu vois, tu commences à parler le langage du XXIème siècle, mon Victor, c'est bien !
Je sais désormais qu'il est utopique de vouloir changer l'autre. L'idée que notre amour, à lui seul, suffira à transformer notre homme en prince charmant, tout ça, excuse-moi l'expression, c'est du pipeau. Bien sûr que c'est du pipeau ! Il n'y avait vraiment que toi pour croire que c'était possible ! Détrompe-toi : ma main à couper que nous sommes nombreuses dans ce cas ! C'est tellement enivrant de s'imaginer ce pouvoir... Tellement flatteur de croire que l'on sera la seule, l'unique, et ce jusqu'à la fin des temps. C'est une façon de trouver des preuves d'un amour fort et réciproque, sans doute, d'un amour réel : "tiens regarde, je change radicalement parce que je t'aime !". On se dit : "il m'aime vraiment, alors, s'il est capable de tout ça.". Et tu en trouves beaucoup, toi, des situations concrètes de ce genre ? Non. Je l'admets. C'est bien pour ça que j'avoue, aujourd'hui, et au grand jour (ou du moins au jour de la blogosphère) que je m'étais trompée : eh oui, Mirabelle est d'une naïveté qui confine à la sottise ! Et Victor, lui, a été bien naïf de penser que Mirabelle répondrait à la question de Laflote...