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Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.

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Ma situation-problème

Mon cher Victor,

Suite à cet article sur la rentrée des classes, je souhaitais parler avec toi d'un point particulier, qui me taquine sérieusement les méninges. C'est joliment dit ! Tu trouves ?
Oui. Merci ! De quoi voulais-tu me parler ? De l'égalité des chances. Ah. Pourquoi souris-tu ? Parce que c'est un de tes sujets favoris, c'est manifeste ! Certes. Cependant... Cependant ?

Cependant, aujourd'hui, je ne te servirai pas de grands discours enflammés et idéalistes, ni de phrases compliquées et enthousiastes quant à l'avenir de l'Education. Ah... En PE1, nos formateurs nous ont beaucoup parlé de situations-problèmes. Situations-problèmes ? Il s'agit de mettre l'élève face à un obstacle, c'est à dire le faire réfléchir sur des éléments apparamment contradictoires, auxquels il devra chercher une solution. Et ? Et, lors de ma deuxième journée à l'école J.M, il m'a semblé que l'ensemble des enseignants et moi-même, étions face à une situation-problème. Prenons un cas concret.


Une petite fille. Que j'appelerais Anaïs. Anaïs, en CE2 dans la classe de Madame B., suce son pouce en classe. Anaïs manque de concentration. Ne paraît pas faire preuve de beaucoup d'intérêt pour l'école. Anaïs n'a pas une écriture lisible, et éprouve beaucoup de difficultés à copier quelques lignes sans fautes, et sans raturer. Anaïs ne maîtrise pas les principaux constituants de la phrase, n'accorde pas noms et adjectifs, conjugue laborieusement des verbes courants dans les temps simples. Anaïs n'est pas soigneuse et ne sait pas couper les mots. Anaïs ne met ni majuscule ni point à ses phrases, ce qui fait que finalement, on peine, justement, à distinguer ces fameuses phrases. Anaïs recherche ma présence et mes câlins et copie sans arrêt sur sa voisine. Anaïs est adorable, mais pas du tout autonome.

Un petit garçon. Que j'appelerais Pierre. Pierre, en CE2, dans la classe de Madame B. Pierre écrit bien, rapidement, et sait orthographier, seul, des mots difficiles. Par exemple, lors d'un exercice de production écrite, Pierre m'appelle : "Comment on écrit "tee-shirt" ?" me demande-t-il. J'examine son cahier. Il a fait quelques fautes mais je sens chez lui de réelles facilités. Alors je lui conseille de l'écrire "comme il pense que ça s'écrit". Après un instant de réflexion (joliment accompagné d'une moue dubitative), son stylo trace le mot suivant : "tee-short". Je ne suis guère étonnée par ce "o" (combien de personnes disent "tee-short" au lieu de "tee-shirt" ?) mais demeure béate face à ce "tee", orthographié correctement alors qu'il s'agit d'un mot anglais.


Qu'est-ce que tu cherches à me dire, Mirabelle ? Je suis sûre que tu peux trouver tout seul, Victor. A mon avis, tu t'interroges sur l'hétérogénéité des classes. Tout à fait. Cette classe de CE2 à J.M est donc très hétérogène ? Non. En fait, c'est même le contraire. Le niveau est plutôt bon. J'ai pu consulter les livrets d'évaluation CE1, ainsi que les suivis de cycle. Certains sont excellents et la plupart sont de bons élèves. Vraiment. Ca m'a d'ailleurs épatée. Eh bien alors ? Alors, en pensant au fossé qui sépare Pierre et Anaïs, je me dis qu'il doit être difficile de jongler avec les niveaux des uns et des autres, surtout quand les élèves en difficulté sont plus nombreux que dans cette classe de CE2. Comment remédier à de telles disparités ? C'est ça, la situation-problèmes des enseignants. J'ose à peine m'imaginer : moi, Mirabelle, jeune enseignante T1, désamparée... On nous bourre le crâne, à l'IUFM, avec la "différenciation", mais est-elle réellement réalisable ? Ce qu'on nous enseigne est-il compatible avec la réalité du terrain ? Combien de jeunes professeurs des écoles, fraîchement sortis de l'IUFM, dénoncent ce manque de connexion entre théorie et pratique ? L'Egalité des Chances, c'est bien, c'est une bien belle idée, mais une idée encore très utopique.

Différencier prend du temps. Et derrière, il y a les Programmes, la pression des parents, celle de la société, les jugements, les attentes. Il faudrait pouvoir travailler sans prendre le train. Reprendre à la base. Ne pas hésiter à faire un point sur des notions de Cycle 2 si celles-ci ne sont pas assimilées, même si on a un CM1-CM2. Quand je lis un post comme celui d'Eddie, j'en suis découragée d'avance et je me dis qu'on ne peut pas faire de miracle sans qu'on nous donne un petit coup de pouce. Sans considération. Sans respect. Sans moyens. Parce que l'Education n'a pas de sens sans la société. Et que cette "Egalité des Chances", justement, il faudrait aussi l'appliquer à nous, les enseignants, qui ne sommes pas tous logés à la même enseigne...

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S
Je compatis à tous ces problèmes que tu rencontres, liés à l'éducation (en grande partie) et à notre société. Courage! Amités de Sifranc
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S
Lorque j'etais en CM2 mon école à servis de pilote sur une idée que je trouve géniale : on etait 3 CM2 et en début d'année on a fait des tests de niveau en français et en maths. Et le matin on faisait français et maths par classe de niveau (sachant que les moins bons étaient en petit comité alors que les bons étaient tres nombreux). Ensuite l'apres midi on faisait tout le reste : géographie, science, histoire, ... dans notre classe normale sans différenciation des bons et des moins bons.Et bien avec toute l'organisation que ca comportait l'expérience n'a duré qu'un an : les instits trouvaient cela tres bien, mais les parents des "mauvais" n'ont pas appréciés du tout (perso je n'ai aucun souvenir que les eleves étaient particulierement gênés)
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M
C'est fou, non ? Quelle précision nos souvenirs peuvent garder de la Primaire ! :D
O
Bon bah moi je viens mettre mon "ti" grain de sel.<br /> Ce que tu dis là est exact Mirabelle mais je pense qu'il ne faut pas non plus tout demander et exiger aux enseignant(e)s ou tout attendre de l'école. Je pense que les parents ont aussi un rôle à jouer.<br /> Je me suis investie dans la scolarité de mes enfants et ai pris la peine de les suivre "de près". Dès lors où j'ai vu que mon fils rencontrait les mêmes problèmes que ta petite Anaïs (sauf que lui était en cp), j'ai pris un rendez-vous au cmpp de ma ville et ai demandé de l'aide. Mon fils suit donc une psycothérapie et une psycopédagogie, il est actuellement en CM2 et tout se passe bien. De l'autre côté, ma fille qui bénéficie autant d'attention de ma part ne rencontre elle aucun problème. Chaque enfant est différent c'est à nous aussi parent(s) de les épauler, les aider pour que leur chemin soit dans les meilleures conditions possibles.
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M
Je n'ai jamais dit que les enseignants devaient endosser toutes les responsabilités par rapport à l'éducation des enfants ! Les parents ont bien sûr le premier rôle ! Je parlais de l'apprentissage scolaire pur ! Loin de moi l'envie de mettre les parents sur la touche !
A
Lorsque j'étais en CE2, j'ai une institutrice fantastique. Elle avait établi un planning de travail pour la semaine, chacun savait ce qu'il avait à faire, nous choisissions des fiches en fonction de notre vitesse d'apprentissage, tout en ayant un objectif à atteindre ensemble.Pendant la semaine, chacun travaillait à son rythme. Il y avait bien sûr des temps d'apprentissage en commun, mais nous étions autonomes pour la gestion des exercices à côté.Quand on travaillait vite comme je le faisais, ça avait l'avantage qu'on ne s'ennuyait pas. On avait le droit, une fois la fiche de la semaine terminée, d'utiliser la bibliothèque ou de faire des travaux manuels, et cela permettait aussi à l'institutrice de s'occuper plus spécifiquement des élèves plus en difficulté et nécessitant un encadrement plus important.De cette année là, plus jamais mes parents ne se sont occupés de mes devoirs car j'avais appris à gérer mon temps. Je la remercie mille fois, jamais je ne me suis ennuyée...Hélàs, sa méthode atypique dans mon école lui a valu une mutation dès l'année suivante...
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M
J'ai beaucoup entendu parler de ces plannings de travail mais je n'en ai encore jamais vus en place ! Et puis ça permet à l'élève de gagner en autonomie ! Tout en lui permettant d'avancer à son rythme dans son travail !
N
Ayant eu la chance par le passé d'être un excellent élève et un parfait cancre et puis à nouveau un excellent élève, j'appuie le commentaire de Laura quant au fait que les bons peuvent (et je pèse mes mots) motiver, émuler les élèves moyens ou mauvais. J'insiste sur "peuvent" car et c'est peut-être là le role des professeurs, ce n'est pas forcément le cas. Peut-être donc, s'il faut composer avec un système quasi-immuable, que le rôle du professeur est de s'appuyer sur les différents niveaux pour tirer tout le monde vers le haut. En effet Mirabelle c'est une situation-problème, comme beaucoup de situations dans le monde professionnel d'ailleurs...Nico - ... euh, non, rien en fait.
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M
Waouh ! Dis donc, passer d'excellent élève à cancre, c'est plutôt inhabituel, je trouve ! ;-)