Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Juste parce qu'on m'a conseillé de lever le pied un peu, et que je n'attendais que la bénédiction de mes proches pour courir te rejoindre, me voici donc, après une semaine d'enseignement. Que dire à ce sujet... Ce n'est pas la peine de venir me voir si tu n'as rien à dire ! J'avais osé espérer que tu parlerais sans même reprendre ta respiration ! Mais à ta mine déconfite, je devine que ce stage est bien loin de se dérouler tel que tu l'avais prévu...
Que dire, effectivement. Je n'ai jamais été aussi crevée. Je n'ai jamais autant pleuré. Et surtout, comme je le disais dans l'article précédent, je ne me suis jamais sentie aussi seule. Ah... Parlez moi des soupirs devant la dictée de mots ratée ! Parlez-moi des soirées de découragement, des fiches de prep' à rédiger... Du sommeil qui manque, des traits tirés, des larmes au réveil, des larmes au retour....
La vérité, c'est que je suis larguée dans la fosse aux lions sans armes pour les combattre. Ma première semaine a été, pour être tout à fait sincère (et l'IMF qui m'a visitée mardi dernier, bien que l'ayant formulé dans d'autres termes, partage cette opinion), lamentable. Une gestion de classe pitoyable. Des situations d'apprentissages inexistantes. La fatigue, le découragement, le doute. Mais quand même, toujours, au fond, l'espoir. Et le souvenir. Le souvenir de ces instants de dépassement, qui me font m'entêter dans la voie que je me suis choisie. Je me revois pleurer, à bout de souffle, après mes entraînements au 1500m. J'entends encore mon père répéter, répéter encore : "Ne lâche pas, Mirabelle, ne lâche pas ! Tu le veux, ce concours, dis ? Hein ? Tu le veux ?". Et je me dis que JE N'AI PAS FAIT TOUT CA POUR RIEN. Le concours, ce satané concours, me paraissait insurmontable, inatteignable. Or, je l'ai surmonté, je l'ai atteint.
Alors oui, j'ai été effondrée pendant une semaine. J'ai été effondrée, dépassée, démunie. Solitude devant les fiches de prep' pas remplies : qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur faire faire demain ? Solitude face à quelques gaffes (ben oui, on ne me changera pas) d'ordre administratif dès le premier jour de classe, et que je vous raconterai, sitôt ce stage terminé et vous rigolerez bien, je vous assure...
Je ne suis pas encore instit'. Et contrairement à ce que j'ai crié tous les toits dès ma PE1, JE NE ME SENS PAS INSTIT'. Non. Là, en ce moment, il me semble juste être une "petite jeune" qui fait ce qu'elle peut et qui ne peut pas grand chose. Le processus identitaire sera long à se mettre en place. Chaque jour, les gamins m'aident à grandir et j'apprends de mes conneries, de mon bordel, de mes tentatives de bien faire qui tournent, pour l'instant, quasiment toutes à l'échec.
On m'a dit que j'improvisais. Remarque cinglante, qui pourtant, ne tient pas compte des heures passées à bosser, des week ends qui n'en sont pas, des récréations passées à travailler seule dans ma classe au lieu d'aller prendre le café avec les collègues.De mes six heures de sommeil de plus en plus lourdes à porter.
Telle que tu me vois ce soir, Victor, je me suis fixée deux objectifs : mieux gérer ma classe et mieux gérer mon temps. Et puis préparer toutes mes fiches de prep' pour le lendemain. Tu ne les fais pas toutes ? Non. Impossible. Pourtant, je ne reste pas sans rien faire. Je me couche à 0 h 30 tous les soirs, plus tard en week-end. Mais mon inexpérience entraînant une certaine innefficacité, je suis, bien souvent, "à la ramasse" pour le lendemain. Et je frôle les frontières de l'animation ! Aie aie aie ! Comme tu dis.
Telle que tu me vois ce soir, Victor, je n'en peux plus. Mes collègues PE2, sont, eux aussi, sur une pente rude. Certains se posent des questions sur leurs vocations. D'autres songent à démissionner. Pas moi. Pas moi. Je veux toujours être instit'. Pour l'instant, je l'avoue, je suis parfaitement nulle. Mais je veux toujours être instit', mon idéal me tient, encore. Et c'est ce que je retiens. C'est ce qui me permet de retourner, tous les matins, à l'école avec une envie de mieux.
Comme tu me rassures !<br />
Je m'imaginais être seule dans ce cas. Seule à galérer avec tes doutes, les remarques désobligeantes de gens qui te visitent et te jugent sur une seule séance, si courte finalement.<br />
A devoir justifier de la moindre parole prononcée (comment ça qu'est ce que j'ai dit au moment de distribuer la feuille? Je sais plus moi, c'était il y a une heure), à montrer de jolies fiches de prep et t'entendre dire qu'elles sont mal faites, trop longues ou trop courtes, que mettre les réponses attendues des élèves c'est du remplissage de fiche, que ne pas mettre les réponses attendues, c'est ne pas avoir préparé suffisamment (logique n'est ce pas ?)<br />
Merciiiiiiiiiiiiii.
Tu sais, je pense que nous sommes très très nombreux dans ce cas. Vraiment. Et c'est vrai que ça aide de pouvoir en discuter entre nous. Quand on rentre chez soi le soir, on se sent mieux et on relativise. Ton commentaire m'a fait sourire car c'est vrai que les remraques des visiteurs sont contradictoires, parfois. Un coup on nous dit qu'on prépare trop, l'autre on nous dit que ce n'est pas assez. Ce n'est pas évident de débuter et cela l'est encore moins dans ces cas là ! :D"A devoir justifier de la moindre parole prononcée" : oh oui, c'est vrai ! Cela m'est arrivé aussi ! En GS, pendant une séance de lecture. Un enfant avait repéré un mot. Je voulais savoir comment il avait fait et moi, par une façon de parler très "naturelle", je lui dis : "Comment as-tu deviné le mot ?". Mon visiteur n'a pas apprécié : "la lecture n'est pas une devinette !" m'a-t-on dit. Je le savais bien évidemment. Sur le coup, j'étais un peu dégoûtée mais je me dis que n'importe quel instit', qu'il soit expérimenté ou non, peut parler familièrement, dans une relation spontanée avec les élèves. Là, j'ai trouvé que, quand même, on jouait un peu sur les mots et que c'était me chercher des poux ! Enfin... C'est le jeu de la PE2 !Bon, je suis contente de savoir que je t'ai rassurée. C'est vrai que ça fait du bien de se rendre compte que d'autres galèrent aussi ! Tu n'es pas seule, Paprika ! ;-)
B
Bruno
18/03/2007 13:29
Bonjour, Mirabelle. Je passe par là, et cet article m'a donné envie d'y répondre. Je ne suis pas prof, et plus aussi jeune que toi. Mais je pense pouvoir te dire que dans quelques années, tu seras une maîtresse expérimentée, et tu te souviendras avec amusement de ces débuts. Nous en passons tous par là: premier emploi, sensation d'être "à la ramasse", de tout faire mal etc. On apprend par l'erreur et l'échec, c'est une constante. On s'améliore avec le temps et la pratique. Il faut l'accepter, et faire son chemin sereinement, avec volonté et et patience. Bon courage.
Merci pour ce passage, Bruno ! Effectivement, ce qu m'aide à tenir, c'est de me dire que dans quelques années, ça ira mieux ! Je vais prendre de l'assurance, peu à peu, et avec l'expérience, les séances foireuses arriveront de moins en moins, je l'espère. Aujourd'hui, j'arrive en fin de stage. Ce que je peux dire (et certaines personnes de mon entourage l'ont remarqué) c'est que je suis nettement moins stressée qu'au début. La preuve : demain, c'est ma validation et je prends quand même le temps de répondre à ce commentaire ! Il y a deux semaines, j'aurais passé ma journée entière à travailler, angoisser et finir en larmes... Il y a du progrès ! :D (il u en a au moins dans ma manière d'appréhender ce stage, car je ne sais pas vraiment si je suis plus performante en classe qu'au début...)
P
Patrice Lucquiaud
16/03/2007 00:40
Bien la pugnacité malgré les déceptions et les désillusions, ça renvoit les doutes aux orties ... Perséverance . Bravo . il faut tenir coûte que coûte <br />
Amicalement des farfadets
Oui, c'est ce que je me dis tous les soirs quand je lutte contre la fatigue : "il faut tenir coute que coute !". On essaie, on essaie... Bonjour aux farfadets.
R
Rosa Negra
15/03/2007 14:54
Quand j'ai fait mon stage, au semestre dernier, le professeur m'a un peu parlé de ses fiches de préparation. Il n'y passait pas vraiment beaucoup de temps et ce depuis le début. Il écrivait ce qu'il comptait faire dans les très grandes lignes. Plus l'année avançait plus il se doutait de ce que les élèves allaient bien pouvoir lui dire alors il en tenait compte. Et il disait que s'il n'avait pas fini son programme du jour ça n'avait aucune importance tant que les enfants avaient bien compris ce qu'ils avaient eu le temps de voir et tant qu'ils avaient rattrapé le retard pour les évaluations. En fait, moins ses fiches étaient précises plus il était à l'aise, qu'il a dit le monsieur ^^
C'est vrai que chacun a sa manière de faire. Et parce qu'on ne détaille pas ses fiches de prep', ça ne veut pas dire qu'on a pensé à ce qu'on fera, ni que la séance ne sera pas efficace. Mais bon... C'est le genre de comportement qu'on peut se permettre quand on a sa classe. C'est plus difficile à tenir quand on a une validation et qu'il faut justifier nos moindres faits et gestes !
T
tagada
12/03/2007 23:23
Un petit coucou pour t'encourager Mirabelle! je comprends très bien ton sentiment de solitude, j'en fais règulièrement l'expèrience les jours (encore nombreux...) où mes 6e n'accrochent pas du tout, ou je me dis que si je n'arrive pas à gérer des 6ee, je ne ferais jamais face à des 4e ou 3e... bref PlC2, PE2 même combat j'ai l'impression!<br />
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Mais l'important c'est de s'accrocher, parce que c'est LE métier qu'on a choisi, parce qu'on a la foi, et parce que tout s'apprend, on ne nait malheuresement pas prof ou instit', on le devient... Et comme tu le dis si bien, on apprend chaque jour de nos erreurs et de nos gaffes (moi je suis la reine... lol)<br />
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Bon courage à toi Mirabelle, et puis après tout, on arrive doucement, mais surement, à la fin de l'année scolaire, et vivement la rentrée prochaine!<br />
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Et un gros bisous à victor aussi, mon auteur favori, ma découverte littéraire de lycéenne! lol