Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor, 
C'est fou comme la mémoire joue avec nous. Tout à l'heure, en me connectant sur MSN, je constate que le meilleur ami de J., JB de son prénom (ou plus exactement, d'après les initiales de son prénom, Jean-Baptiste, à l'origine...) semble avoir changé de photo sur sa carte de visite. Curieuse comme je suis, je clique dessus, le coeur léger. Malheur à moi... Douche froide.
C'est J., là, sur sa belle moto noire. Derrière lui, fier comme un gamin, le grand JB. Je la connaissais, pourtant, cette photo... Leurs airs d'enfants émerveillés m'avait touchée. J'avais beaucoup de tendresse pour cette photo... J'en ai toujours beaucoup.
Je l'ai contemplée pendant trois minutes. Le coeur battant. Submergée par la tristesse. Des petits détails me sont revenus. Son jean, ses tennis... Ce blouson qu'il me prêtait pour nos virées à moto. Un blouson dans lequel je me noyais, mais je sais qu'il aimait que je le porte... Et j'avais toujours un plaisir particulier à me sentir flotter dans ce vêtement trop grand, enveloppée par le parfum de J., avec le sentiment naïf d'être protégée.
J'ai été triste, Victor, en regardant cette photo. Triste de constater que certains détails que j'affectionnais plus que tout n'ont plus leur place dans ma vie. Ses tennis, par exemple, qu'il retirait à l'entrée. Son jean, qu'il laissait négligemment en bouchon sur la chaise de mon bureau. Il a suffi d'une photo, de cette photo, pour que la mémoire frappe à ma porte. Je la baillonne, ces derniers temps...
Si je te parle de tout ça, Victor, c'est parce que peu à peu, je prends conscience que c'est ça, aussi, faire le deuil d'un amour. Renoncer à des petites choses... Etre surprise, encore, par l'attachement. Prendre une claque quand la mémoire refait surface.
Et quelle est cette image jointe à l'article ? C'est un tableau de René Magritte. Plus parlant qu'un long discours : cet oeil, c'est le mien en regardant cette photographie. Dans cette pupille, ces détails, perçants, précis. Qui ne reviendront pas. Qui ne sont plus (et ne seront plus) que des souvenirs...