Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor,
Alors, on continue dans tes souvenirs d'enfance aujourd'hui ? Cela m'a l'air de t'emballer ! Je dois dire que j'ai beaucoup aimé ton article précédent ! Et j'ai hâte que tu poursuives ! Tu m'en vois ravie !
Dès que j'eus maîtrisé la technique graphique de l'écriture, dès qu'elle fut assez automatisée pour me permettre de me concentrer sur mes idées, je commençai à écrire des petites histoires, minuscules, sur des feuilles blanches. Un chat, un petit garçon et une tortue (j'imagine que Boule et Bill avaient dû passer par là...). Ma maman corrigeait mes fautes d'orthographe. Elle avait relié les feuilles blanches entre elles : "tu vois, tu as écrit un vrai livre". Un vrai livre... J'en étais toute retournée !
Vers l'âge de huit-neuf ans, ma facilité d'écriture se développa : j'écrivais de plus en plus, mais seule, sans l'aide de personne. Un jour, j'ai pris un cahier bleu de cent quatre-vingts pages (je l'ai encore à la maison) et c'est là que tout a débuté. L'histoire d'un chien, Spot, un berger Allemand. Un petit garçon, Yann, l'adopte, et le cache à de ses parents. Une grande amitié naît entre eux. Dans ma tête de petite fille, c'était un livre, un vrai. J'avais collé une photo de chien sur la couverture de mon cahier (un caniche, mais quelle importance, dis-moi ?) puis fait une page de garde. Ecrit en gros mon nom, et le titre de mon livre. J'avais même divisé mon oeuvre en chapitres, et fait des illustrations pour accompagner le tout ! Et tout ça me prenait un temps fou... Je passais des journées entières dans ma chambre à écrire, et me forçais à une certaine discipline. Je me laissais emporter par mes idées. Bientôt, mon cahier fut rempli par ma petite écriture penchée d'écolière. J'enchaînai alors sur un deuxième tome, en inventant de nouveaux personnages, de nouveaux lieux, qui évoluaient en même temps que moi. Un voyage à New-York, par exemple, ou une amourette d'enfants entre Yann et Clara, sa jolie voisine ! Il y eut un troisième tome. Je faisais lire mes écrits à mes parents, qui n'hésitaient pas à me faire part de quelques incohérences. "Je suis écrivain !" me disais-je. J'étais si fière ! Si fière !
Parfois, je tire des cartons "mes premiers livres". Je ressors aussi mes cahiers de primaire... Je relis mes rédactions. J'ai toujours un sourire pour les sujets que je traitais à l'époque, surtout quand je m'aperçois qu'ils étaient parfois plus originaux que je ne le pensais : j'ai plaisir à relire cette histoire de l'automne, que j'avais rendu sous les traits d'un personnage volant, plein de feuilles, qui emmenait un petit garçon se promener avec lui dans la campagne. Je l'avais nommé Totone. J'aime relire tout ça. Je suis face à la petite fille que j'étais, à mes rêves d'écriture... Et cela donne envie à la jeune femme que je suis devenue de satisfaire cette petite fille, de ne pas baisser les bras devant ses exigences...