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Grains de sel

Mots en l'air


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 6 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


Perdu le fil ?

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Dimanche 26 octobre 2008
Chers lecteurs,

M***** voulait juste vous dire merci, à tous.
Mirabelle a commencé à discuter avec Victor au mois de juillet 2005, même si un archivage désordonné de ce blog vous dira le contraire.  A cette époque, M***** venait de s'inscrire en PE1, à l'IUFM, afin de préparer le Grand Méchant Concours. L'idée lui était venue de nulle part, un soir, d'imaginer Mirabelle, jeune institutrice en devenir, discutant avec le grand écrivain Victor Hugo. Une belle aventure, dans laquelle M***** aura mis beaucoup d'elle-même, beaucoup d'espoir, beaucoup de rêves, mais aussi de déception, de colère, de chagrins.

M***** aimait vous imaginer, quelque part, en France ou ailleurs, derrière vos écrans. Essayer de deviner vos visages, vos voix, les décors de vos vies... S'émerveiller à l'idée que vous puissiez aimer ce qu'elle écrit, surtout. Se laisser surprendre par vos réactions, par vos coups de gueules, par vos interprétations diverses et variées, par vos silences, aussi. M***** voulait vous remercier pour votre soutien, durant ces trois ans, pour avoir été là, à la suivre, à l'encourager dans les moments compliqués, à vous réjouir avec elle dans les instants de grâce.
Elle voulait vous dire aussi qu'elle continuerait à vous lire, les uns les autres, à prendre de vos nouvelles, même silencieusement, comme elle l'a souvent fait.

M***** aimerait vous dire que c'est grâce à vous que durant trois belles années, elle ne s'est jamais lassée de  Mirabelle et Victor. Elle aimerait vous confier, aussi, si elle osait, que c'est justement parce que ces deux-là sont devenus comme un vieux couple, qui n'a plus besoin de se parler pour se comprendre, qu'elle a besoin de se détacher d'eux. Que pour avancer, il faut parfois couper tous les liens avec ceux que l'on aime le plus, avec ceux qui nous connaissent le mieux. Changer de mode de fonctionnement. Changer tout court, peut être, ou du moins un tout petit peu.

Elle vous dirait aussi, si elle vous avait en face d'elle, en chair et en os, qu'il y avait du vrai et du faux dans tout ce qu'elle a pu écrire, qu'elle l'a souvent précisé, sans jamais chercher à rétablir la réalité de M*****. Parce que tout le charme de l'écriture, justement, tout le bonheur des textes, c'est d'en faire ce que l'on veut en tant que lecteur. Et puis, au fond, la vérité... Est-ce bien utile ?

Elle voulait vous dire aussi, pour ceux à qui cela ferait plaisir, qu'elle ne fermera pas ce blog. Parce qu'on ne sait jamais, il peut toujours y avoir quelques retardataires désireux de découvrir Mirabelle et Victor à la belle époque. Et puis, c'est vrai, M***** aime bien l'idée qu'un long morceau de sa vie, à travers le personnage de Mirabelle, soit comme ça, offert, encore, sur la blogosphère. Elle se dit qu'elle reviendra peut être lire tout ça, un jour, ces vieilles émotions presque oubliées. Qu'elle en sourira, sans doute, et que ça lui plaît bien.

Elle voudrait terminer en vous envoyant plein de baisers virtuels, en vous rappelant qu'elle écrira de nouvelles pages, ailleurs, autrement, et que si ça vous dit de les lire, eh bien, normalement, vous savez ce qui vous reste à faire... Enfin, seulement si vous avez pris connaissance la conversation précédente, évidemment !

Merci à tous
de m'avoir lue.
Par Mirabelle - Ecrire un commentaire
Publié dans : Ecrire, écrire, écrire... - Voir les 15 commentaires
Dimanche 26 octobre 2008
Mon cher Victor,

Miraaaaaaaaaaaaaaaaaaabelle !!! Te voilàààà ! Eh eh ! Je disais bien que tu reviendras ! Cette pause ne pouvait être que de courte durée ! Hem... Doucement, mon Victor... Moi aussi, je suis contente de te voir mais je viens t'annoncer une nouvelle qui ne va pas te plaire ! Oh non... Ne me dis pas que c'est ce que je pense ! Si si, hélas ! Nooooonnn ! Comment peux-tu me faire ça ? Comment peux-tu m'abandonner définitivement ? Hemm... Je voulais te dire que... Enfn, je ne te fais pas d'infidélité, je ne vais discuter avec aucun autre écrivain célèbre... Je vais juste... Ouvrir un nouveau blog, comme j'en avais le projet... Un blog exclusivement professionnel... Ah... Tu veux parler de ton histoire de dompteurs et de lions, avec des fouets qui claquent et tout le toutim ? En fait, cette idée est abandonnée, je me suis lancée dans autre chose... Ah... Ca me fait une belle jambe, tiens...

Bref. Je sais que j'abuse sans doute un peu mais en même temps, si je ne peux pas te demander ça à toi, je me demande à qui je pourrais... Bref. Victor, pourrais-tu me rendre un petit service ? Dis toujours... Pourrais-tu dire à nos lecteurs, si jamais certains revenaient faire un petit tour par ici, que mon nouveau blog est disponble à une certaine adresse et que... Laquelle ? C'est justement là l'objet de ma commission. Pour des raisons qui me sont personnelles, je ne veux pas dévoiler cette adresse sur la place publique, alors dis à nos lecteurs que s'ils souhaitent se la procurer, ils n'ont qu'à m'écrire via l'onglet "contact" en bas de page, et je me ferai un plaisir de la leur envoyer ! Aah... Je verrai. J'avoue que je n'ai pas très envie de te faire ce plaisir... Ohhh, Victor, steuuuuplé ! Bon, bon, d'accord, d'accord... Petite manipulatrice !

Dis, Victor, tu viendras me lire de temps en temps ? Si j'ai le temps, oui ! Oh allez, tu es retraité, tu n'as rien à faire de tes journées ! Mais que crois-tu ? Tu crois que je vais rester à rêvasser au coin du feu en attendant que tu reviennes ? Parce que tu reviendras, j'en suis persuadé, il ne faut jamais dire "fontaine" ! Eh bien non, ma petite Mirabelle, je vais faire ma route, faire mon chemin, je vais me faire embaucher à une autre table où bavasser, il y aura bien des volontaires ! N'oublie jamais que je suis un écrivain de légende ! Il viendra forcément un jour où tu t'en mordras les doigts de m'avoir délaissé, et ce jour-là, tu pourras pleurer autant que tu veux, te traîner à mes pieds, je ne reviendrai pas ! Hemm... Bref. Je me calme, c'est mauvais pour mon coeur. Je viendrai peut etre prendre des nouvelles, de temps en temps quand même... Parce que bon... Je t'ai vraiment aimée, et je continue de croire, bien que la vie d'aujourd'hui s'entête à m'enseigner le contraire, que quand on a vraiment aimé quelqu'un, on l'aimera toujours, d'une manière ou d'une autre, propre à chacun. M'aimeras-tu toujours aussi, Mirabelle ? Evidemment ! Viens dans mes bras, vieille canaille !
Par Mirabelle - Ecrire un commentaire
Publié dans : Mystérieuse blogosphère - Voir les 1 commentaires
Dimanche 12 octobre 2008
Mon cher Victor,


Tu es assis ? Oui mais... Que se passe-t-il ? Bon. Alors... Tu as l'air toute embarassée ! Un peu, oui. Mais enfin, qu'est-ce qu'il y a ?! Tu m'inquiètes, jeune fille ! A partir d'aujourd'hui, je ne viendrai plus discuter avec toi, Victor. Quoi ? Ne me regarde pas ainsi, je culpabilise déjà assez comme ça. Mais... Ecoute... Ca fait deux ans que nous conversons, et je t'adore, tu le sais. Justement, justement ! On ne peut pas tirer une croix sur deux ans d'amitié fidèle comme ça, sans crier gare ! Si. Comme tu le sais, ma vie n'est plus la même depuis quelques temps et il y a des évènements dont je ne veux pas parler avec toi ici, pour des raisons personnelles. Mais... Tu ne peux pas me faire ça ! Si, je peux. La preuve. On est tous capable de laisser des gens qu'on a aimés au bord de la route.

Je ne veux pas faire d'erreurs. Je veux m'écouter moi, d'abord, et il s'avère que j'éprouve le besoin de garder certains aspects de ma vie pour moi. Parce que ça me regarde et que je ne veux pas les partager, c'est trop fragile. Mais... Oui, je sais, c'est soudain. Je vais te planter là, à ta table, tout seul comme un idiot alors que tu pensais entamer une nouvelle conversation, amicale et enthousiaste... Mais je ne changerai pas d'avis. Reviendras-tu au moins ? Je ne sais pas. Tu reviendras, forcément... Tu aimes trop écrire ! Nous verrons bien. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il faut que je coupe les ponts avec toi pendant un certain temps.
Je ne peux plus discuter avec comme je le faisais avant, parce que ce "avant" n'a plus de sens pour moi, parce que je ne suis plus la même personne. Tu comprends ? Hem... J'essaie, tout du moins ! Mais j'avoue en rester comme deux ronds de flan ! Tu vas t'en remettre ? Il faut bien ! Enfin j'ai quand même l'impression d'avoir été pris pour un imbécile, ce qui est très désagréable ! Tu verras, on oublie tout. Tout s'oublie.

Je ne sais pas quand je reviendrai. Je ne sais même pas si je reviendrai. Tout ce que je sais, c'est qu'en ce moment, je n'ai plus très envie de parler avec toi. Mais... Qu'est-ce que j'ai fait ? Rien du tout ! Toi, tu es parfait, comme d'habitude ! C'est moi. Je suis en train de changer. Au cas où un jour, tu trouverais la porte de notre bar close, et notre table obstinément vide, sache que j'ai beaucoup aimé bavarder avec toi. Ah... C'est toujours bon à savoir mais ça sonne un peu comme "un adieu"... N'y pense pas. Et ne me regarde pas comme ça, s'il te plaît, je m'en veux déjà assez de te laisser en plan... Humm...

Tu n'es pas trop fâché, Victor ? Non. Parce que je te connais et que je sais que tu reviendras, quoi que tu en dises. Tu aimes trop écrire. Tu es faite pour ça. J'en doute. Essaie de ne pas te faire d'idées. Ne m'attends pas, ça n'en vaut pas le coup...  Bref. Hem... On s'embrasse alors ?... Si tu ne fais pas la tête, évidemment ! Oui, bien sûr... Allez, viens un peu par là que je te claque un baiser ! Petite andouille, va, tu m'auras tout fait, toi !
Par Mirabelle - Ecrire un commentaire
Publié dans : Mystérieuse blogosphère - Voir les 10 commentaires
Mardi 7 octobre 2008

           

Il dit que je suis belle, que je ne m'en rends absolument pas compte et que cela me rend encore plus charmante. Il dit que j’ai tout pour être heureuse et qu’il espère bien que ce sera avec lui. Il dit qu’il sera toujours là, quoi qu’il arrive, à n’importe quelle heure de la nuit et du jour. Il dit que je suis une belle personne et qu’il n’est pas le seul à le penser. Que ce n’est pas parce qu’il m’aime qu’il me dit ça. Et que de toute façon, il ne voit pas comment on pourrait faire autrement que de m’aimer.

Il dit que la vie est courte mais qu’il attendra. Qu’il n’est pas pressé. Il dit que j’en vaux la peine, d’attendre, des mois, s’il le faut. Il dit qu’il ne voit que moi, que toutes les autres lui semblent fades, qu’elles n’existent pas. Il dit que si la perfection n’est pas de ce monde, je m’en rapproche. Il dit que si je crois en nous, je ne le regretterais pas, qu'il m'aimera comme on ne m'a jamais aimée.

Il dit qu’il sera toujours sincère, qu'il ne me trompera pas, jamais, qu'il ne me décevra pas. Il dit que je peux, que je dois lui faire confiance. Et que même si je n’y crois pas, il y croira pour nous deux parce que de l’espoir, il en a à revendre. Il me dit qu’il n’en revient pas qu’aucun homme avant lui ne se soit aperçu que j’étais un joyau, mais qu’en même temps, eh bien, tant mieux, parce qu’il est bien content d’être là pour me le dire. Qu'il n'y en a pas deux comme lui et qu'il est l'homme de ma vie, c'est sûr.

Il dit qu'il sait bien que c'est complètement dingue de me parler comme ça, si peu de temps après notre rencontre. Il dit que ça le dépasse, qu'il ne contrôle plus rien et que c'est ça qui est extraordinaire.  Il dit que je dois le prendre pour un taré mais que s'il est taré, eh bien, il ne désire qu'une chose, c'est que je  parte dans son délire, parce que la normalité est toute relative, en fin de compte. Il dit qu'il a juste envie de se laisser porter et de de m'emporter avec lui, sans jamais me lâcher la main.

On ne m'avait jamais parlé comme ça.

Par Mirabelle - Ecrire un commentaire
Publié dans : Ecrire, écrire, écrire... - Voir les 7 commentaires
Mardi 30 septembre 2008
Mon cher Victor,
 
Envie de soulever des montagnes, aujourd'hui. Difficile de l'expliquer. Juste envie de t'en parler. C'est bon signe, tu reprends le dessus ! J'ai la rage. Une rage pleine de forces, de colères, pleine d'injustices à régler. Ma rage me donne du courage et l'envie de trouver les prises, une à une, qui me permettront d'arriver au sommet. Le sommet de quoi ? De moi-même, et des autres. Le juste milieu entre les deux.

J'ai beaucoup maigri depuis quelques mois. Ca sert à ça, une rupture ! Tu vois, finalement, que ça a des bons côtés ! Toi qui te plaignais de tes petits bourrelets, tu dois être contente ! Oui, enfin, je ne disais pas ça pour ça. Ce que je voulais dire, c'est que la sale période que j'ai traversée m'a fait puiser dans mes ressources. J'ai été chercher des forces, dans mes tripes, parmi les plus insoupçonnables. J'ai trouvé un équilibre, un équilibre incertain, certes, mais équilibre il y a, quand même.

J'apprends beaucoup, depuis quelques semaines. Que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, d'abord. Que même les diamants ne sont pas éternels. Que le destin peut vous foutre de jolis pains dans la tronche mais qu'on se relève, encore, quand même. Qu'humanité, humour, tendresse, force, il y a aussi, dans les coins les plus sombres, dans les lieux les plus retirés du monde. Qu'on apprend sans arrêt, de tout et de tous. Qu'il y a toujours de la lumière, d'une façon ou d'une autre. Que rien n'est jamais tout blanc. Ni tout noir.

Débarquer à l'IME a été une belle claque sur mes petites joues bien roses. Une de plus. Sauf que celle-là, finalement, me fait plus de bien que de mal. Et que paradoxalement, cette mandale me renforce : elle m'aide à m'accepter, moi, à travers l'image qu'on me renvoie, à travers les actes qui sont les miens. Tous les matins, je retrouve les gamins de l'IME avec plaisir. Avec un soupçon d'angoisse aussi, parce qu'on ne sait jamais ce qui va nous tomber dessus au cours de la journée, mais un soupçon seulement. Je les aime, tous. Et je crois qu'ils m'aiment aussi, tous. Je sais que mon métier n'est pas de les aimer, mais comment faire autrement ? Comment faire autrement quand leurs histoires personnelles, leurs sourires, leur joie de vivre sont déjà une leçon de vie ?

Après un mois, je me rends compte que j'aime enseigner dans cet IME. Ce que j'ai toujours apprécié, dans mon métier, c'est le contact avec les gamins. Ici, il est multiplié par 1000. Parce que ces jeunes ont été brisés, cassés, qu'ils continuent à l'être, encore. Mes journées, je les passe à les encourager. A positiver, à signaler le moindre petit progrès. A en faire des tonnes sur des réussites qui pourraient paraître minimes dans une classe ordinaire. Quand Anthony parvient à faire une boucle avec une corde, je le félicite, et j'espère, à m'en serrer le coeur, qu'il saura un jour faire ses lacets. Quand Camille parvient à ranger quatre nombres à 2 chiffres dans l'ordre croissant, je passe une couche d'encouragements, puis une autre couche, et une autre, et encore une autre... Parce que même si tout est toujours à recommencer le lendemain, je sais qu'ils n'oublieront pas le sentiment de confiance et de réussite qu'ils ont si peu connu jusqu'ici dans leurs vies d'adolescents peu gâtés par l'existence.

Evidemment, il y a des scènes, des révélations dont je me serai bien passée. Leurs histoires sordides. Le regard hagard devant une question simple. Cette jeune fille qu'il faut courser sur le tatami pour qu'elle vous obéisse, vous qui courez après elle parce que vous savez que si vous lâchez maintenant, après ce sera foutu. Parce que même si elle râle, elle n'attend rien d'autre de vous que vous l'ameniez à respecter les règles. C'est sûr, vous avez l'air con à courir sur le tatami, avec l'intervenant et les jeunes qui vous regardent, mais c'est un passage obligé et quand la gamine s'asseoit sur son banc, se calme, et vous adresse un sourire reconnaissant quinze minutes plus tard après avoir longuement fait la tête et grommelé tout un tas de paroles pas très sympas dans sa barbe, vous savez que vous avez gagné un galon de plus : le respect.

Je pourrais t'en raconter encore et encore, des comme ça, mon Victor. Je pourrais te parler de Pablo qui me serre maintenant la main pour me dire bonjour ou de cet après-midi de vélo où il a agrippé mon bras par peur de la pelleteuse. Je pourrais te parler de Carla, qui refusait de lâcher le bord à la piscine et qui a fini par effectuer plusieurs longueurs en s'accrochant à sa planche. Je pourrais te parler de tout un tas de choses comme ça, oui... Au lieu de ça, je voudrais avouer que j'ai eu très peur et que je n'ai plus peur du tout.

Nous savons tous, en théorie, que les personnes handicapées ne devraient pas être traitées différemment. Sauf que ça nous échappe, plus ou moins consciemment, même s'il n'est pas de bon ton de l'admettre. Je crois qu'il est normal d'avoir peur. Je n'ai pas hésité à te faire part de cette crainte de la différence, d'ailleurs, parce que je la trouve saine, tant qu'on est capable de la maîtriser, de la dominer, de la dépasser. Cette peur n'existe plus quand on prend la peine de s'arrêter pour les connaître. Quand on prend la peine de les regarder autrement. Je suis extrêmement attachée à eux. Et ils me le rendent au quintuple. Eddie par exemple, qui, après bâclage et bâclage, finit par écrire la date sur la ligne du cahier, avec le sourire. Un sourire après lequel j'ai ramé, ramé, ramé. C'est que pendant trois semaines, Eddie ne m'a ni regardée dans les yeux ni adressé la parole. Est-ce que tu te rends compte ?

Je crois qu'il faut le vivre pour le comprendre. Je n'aurais jamais compris si on ne m'avait pas mise de force ici, je ne serai pas telle que je suis aujourd'hui. Je ne serais pas là, ce soir, avec la rage au ventre, l'envie de crier au monde entier d'ouvrir les yeux et de les voir, enfin, qu'ils n'attendent que ça, qu'on les voit. Parce qu'il n'y a rien de pire que d'être ignoré. Je ne serais pas là, à écrire ce que j'ai dans le coeur et ce qu'il ont dans le leur, eux qui ont si peu la parole. Je ne serais pas là, avec la conviction que je peux soulever des montagnes, que rien ne m'arrêtera.

Ce matin, alors que j'annonçais à mes collègues qu'à ma demande, je resterai à l'IME jusqu'à fin décembre, Jacqueline, l'institutrice de l'autre unité, m'a dit :

- Tu sais que tu es la seule remplaçante à vouloir rester là, depuis des années. Ils sont tous partis, tous, tous les remplaçants, dès qu'ils ont pu. On n'existe pas, ici.
Par Mirabelle - Ecrire un commentaire
Publié dans : Mirabelle, maîtresse T2 - Voir les 4 commentaires
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