Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor,
En faisant mes valises tout a l'heure, j'ai soudain realise que je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai pas. Ca m'a fait tout drole... Une page se tourne, comme on dit. J'ai passe presque trois mois de ma vie dans une petite chambre avec une collegue d'IUFM. Ca cree des liens, je peux te le dire. Trois mois, c'est quoi ? Rien en theorie. Mais tant de choses ont change !
J'ai ouvert grand mes yeux, j'ai ri a gorge deployee, pleure a chaudes larmes parfois, reve a des retrouvailles qui se rapprochent, bu des bieres, danse sur de la techno (je deteste la techno), chante de l'opera a pleins poumons dans mon flat, declanche l'alarme a incendie. J'ai tire des traits, entame de nouveaux chapitres, ai trouve des reponses a certaines questions. J'ai pris un bus jaune, parle de Perrault a une classe de trente personnes (en anglais s'il vous plait !), me suis gavee de bacon et de cheddar. J'ai fete Noel avec une Galloise, fait de grands projets avec une Allemande. J'ai laisse mes cheveux pousser. J'ai dormi avec un pyjama troue, visite la maison de Shakespeare, epuise une carte telephonique en trois quarts d'heure. J'ai reve de rentrer, puis de partir, puis les deux a la fois. J'ai hume l'air pollue de Londres et j'ai aime ca. J'ai reve les yeux grands ouverts.
J'ai fait mes valises, tout a l'heure. L'appartement est presque vide desormais. Un appartement ou nous avons ri, ronfle, erre en pyjama, mis Jean-Jacques Goldman a fond les manettes. Un appartement ou nous avons fait seche petites culottes et soutien-gorges quand le seche linge ne sechait pas le linge (oui, Victor, ca arrive...), un appartement ou nous avons echange idees, projets, reflexions, coups de gueule, coups de tete, coups de joie. Je m'etais habituee au grincement du sommier, habituee a me cogner le coude systematiquement sur le placard en me tournant et me retournant dans le lit. Je m'etais habituee a la ventilation et a la lumiere rouge du dispositif de l'alarme a incendie. Je m'etais PRESQUE habitue aux cris et rires de mes voisins bourres dans le couloir. J'avais pris mes reperes. C'etait devenu un peu... Mon chez moi.
J'ai fait mes valises, tout a l'heure.
J'ai realise que je ne reviendrai pas.
Life is life.