Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor,
Vendredi matin, 8 h 45, j'étais sur le pont pour mon épreuve d'anglais. Encore traumatisée par ma tentative d'obtention de ce permis à la noix, j'envisage ce nouvel examen avec une certaine sérénité, ou du moins, sans beaucoup angoisser, toute préoccupée que j'étais par mon statut de "phénomène d'auto-école". Tu exagères, comme toujours... Peu importe.
Je tire au sort mon heure de passage : 10 h. D'abord esseulée, je trouve le moyen de papoter avec deux candidates, qui me racontent leurs déboires avec la langue anglaise. Je les écoute patiemment, souris avec compatissance, jusqu'au moment où elles s'inquiètent de mon niveau. Tu leur as répondu quoi ? Que "cela devrait aller"... Elles me lancent un regard perplexe, qu'elles justifient par un "Comment cela se fait quand on entend tout le monde se plaindre de ses piètres capacités ?". J'ai fini par lâcher que j'avais fait des études d'anglais. Et là...
- Ah ! Eh bien dans ce cas-là je ne vois pas pourquoi tu te plains ! Ca va aller comme sur des roulettes !
Bien... Tu t'étais plainte ? Il ne m'avait pas semblé. J'aurais trouvé ça indécent ! Bref. 10 h sonnent. Je caracole en tête pour aller préparer le texte. Cette fois-ci, ni mains qui tremblent, ni crampes dans le ventre. Juste la joie de renouer avec une langue que j'adore. Au signal du serveillant, je retourne le sujet. C'est un texte sur l'obésité en Grande-Bretagne. Il est court. Plutôt facile. Sans trop de vocabulaire. Et surtout, j'y vois beaucoup de prolongements avec la culture française. En rédigeant mon introduction, je suis toute excitée : peut être vais-je réussir à me démarquer des autres ? La demie-heure de préparation s'écoule à vitesse grand V.
Bientôt, je suis face au jury. Une professeur de collège et un conseiller pédagogique spécialisé dans les langues étrangères, fort beau au demeurant, ce qui, tu peux t'en douter Victor, ne gâche rien... J'imagine ! J'engage mon exposé. Ils me font lire un paragraphe de l'article. J'insiste sur les accents toniques. Puis ils engagent la conversation. La conversation ? C'est une partie entretien où le jury évalue les reflexes du candidat. C'est de loin le moment le plus intéressant, celui où il peut réellement juger de ses aptitudes dans la langue. Ca part dans tous les sens. Nous voilà embarqués sur le "Tea Time". Puis vient la spécificité de la culture alimentaire de la Grande-Bretagne par rapport à la France. Toutes sortes de petites questions auxquelles je tâche de répondre de mon mieux. Déjà, c'est la fin. Et quelle est ton impression sur cette épreuve ? On ne peut jamais vraiment savoir mais il me semble que cela s'est plutôt bien passé. Je n'ai pas été désarçonnée par leurs questions, et je n'ai pas fait beaucoup de fautes de langue me semble-t-il. J'espère obtenir une très bonne note, je sais que j'en suis capable. Tant mieux, tant mieux... Cela fait plaisir à entendre, ce genre de choses !
Je suis soulagée, Victor. Soulagée de quoi ? De t'en être bien sortie en anglais ? Tu n'as jamais eu de difficultés dans cette matière, me semble-t-il ! Non. Soulagée d'ETRE CAPABLE dans un domaine précis. Explique-moi ça... Eh bien, pour en revenir au permis... Tais-toi, Mirabelle, je sens que tu vas m'énerver ! Ah bon ? Oh oui ! Tu vas dire que tu n'auras jamais le permis, et gningningnin, alors que tout le monde est capable de l'avoir et pas toi... Tu vas tout dramatiser, comme d'habitude ! N'est-ce pas ? Heu... C'est bien ce que je disais ! Bon, allez, pour la peine, offre-moi un deuxième café !