Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Tout d'abord, je tiens à préciser pour mes lecteurs-"presque" collègues (je pense à Eddie ou à Bellzouzou, si elle passe par là...), que oui, je sais qu'il n'y a (là aussi, "presque") plus d'estrades dans les classes, mais que je cherchais un mot d'esprit relatif au monde enseignant à peu près équivalent à l'expression "de l'autre côté du miroir". Si tu le précises, c'est que ton mot soit-disant d'esprit n'est pas efficace ! C'est fort probable.
Lundi matin, mon réveil sonne. Je l'explose tel un Didier Bourdon dans "Le pari" et je... C'est quoi "Le Pari" ? Je t'expliquerai plus tard, Victor ! Pour l'instant, j'ai d'autres chats à fouetter ! Je me réveille donc nerveuse (mais, paradoxalement, curieuse et ravie) car... Car ? Car ça y est, c'est la rentrée des classes ! Mais cette fois, rien à voir avec ma rentrée à l'IUFM : il s'agit de la rentrée pour des milliers d'élèves, élèves dont je vais découvrir les visages enfantins à 8 h 45, en compagnie de mon IMF ! IMF ? Victor, tu ne te souviens pas ? J'ai déjà exposé la signification de ce sigle ici ! Ah oui, c'est vrai !
J'arrive très en avance à l'école J.M, contrairement à mon IMF, qui arrive au dernier moment. Je suis, comme tu peux t'en douter, très tendue, et il me semble l'être bien plus que les enseignants. Je sais pourtant que cette première journée sera une "prise de contact", une phase d'observation, d'où un rôle mineur de ma part. Cependant, l'anxiété ne se commande pas... Non. Et puis, on ne va pas te refaire ! C'est juste !
Quand la cloche sonne, je file dans la cour, me frayant un passage entre les parents (certains sont là depuis l'aube, j'en ai vus, en arrivant, qui attendaient dans leurs voitures !), qui discutent entre eux ou disputent leurs garnements (les deux à la fois, bien souvent !), lancés, eux, dans des courses poursuites des plus périlleuses. Ca, évidemment, ce sont les grands... Et comment sont les petits ? En pleurs. Beaucoup s'accrochent à leurs mamans comme s'ils allaient à l'abattoir. D'autres restent pétrifiés. Surtout, on comprend mieux, face à ces bouilles pleines de sanglots, combien l'école peut être troublante pour de petits CP, et encore plus pour des Maternelles.L'inconnu. L'obligation de quitter Papa et Maman. Un cadre avec lequel il va falloir se familiariser. Le premier jour d'école est déterminant pour la perception que l'enfant aura de cette dernière. Ils sont touchants, ces petiots...Il a quand même une année entière pour se faire une idée ! Bien sûr.
Je repense à mes rentrées de Primaire. Je ne me souviens pas avoir pleuré mais... Tu dis ça mais ce serait bien ton genre ! La mémoire me fait défaut. En tous cas, moi, Mirabelle, examinant cette rentrée des classes du haut de mes vingt-deux ans, je revois mon instit' de CP, celle de CE1, celle de CE2, celui de CM1, celle de CM2... Ils m'ont marquée.Il y avait beaucoup d'institutrices, à cette époque ! Ca n'a pas changé, Victor. La profession est toujours essentiellement féminine.
Quand on change de statut, le point de vue change avec, forcément. Je suis, par exemple, en ce lundi matin, curieuse de la manière dont le directeur s'adresse aux géniteurs des élèves. A la façon dont les enseignants font rentrer les apprenants en classe. Les apprenants ? Quel jargon ! Je sais. Je trouve ça ridicule également, mais cela me fait rire ! J'observe les parents. Leurs regards sur les instituteurs. Et je souris... Parce que je compare la Mirabelle, son petit cartable sur le dos, toute fière d'apprendre à lire, et la Mirabelle professeur des écoles stagiaire, qui a mûri, grandi, qui trouve sa voie, peu à peu. La vie nous façonne. Et ça me fascine...
Madame B. appelle ses CE2. Je me tiens prête. Mes yeux croisent ceux de ces jeunes écoliers, effarouchés ou craintifs, hilares ou confiants. Lunettes, cartables Barbie, casquette "Bob le Mécano", sourires à fossettes. Je suis déjà sous le charme. Je ferme la marche, suivant de près le joyeux troupeau de bambins en route vers la connaissance. Madame B. ouvre la porte de la classe. Bientôt, c'est le fracas des chaises contre le carrelage. Le zip des sacs que l'on ouvre. L'odeur des fournitures toutes neuves. C'est la rentrée pour des milliers d'enfants.
Quoi??? Plus d'estrade?? Il y en a toujours dans ma petite école primaire où il y avait 2 instituteurs pour une institutrice à mon époque!!!En tout cas, cela fait plaisir de lire un tel article Maîtresse... (ouh la, faut pas que ma copine lise ça... :p)
Pas de problème pour ta copine, Matthieu : elle aurait remarqué le "M" majuscule, et aurait donc compris qu'il n'y avait aucune ambiguité ! ;-)
S
Sev
08/09/2006 19:54
plus d'estrade ? mais mais mais... c'est n'importe quoi ça !!! Et depuis quand ?Bienvenue dans ta nouvelle vie mirabelle, je te souhaite d'être aussi enthousiaste tous les ans...
Depuis un certain temps, déjà ! On m'a dit, à l'IUFM, que ce n'était pas propice au rapport de confiance qui doit s'installer entre le maître et l'élève. Il est vrai que l'estrade a parfois un côté supérieur qui peut nuire. Enfin, évidemment, ce n'est pas toujours le cas... Il ne faut pas généraliser ! ;-) (et puis souvent, les maîtres circulent dans la classe et ne sont que rarement assis à leurs bureaux, ce qui fait que l'estrade passe un peu plus inaperçu !)
L
La fleur
07/09/2006 16:09
Plus d'estrade, plus d'encriers à renverser, plus de craies à jeter ... mais quelles bêtises font les enfants de nos jours ?! Heureusement qu'il reste les maîtresses à ennuyer ! Bonne rentrée !
Il reste toujours les indémodables tampons, le tableau noir, le crissement des craies... Les cahiers neufs, les ardoises... Et la maîtresse, évidemment, la maîtresse adorée ! (ah, d'ailleurs, aujourd'hui, on m'a appelée Maîtresse !) ;-)
Eh non, y'a plus d'estrade ! Il est temps que tu retournes à l'école, toi ! ;-)
C
Cristophe
07/09/2006 00:19
Argh j'ai fait une faute, j'ai écrit "maitresse", pardon maîtresse.Est-ce qu'on explique aux apprenants, comme de mon temps, l'origine de l'accent circonflexe dans les mots maîtresse, hôpital, etc.
Oui, bien sûr qu'on leur explique ! L'évolution de la langue, c'est quelque chose de fascinant !Pour la faute, je passe outre, surtout quand l'apprenant se corrige soi-même ! ;-)