Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Nous poursuivrons aujourd'hui l'article précédent, que j'ai, pour des raisons de longueur, choisi de répartir en deux conversations. Tu m'avais laissé sur une note angoissante : tu t'apprêtais à emboutir la voiture de devant !
Je freine, je rétrograde. Mais mon ralentissement, me semble-t-il, n'est pas suffisant et soudain... Je suis projetée contre le pare-brise, avec une violence que je n'avais pas soupçonnée.Je ne vois plus rien. Je ne sais plus où je suis ni comment je m'appelle. J'entends juste une voix, à côté de moi, marmonner :
"Oh putain de bon dieu de bon dieu... Je le sentais, je le sentais !"
Je sens une main prendre le volant à ma place. Je ne réagis pas, d'abord. Puis je m'aperçois, les yeux écarquillés, que mon moniteur gare la voiture sur la bande d'arrêt d'urgence. Et je réalise, bêtasse comme je suis, que NOUS VENONS D'AVOIR UN ACCIDENT. Je n'ai absolument rien vu. Rien vu venir. Je suis saine et sauve. Merci mon dieu.
"Ca va, Mirabelle ?"
Je sens les larmes monter. Je suis une véritable gamine, voilà ce que je me dis. Je me retiens de sangloter comme je peux. Les voitures continuent de circuler. J'en vois qui rigolent : une auto-école accidentée, quoi de plus normal ?
" Ca va, Mirabelle ? C'est rien, c'est rien !". Mon moniteur quitte la voiture, sous la pluie battante. J'attends bêtement. La fenêtre passager est restée ouverte et la pluie mouille déjà le siège. Je ne m'en rends pas compte. Quand, brutalement, par je ne sais quel miracle mon cerveau recommence à fonctionner... La voiture devant nous ne s'est pas arrêtée. Mon moniteur ne m'a fait aucune remarque désobligeante. Et il est sorti en se dirigeant vers l'ARRIERE de la voiture.C'est donc vers L'ARRIERE que tout s'est déclanché. Grâce au peu de neurones qui me reste, je me retourne. Et je distingue. Tu distingues quoi ? Un camion ? C'est terrible, ces machins-là ! C'est vraiment une des pires inventions de votre temps !
Non. Je distingue, malgré la pluie battante, une petite voiture blanche, derrière la C3. Avec à son bord un petit grand-père. Assis à côté de lui, mon moniteur. Penché sur quelque chose. Un constat, sans aucun doute. Eh bien alors, ce n'était pas ta faute ! En théorie, je le sais. Ce pépé nous est rentré dedans. Ma responsabilité n'est pas engagée. Mais je m'en veux.J'ai envie de me sauver. De rentrer chez moi en stop. De tout arrêter. J'attends. Les minutes passent. Je n'ai plus aucune conscience du temps. Je regarde la route. J'ai le regard vide.
Quand mon moniteur revient s'installer à mes côtés, il est 15 h 40. Autant dire que notre leçon est fichue. Direction l'auto-école.
"Ca va, Mirabelle ? C'est ton premier accident ? C'est toujours impressionnant la première fois... Tu es prête à prendre le volant ?"
Bien sûr que non ! Je déballe tout. J'en ai marre. Les larmes reviennent. Je veux tout arrêter. Je ne suis pas faite pour conduire. Je n'y arriverai jamais. Je suis nulle. Tout est de ma faute.
"Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'y es pour rien ! Le p'tit vieux a reconnu tous les torts ! Tu veux que je te dise ? J'ai regardé son permis de conduire : il est né en 40 ! Il a avoué qu'il avait le nez vissé sur le compteur de vitesse et qu'il était obsédé par le radar ! Du coup, il n'a pas fait gaffe à ce qui se passait devant ! Je t'assure que ce n'est pas ta faute ! Si j'avais été au volant, cela aurait été pareil !"
Il tente de me faire rire. Il m'arrache un sourire grimaçant. J'ai encore une heure de conduite le 30 Août. Je veux l'annuler. Je veux tout arrêter. Mon moniteur secoue la tête. Je suis, selon lui, "en état de choc". Cela me semble un peu exagéré, mais il faut bien avouer que je suis tremblante comme une feuille. Il me conseille de réfléchir à tout ça à tête reposée. Affirme qu'abandonner serait "une grossière erreur".
Alors, tu as abandonné, finalement ? Réfléchis deux secondes avant de parler, Victor ! Je t'ai raconté, il n'y a pas si longtemps, mon deuxième échec au permis de conduire : c'est donc que je ne me suis pas découragée ! Evidemment, évidemment... Excuse un vieil homme gâteux... Je te pardonne. Mirabelle, ce n'est pas pour critiquer les objectifs de cet article mais... Tu avais dit que notre discussion d'aujourd'hui, ainsi que celle d'hier, serait drôle. Je dois dire que moi, cela ne m'a pas fait rire du tout. A vrai dire, j'étais plutôt navré pour toi. Eh bien... Il est vrai que j'avais décidé de mener cette conversation d'un ton ironique, d'utiliser l'auto-dérision. Mais je m'aperçois que j'ai encore du mal à rire de tout ça. Du coup, je me suis laissée emporter par les sentiments qui m'ont envahie au moment de l'accident : la peur et le découragement, principalement. Je voulais que cet article soit drôle : bien malgré moi, c'est raté...
Coucou Mirabelle, Tu te souviens de moi ? La fille qui a abandonné la conduite...et qui n'a toujours pas repris d'ailleurs...et qui n'en a pas véritablement envie mais qui complexe plus que tout à cause de cela !N'abandonne pas à cause de cet accident ! Ce n'était pas du tout de ta faute à dit ton moniteur ! Bon Courage,Karine.
Bonjour Karine ! Ca me fait plaisir d'avoir de tes nouvelles ! Cet accident etait reellement stupide et avec le recul, je sais que ce n'etait pas de ma faute mais sur le coup, j'etais tellement choquee que j'ai beaucoup culpabilise !<br />
Pourquoi ne reprends-tu pas la conduite ? Plus on retarde les choses, plus on aura du mal !<br />
A tres bientot ! Bon courage a toi aussi !
S
Sev
12/09/2006 19:25
Et bien Mirabelle, quelle aventure, je comprends tout à fait que tu ne te sentes pas bien apres ça !C'est toujours plus "choquant" quand on n'est pas responsable, ton moniteur a raison, tu n'aurais rien pu faire, au mieux tu aurais pu voir dans le retroviseur qu'il s'approchait dangereusement et tu aurais pu prévoir et donc encaisser un peu mieux le choc.Pas de découragement inutile, tu vas finir par y arriver : tu n'y croyais pas quand tu as passé tes concours et puis tu les a eu haut la main, donc la c'est pareil, il faut prendre un peu confiance en toi !
Quand je suis rentrée chez moi après cet accident, j'étais complètement choquée ! Ca en était presque comique ! Mais presque seulement !Ne t'inquiète pas, Sev, je persévère, je persévère...
C
Christian de nissa
12/09/2006 15:57
Je corrige mon commentaire Mirabelle"Sachons valoriser les capacités et gommer les faiblesses des uns comme des autres"
Voilà un blogueur attentif à ses propres erreurs ! ;-) J'aime l'attention que tu portes à la langue, Christian !
J
JTV
12/09/2006 15:15
Bonjour.<br />
Bien tes deux articles successifs semblent confirmer la première impression...JTV de pesner que tu as une image négative de toi en tant que conductrice.Tu ne cherches pas à te valoriser c'est tout le contraire.Dès qu'il y a un problème , tu ne ressors que de la causalité interne alors qu'aparemment il s'agissait que de causalité externe..<br />
Ne me dis pas que tu ne sais pas conduire pas tenir ton volant..Ton apprentissage est lent et progressif mais tu vois le paliers comme une succession d'épreuves tu ne positives peu souvent sur tes compétences ou capacités.Oui à t'écouter à priori tu es limite danger public.Attention Mirabelle JTV va te mettre une fessée si tu continues dans cette optique.^^<br />
Il semble pr JTV que le plus difficile pr toi n'est pas en soi la conduite .C'est un travail sur toi même.Tu vois que tu progresses doucement peut etre trop , ce n'est peut etre pas tes "habitudes" et peut etre que tu l'acceptes plus ou moins.Ben si il faut que tu le passes une troisieme fois c'est pas un drame l'important c'est que tu franchisses ce palier personnel et non directement lié à tes compétencesde pilote.<br />
Le principal problème chez moi, selon mon moniteur, c'est que je me "mets la pression"... Je crois que, malheureusement, tout est dit !
C
Christian de nissa
12/09/2006 12:40
Gros bisous Mirabelle mais c'est super tout ça ! Tu avais à coté quelqu'un pour te réconforter. Puis, ce n'était pas ta voiture.On peut avoir une tête bien faite, être capable d'écrire et plûtot bien. Donner des conseils, apprendre aux autres ... Et se rendre compte qu'il est des choses difficiles pour les uns et tellement facile pour d'autres.Pourquoi vouloir que tous soient dans le même moule. Sachons valoriser les capacités des uns et gommer les faiblesses des autres, en fournissant l'effort pour apprendre et alors avoir confiance (en soi). N'est-ce-pas ton métier ca ?
"Et se rendre compte qu'il est des choses difficiles pour les uns et tellement facile pour d'autres" : comme tu as raison ! Je m'aperçois que le permis est une réelle difficulté pour moi, alors que d'autres butent sur les études, par exemple, en ayant une réelle facilité pour la conduite... Comme quoi ça dépend des gens !