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Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.

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Mamie

Mon cher Victor,

Je suis encore toute retournée. Par quoi ? Par cet article de Laflote. Je l'ai lu également... Il est vrai qu'il est bouleversant. Je m'y suis tant retrouvée ! Je n'ai pas pu laisser de commentaire. Je n'aurais pas trouvé les mots justes... Mais je voulais tout de même, à ma manière, réagir à cet article.

C'était il y a un peu plus d'un an. Après de longs mois clouée sur un lit d'hôpital, ma grand-mère nous a quittés des suites d'un accident vasculaire cérébral. Je revenais d'un cours de grammaire anglaise. J'ai trouvé sept ou huit appels en absence sur mon portable, tous de la part de ma mère. Puis mon téléphone a sonné. Voix blanche de Maman. Mon sang se glace, ma gorge se noue. Oui, ma mamie est morte. Je rentre chez moi dans une sorte de brouillard, sans trop savoir comment. Un pied devant l'autre, machinalement. Je n'ai plus aucune conscience de ce qui m'entoure. Je ne pleure pas. Je suis hébêtée, complètement hébêtée. C'est la voix de ma mère que je retiens surtout. Sa difficulté à prononcer ces trois mots : "Elle est morte.". La mort, à mes yeux, ce n'est pas cesser d'exister. C'est admettre qu'un être cher peut s'en aller. Qu'on ne le reverra plus...

Parfois, je regrette d'avoir assisté à la mise en bière. Quand nous patientions dans le couloir, j'ai entendu le son zippé de la fermeture éclair. J'ai tout imaginé. Je ne connais rien de plus terrible, de plus frontal, de plus réaliste pour caractériser la mort. Je l'ai embrassée sur le front. Elle était glacée. Je ressens encore ce froid glacial contre mes lèvres.  Mon père et mon oncle ont soulevé maladroitement ses bras pour placer des photos de famille contre sa poitrine. Ils sont retombés dans un claquement. Rigides. Froids. Nous lui avons caressé les cheveux, délicatement, comme pour ne pas lui faire de mal. Elle semblait plus vieille encore qu'auparavant. Son visage se tordait dans une grimace. Elle avait son gros gilet bleu, celui qu'elle avait tous les dimanches, quand nous passions la voir chez elle. Comme c'était étrange, cet habillement si familier, face à ce corps inhabité... 

J'avais énormément de représentations erronées d'un enterrement. Je n'avais jamais perdu un proche. J'imaginais que je m'effondrerais dans l'église. Cela fut effectivement le cas, mais le plus terrible fut l'arrivée du corbillard. Ce corbillard qui contenait le cercueil. Ce cercueil où reposait ma grand-mère. Nous attendions devant l'église. La voiture est arrivée. Elle a fondu sur nous comme une réalité irrémédiable, qu'il ne servait plus à rien de nier. J'ai éclaté en sanglots. On a sorti le cercueil. Pénétré dans l'église. Il faisait très froid. La messe a débuté. L'orgue se lamentait, accentuait le caractère funèbre de cette matinée. Je pleurais sans pouvoir m'arrêter. La main de J. serrait la mienne, sans un mot. On n'entendait que moi dans l'église. Je tentais de me raisonner, de me calmer, mais les larmes se précipitaient, dans des cris de quasi hystérie. J'hoquetais. La morve coulait le long de mon nez. J'étais incontrôlable.

Vint le moment où je dus me lever et lire le texte que j'avais écrit pour elle, la veille au soir. J'y avais mis tout mon coeur. Pas de pathos. Juste mes souvenirs d'enfance... Les éclairs au chocolat, les parties de dominos, le robinet dans la petite cour. La première phrase que je prononçai ne fut qu'une succession de hoquets. Mes yeux embués de larmes m'empêchaient de lire correctement. Je me suis reprise, je ne sais comment. J'ai pensé à elle. A moi. A la petite fille que j'étais. Aux souvenirs merveilleux qu'elle me laissait. J'ai lu mon texte de toute mon âme. J'ai vu ma mère laisser libre cours à sa peine. Elle, si courageuse jusque là, qui avait lu toutes les prières, allumé tous les cierges, assumé toute l'organisation de l'enterrement sans la moindre larme, a éclaté en sanglots. "C'est magnifique, Mirabelle, ce que tu as écrit pour ta grand-mère..." m'a-t-elle dit en sortant de l'église. Quand nous l'avons mise en terre, j'ai jeté mon texte sur le cercueil...

Aujourd'hui, je me plais à penser qu'elle est quelque part. Je me plais à penser qu'elle est près de Dieu, elle qui y croyait tant. Moi, Mirabelle, je ne crois pas en Dieu. Mais pendant la messe, l'idée qu'il y avait quelqu'un pour l'accueillir, pour la recueillir, m'a fait un bien immense. L'idée qu'elle n'était pas seule. Qu'elle avait trouvé la paix. Et qu'elle me regardait, de là-haut, qu'elle m'encourageait à poursuivre mon chemin, elle qui, par manque d'argent, malgré un certificat d'études obtenu brillamment, n'a jamais pu réaliser son rêve : devenir institutrice...

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K
moi je peux vous dire que je suis confronté a la tristesse tous les jours et que l'on ne s'y fait jamais!!!! je travaille dans un hopital en gériatrie et je suis agent de soins hospitaliers,et j'accompagne et soigne les personnes en fin de vie!!!!! c'est trés dur environ 5ou 6 décés par semaine!!!! mais le plus dur c'est quand ca nous arrive et que l'on perds un proche ,on s'en veux un peu,d'avoir moins de peine que les autres!!!!!!! c'est normal que tu ressentes ce genre de choses !!!! tu es humaine et tu as du coeur!!! voila!!! bizzzz
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M
Merci pour ce témoignage, krybaby. Quand j'allais voir ma grand-mère à l'hôpital, j'étais complètement effrayée. Pour la plupart, les patients étaient en fin de vie, et âgés, et j'admirais ces infirmières, ces médecins, qui faisaient leur travail, souriaient... Qui apportaient encore de la vie à tous ces gens ! Il faut être fort, psychologiquement, pour faire un tel métier. Je me souviens que la première fois que j'ai été voir ma grand-mère à l'hôpital après son accident (elle était déjà paralysée), je ne m'attendais pas à la voir si mal en point, et cela m'a fait tant de mal que j'ai dû sortir de la pièce pour pleurer tout mon saoûl à l'extérieur. J'avais honte de pleurer autant (et pas discrètement en plus...) mais une infirmière est passée et m'a regardée avec une bienveillance, une tendresse que je n'oublierai pas. Elle m'a souri. J'ai apprécié.
L
Bouh ! Tu m'as mis la larme à l'oeil ! Je vais aller voir Laflote aussi alors ...
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M
Pourtant, j'ai essayé de ne pas y mettre trop de pathos. Je déteste le pathos. Je crois que l'émotion n'a pas besoin qu'on en fasse des tonnes pour qu'elle soit réelle. N'oublie pas ton mouchoir pour lire celui de Laflote ! ;-) Gros bisous Lafleur !
O
J'ai moi aussi lu celui de Laflote qui m'a beaucoup touché et qui m'a aussi donné l'envie d'en parler.<br /> Ton récit est beau et ce texte que tu dis avoir lu m'a émue... et tu as déclanché une envie de décrocher mon téléphone pour appeler ma mamie loin de moi... et j'ai eu envie de lui parler de  tous les bonheurs que j'ai pu partager avec elle, de tous les souvenirs qui sont gravés dans mon coeur. Même si je ne suis pas sure qu'elle est tout compris, cela m'a fait énormément de bien... Merci à toi Mirabelle pour cet instant de bonheur.
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M
"et tu as déclanché une envie de décrocher mon téléphone pour appeler ma mamie loin de moi... et j'ai eu envie de lui parler de  tous les bonheurs que j'ai pu partager avec elle, de tous les souvenirs qui sont gravés dans mon coeur. Même si je ne suis pas sure qu'elle est tout compris, cela m'a fait énormément de bien... " : Tu as très bien fait d'appeler ta grand-mère ! Il faut toujours penser que tout peut s'arrêter un jour ! Il ne faut pas en faire une obsession non plus (cela peut empêcher de vivre) mais il faut en être conscient. Il faut dire aux gens qu'on aime qu'on les aime. C'est primordial. Et cela m'a fait très plaisir de lire cela, Océane ! :D Gros bisous !<br />  
S
Je n'ai pas eu le courage de laisser un commentaire à Laflote, idem pour Marionnette, et pour Mel, et voila que toi aussi tu t'y mets Mirabelle.... Je te trouve admirable d'avoir pu regarder ta grand mère une fois décédée, et surtout d'avoir pu écrire et lire un texte lors de l'enterrement. as tu ressenti un soulagement une fois que tout etait fini, au moment ou la famille repars du cimetierre en evoquant le defun ? (je me sens coupable de ce sentiment qui m'a envahit à chacun des trois enterrements auxquels j'ai assisté alors que la minute d'avant j'étais effondrée comme tu le décris si bien)
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M
Comme je le disais à Laflote dans la réponse à son commentaire, c'est réellement son post qui m'a poussée à écrire cet article. J'étais dans un état d'esprit assez spécial et j'avais besoin d'écrire. C'est chose faite...<br /> "Je te trouve admirable d'avoir pu regarder ta grand mère une fois décédée, et surtout d'avoir pu écrire et lire un texte lors de l'enterrement. ": je me souviens avoir absolument tenu à assister à la mise en bière. De nous quatre (ma mamie avait quatre petites filles) j'étais la seule à vouloir le faire. On m'avait prévenu que c'était un moment très difficile. C'est vrai que cela avait quelque chose d'absolument atroce et en même temps, malgré le choc de ce corps sans vie, j'ai réussi à la voir elle, vivante, avant de voir ce corps gelé. C'est peut être pour cela que ce baiser froid sur son front m'a autant choquée... Je ne sais pas. Quant au texte... J'avais besoin de l'écrire. J'ai toujours été très puriste, et à mes yeux, écrire un texte et le lire lors de la messe était un hommage que je devais rendre à ma grand-mère. Je voulais parler de mon enfance. De sa maison. De son chien. De nos petites habitudes le dimanche... J'ai eu beaucoup de mal à le lire mais en le lisant, j'avais l'impression d'être "en phase" avec quelque chose de supérieur, que je ne saurai pas expliquer.<br /> "as tu ressenti un soulagement une fois que tout etait fini, au moment ou la famille repars du cimetierre en evoquant le defun ?" : Pas du tout. Au contraire. Je n'acceptais pas que ce soit terminé. J'ai trouvé que l'enterrement s'était terminé d'une manière très brutale. Et il m'a fallu des mois pour arrêter de penser que ma grand-mère était enfermée dans une boîte enfouie dans la terre. Cette idée a été difficile à supporter. L'idée d'un corps en décomposition y est sans doute pour beaucoup...<br /> "(je me sens coupable de ce sentiment qui m'a envahit à chacun des trois enterrements auxquels j'ai assisté alors que la minute d'avant j'étais effondrée comme tu le décris si bien)" : Chacun a sa manière de réagir. Je comprends tout à fait qu'on puisse être soulagée, tu n'as pas à culpabiliser. Après tout, être soulagé, c'est la preuve que la vie continue. Et c'est ça le plus important. Au contraire, je trouve que c'est un beau réflexe de vie... <br /> Gros bisous, Sev !
L
@ Ma2thieu : merci.<br /> @ Mirabelle : très beau et très touchant ton post. Lorsque les choses se passent cmme elles le devraient, ce sont nos grands-parents qui nous "apprennent" la mort, celle en direct, qui rend concret ce mot chargé de tant d'autres maux... BIZ :-)
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M
Merci, Laflote. J'y ai mis beaucoup de coeur. C'est "drôle" (c'est une expression, évidemment...) j'avais un besoin viscéral de l'écrire. Ton post a réveillé énormément d'émotions chez moi et j'avais besoin d'extérioriser mes sentiments...