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Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.

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Une journée à l'IEM : la différence (2)

Mon cher Victor,

Poursuivons cet article. J'ai décidé de le saucissonner en quelques conversations, pour ne pas rendre nos entrevues trop indigestes. Car je n'ai pas voulu "condenser" : cette journée à l'IEM m'a touchée à un point tel qu'il est impératif que j'en parle, et dans les détails !

Nous avons parlé hier du repas en compagnie des enfants. Après ce déjeuner, direction la salle des petits pour prendre le café avec les enseignants spécialisés, au milieu des enfants qui jouent. Là encore, on ne peut que "changer ses représentations" en observant des enfants handicapés jouer ensemble. C'est un plaisir ! Parce que ce sont, justement, des enfants, de "vrais" enfants (entre guillemets, bien sûr). Les insultes fusent ("eh vas-y toi ! T'es handicapé !" Si, si je vous assure...), les fauteuils roulants s'affrontent, et les "marchants" se poussent, s'écroulent par terre et se tordent de rire. Les différences se rassemblent et se complètent. On joue. Cruellement. Des enfants ordinaires... On va même jusqu'à dérégler le fauteuil roulant des copains ! Ah oui, effectivement... Pas de pitié !

Puis c'est la visite de l'Institut et des "ateliers", dans lesquels nous sommes dispatchés. Moi, Mirabelle, je suis en atelier bois, avec seulement trois élèves, quatre dans un deuxième temps. L'instituteur spécialisé m'expose le fonctionnement de la classe et les élèves se présentent. Et ce qu'ils me disent n'est ni facile à confier pour eux, ni à entendre pour moi... Les moqueries continuelles en classe ordinaire (plus souvent au collège et lycée qu'en élémentaire, bien souvent), le sentiment d'échec, le rabaissement de soi et le manque de confiance, le rejet du système scolaire. Les rêves qu'on ne réalisera pas : "je voulais être pompier","j'aurais voulu être gendarme". Et l'amertume, la mâturité, les déceptions... Comme une jeune fille, que j'appelerais Elise, en fauteuil roulant. Elise est émue en me racontant son parcours :

Je voulais être secrétaire. Seulement, je me suis renseignée sur Internet et pour être secrétaire, il faut un niveau 3ème au moins. Moi, j'ai... J'ai un niveau scolaire très bas... Alors je me suis dit... Enfin, je pourrai jamais faire ça, quoi... Bon... C'était l'année dernière que je m'en suis rendue compte... Cette année, j'essaie de trouver autre chose... J'aimerais bien avoir un CAT... Mais bon... C'est quand même dur... Parce que je voulais vraiment être secrétaire...

En regardant cette jeune fille, devant sa déception, je me suis sentie bête, chanceuse et inutile. Privilégiée. J'étais là, les bras croisés, à l'écouter. A ne pas savoir quoi dire pour la réconforter. Parce que la vérité, c'est qu'on ne peut pas trouver les mots. Ce que traversent ces personnes sera toujours pour nous, valides, du domaine de l'aperçu. J'entends encore les mots du directeur adjoint, pendant la réunion du matin :

"On ne peut pas se rendre compte, nous, valides, combien notre vie est simple, facile... Rendez-vous compte que beaucoup de locaux, aujourd'hui, qu'ils soient  publics ou non, restent innaccessibles à des personnes handicapés, bien que des efforts soient faits. Rendez-vous compte que quand moi, valide, je veux rentrer dans une pièce, pas de problème. Moi, valide, je ne prête pas attention au cadre de la porte. Je passe, c'est tout. Pour des personnes handicapées, dix malheureux centimètres font la différence. Et ils ne passent pas. Pareil pour cet interrupteur. S'il est bas, moi, valide, il ne me gêne pas. S'il est plus haut, moi, valide, il ne me gêne pas. Par contre, si pour moi, c'est simple, pour un handicapé, ce sera plus difficile. Il n'atteint pas le bouton, même en tendant le bras."

Je pensais à tout ça, en écoutant Dylan me raconter qu'il devait apprendre à prendre le bus pour rentrer chez lui. Que jusqu'ici, il y allait en taxi. Que c'était difficile. Que son souhait le plus cher était d'un jour avoir un travail, un appartement, des amis, une épouse. Bref. Une vie sociale épanouie. Etre autonome. Quand on entend un gamin de quatorze ans vous parler de ses difficultés en vous regardant dans les yeux, en faisant tout son possible pour accepter son handicap, quand on l'entend vous dire, malgré tout, qu'il pense encore aux humiliations subies au collège, qu'il a peur de sortir et de croiser le regard des gens, je peux vous dire que tout à coup, on se sent tout petit. Je peux vous dire, vraiment, qu'il nous donne une belle leçon d'humilité.

Et puis le directeur-adjoint est revenu me chercher pour retourner dans la salle de réunion avec le reste du groupe. J'ai remercié. Dit au revoir. Souri. J'ai refermé la porte derrière moi. Profondément bouleversée. Et pleine de culpabilité. Une culpabilité stupide mais incontrôlable.
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P
Oui, c'est là le choc ... se rendre compte combien pour soi tout est simple, facile d'accès, évident  et combien celà ne l'est plus pour la personne handicapée ...Il y a une notion qui m'a toujours révulsée . C'est jsutement de "nier" le handicap  en voulant qu'isl fassent  tout comme nous ... cela est plus invraissemblable pour les handicapés mentaux ... Ils ne seront Jamais comme nous et n'aurons pas accès aux mêmes chose que nous... Il faut rester lucide   et accepter leur différence . les prendre comme ils sont, pour ce qu'ils sont ...Parfois en voulant nier cette évidence on entraîne des situations grotesques  qui ne sont pas gratifiantes pour les personnes handicapées.A leur mal être n'ajoutons pas l'indignité ...Oui ici, ce sont des enfants mais des enfants qui savent qu'ils sont différents des autres enfants Leur mission est aussi de nous montrer que l'on peut vivre différemment  en repensant  nos modes de vie , nos critères de vie ,  nos vues del'existence ... Il faut adapter notre monde à eux et non pas , eux les contraindre à faire tout comme nous ... Tout cela mériterait d'être bien mieux développé ...Farfadet
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M
"Oui, c'est là le choc ... se rendre compte combien pour soi tout est simple, facile d'accès, évident  et combien celà ne l'est plus pour la personne handicapée ..." : oh oui... C'est vraiment un choc... Se dire que 10 cm de moins sur un cadre de porte peuvent tout changer... Ca fait drôle..."Il y a une notion qui m'a toujours révulsée . C'est jsutement de "nier" le handicap  en voulant qu'isl fassent  tout comme nous ... " : c'est malheureusement une attitude très commune..."Oui ici, ce sont des enfants mais des enfants qui savent qu'ils sont différents des autres enfants" : tout à fait. Comme le petit Johnny qui, à table, m'expliquait son handicap et détaillait le pourquoi du comment il avait un couteau spécial, un rebord d'assiette spéciale... Il sait qu'il est différent. Et le fait qu'il ait tenté de me faire comprendre cette différence, de me familiariser avec son quotidien, c'est quelque chose qui m'a touchée profondément...
M
Tu sais ce que je pense de tout ca, un mail est dans ta boite :-)
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M
Oui. Merci ! :D Je n'y croyais plus mais il est quand même arrivé ! ;-)
M
J'ai eu la même sensation que toi l'année dernière quand je me suis retrouvée en stage dans un institut sépacialisé. Cette première réaction de "mais qu'est-ce que je fais là ?" vite remplacée par une sensation de "normalité" dans ce petit monde particulier où le handicap n'est plus perçu de la même façon. <br /> J'ai passé quelques mois avec eux et ça a été une expérience très enrichissante ; j'adore chercher pour trouver des petits aménagements qui vont faire que grâce à ce tout petit détail l'élève va pouvoir apprendre "comme un autre". Et puis c'est une ambiance tout à fait différente des classes d'enseignement général car les enfants sont heureux d'être là (en comparaison des heures de réeuducation et autre opérations) et la pression sociale est moindre quand aux résultats d'apprentissage.<br /> je veux depuis un moment être prof des écoles spécialisée et même si ce n'est pas directement le public avec lequel je souhaite travailler ça m'a beaucoup plu.
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M
"Cette première réaction de "mais qu'est-ce que je fais là ?" vite remplacée par une sensation de "normalité" dans ce petit monde particulier où le handicap n'est plus perçu de la même façon." : oui, voilà !!! C'est tout à fait ça !!! :D A la fin de cette journée à l'IEM, j'étais tout à fait à l'aise ! Et je voyais les personnes, les enfants, leurs personnalités, avant de voir ces petits corps en fauteuils roulants ! Tu vois ce que je veux dire ?"je veux depuis un moment être prof des écoles spécialisée et même si ce n'est pas directement le public avec lequel je souhaite travailler ça m'a beaucoup plu." : cela doit effectivement être très intéressant et enrichissant... Cela m'interesserait moi aussi... Cependant, je préfère attendre d'avoir fait mes armes dans l'école ordinaire pour me lancer dans un enseignement plus dur, qui m'atteindrait sans doute plus dans ma personne. Je laisse l'idée et l'expérience faire leur chemin...
C
Quelle belle formation Mirabelle, et ce n'est pas fini. C'est pour cela, qu'enfant on aime nos maîtresses.
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M
Oui, c'est une belle formation ! Malheureusement, deux jours, ce n'est pas assez !
M
C'est génial que tu aies pu vivre tout ça... c'est important pour une instit d'avoir vu ce milieu là, je pense. j'imagine à quel point ça a du être bouleversant... C'est tellement dur pour tous, les handicaps. Pour celui qui le vit, ça lui pourrit l'existence ; pour celui qui le regarde, ça le heurte, non pas parce qu'il est rebuté mais parce qu'il ne peut rien faire. Notre impuissance devant cela est dégueulasse et dure. Ce ne devrait pas être possible de ne pas pouvoir aider quelqu'un. Or c'est le cas. Je me souviens de visites à l'hopital... une amie, toute jeune, toute fraîche, toute pure, victime du hasard et de la Douleur, et tout cela pourquoi? On voudrait se couper les cheveux pour les lui donner, mais ça ne servirait à rien... aïe aïe aïeComme dit Plum', prends le temps. C'est important de se retrouver après des chocs émotionnels. Bises
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M
Oui, c'est génial. Et c'est remuant. Parce que j'ai été confrontée à des enfants qui vont mourir jeunes, parfois très jeunes, et la mort, qui n'est par nature, pas facile à admettre, l'est encore moins quand il s'agit d'enfants ou d'adolescents. J'ai d'ailleurs pensé à toi à cause de cela... On se sent impuissant. Bête. Et coupable... Bise Marionette.