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Grains de sel

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !
 

Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !



Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


Perdu le fil ?

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 22:06

C'est la balance de la pédiatre qui affiche 3,230 kg. C'est ma fille toute nue dessus qui pleure d'avoir froid. C'est moi, qui pleure aussi. C'est Chéri qui a les yeux qui brillent, qui me sourit, me prend la main, la serre fort. Il a fallu un mois et demi pour voir s'afficher ce 3 avant la virgule. Un mois et demi. C'est la sensation, fugace, qu'A. devient comme toutes les autres petites filles, sans scop, sans fil, sans sonde, sans branchements, sans seringue, sans oxygène, sans lit chauffant. C'est la voix, timide et minuscule, qui me souffle "Allez, maintenant, le pire est vraiment derrière vous.".

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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 18:02

Mon cher Victor,

 

Ahhhh ! Mirabelle, mon dieu ! Mais... Que vois-je ? Oh, mon dieu ! Oh, mon dieu ! Oui, Victor, oui. Tu n'as pas la berlue, je t'assure ! Mais... Comment cela est-il possible ? Eh bien ce sont des choses qui arrivent, mon Victor, voilà tout... Ca, par exemple ! Me voilà fort surpris, je ne m'attendais pas à une telle découverte ! Décidemment, tu n'aimes rien faire comme tout le monde, ma petite Mirabelle, tu m'étonneras toujours !! Tu m'en vois ravie ! Mais... Quand cela est-il arrivé ? Il y a déjà un certain temps : trois semaines, à vrai dire ! Oh la la, mais c'était beaucoup trop tôt, beaucoup trop tôt ! Certes. D'ailleurs, il faudra que je te raconte tout ça... Oh la la... Remets-toi, mon Victor, pense à ton coeur... Ne me dis pas qu'il y a eu des problèmes ? Tu mets tout de même trois semaines pour me parler d'un évènement majeur tel que celui-ci, j'ai donc plusieurs craintes : soit cela s'est mal passé et Seigneur, je regrette de ne pas avoir été présent pour te tenir la main ; soit, et je le prendrais très mal, tu n'as simplement pas jugé nécessaire de prévenir ton vieil écrivain préféré !

Eh bien pour répondre à ta question, ces trois semaines n'ont pas été une partie de plaisir, loin de là. Cela n'a donc rien à voir avec notre amitié. Rassuré ? Moui. Quoi que d'un autre côté, je suis désolé pour toi ! Allons, raconte-moi tout...

Tout a commencé le vendredi 6 avril...

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 11:34

Mon cher Victor,

 

Tristounette aujourd'hui, ma Mirabelle... Oui, tristounette, c'est le moins que l'on puisse dire. D'ailleurs, si tu ne veux pas que je te ruine le moral, tu ferais bien de t'en aller maintenant. Allons allons, je suis là dans les mauvais moments comme dans les bons, tu le sais bien. Allez, installe-toi, et raconte tout à ton Totor.

Il y a des hauts et des bas. A l'heure actuelle, c'est plutôt un bas. Pour te dire, j'irais bien me taper la tête contre les murs tant l'attente est longue et insupportable jusqu'à mercredi. Je tourne et retourne toutes les hypothèses dans ma tête, multiplie des questions qui restent sans réponse, à m'en rendre folle. Quand ce ventricule gauche a-t-il commencé à se dilater ? J'ai repris tous les comptes-rendus d'échographie, le deuxième m'a révélé que tout était parfaitement normal début janvier. Alors pourquoi un tel emballement ? Qu'est-ce que cela signifie ? Le ventricule gauche de ma fille est-il pris dans un inéluctable engrenage de grossissement ?

Je parle à ma fille. Beaucoup. J'essaie de ne pas pleurer, d'être forte, mais c'est difficile, c'est une lutte contre moi-même. Je suis bloquée au milieu de nulle part, à un carrefour où je ne parviens à respirer que de l'angoisse, de l'angoisse, de l'angoisse.

Entrer dans la chambre de ma fille me fait mal, un petit pincement au coeur que j'essaie de chasser immédiatement. Je ne me sens pas tout à fait à ma place aux cours de préparation à l'accouchement. Je n'ose plus du tout, d'ailleurs, imaginer le moment de la rencontre, cet instant où je la tiendrai dans mes bras, où son père l'embrassera en larmes, je n'ose même plus le rêver car il me semble ne pas en avoir le droit pour le moment, tant que je ne suis fixée.

Je pensais en avoir fini avec l'attente insupportable, avec le doute. Eh non. Ma fille n'est pas un oeuf clair mais a trop de liquide dans un ventricule du cerveau, c'est comme ça, c'est tombé sur nous. Et même si je sais qu'il y a bien pire que nous, que dans mon malheur, j'ai la chance qu'elle n'ait pas d'autre anomalie connue (et croisons les doigts pour que cela dure !), même si je devrais m'estimer heureuse, déjà, d'attendre cet enfant, qu'elle se développe visiblement correctement à côté de cela, cela n'enlève rien au fait que je suis terrorisée, que je me sens seule et impuissante, je ne peux pas l'aider, je ne peux rien faire pour la protéger. Chéri, lui, refuse carrément l'idée que cette dilatation puisse augmenter, il refuse l'hypothèse même que quelque chose puisse mal se passer, prétextant que nous avons déjà "mangé notre pain noir". J'ai peur pour lui aussi, du chagrin que je ne pourrai lui éviter si cette échographie de contrôle se passait mal. 

Tout cela m'apprend, en tous cas, ou plutôt me conforte dans l'idée que la grossesse est loin d'être le champ de fleurs qu'on nous vante, à nous les femmes, les futures mères. Non, ce n'est pas rose, et les petits coeurs, s'il y en a effectivement, sont nuancés de gris, de peurs, d'angoisses, d'épreuves en tous genres à surmonter pour que tout se déroule bien. Et je ne parle même pas des désagréments classiques du type nausées, maux de dos, gonflements en tous genres, non, ça c'est facile, ce qu'il faut apprivoiser, surtout, c'est de ne pouvoir RIEN FAIRE pour aider son enfant à grandir dans de bonnes conditions dans notre ventre, c'est de devoir se contenter de le sentir bouger en priant le ciel pour que tout aille bien, même si l'on ne croit pas en Dieu. C'est de savoir qu'on n'est jamais vraiment sorti d'affaire, c'est réaliser qu'on était encore un peu naïve de penser, en se rendant à la dernière échographie la fleur au fusil, que le bébé est "presque fini", qu'on a fait "le plus dur". Et là, paf, on te dit de revenir dans quinze jours, et tu n'entends plus rien, il y a juste le brouillard, et cette voix qui te dit de "ne pas t'inquièter" mais qu'"il faut contrôler". Joli paradoxe. Alors mesdames, vous qui n'êtes pas encore maman et mourez d'envie de le devenir, préparez-vous à avoir peur pendant neuf mois et pour le reste de votre vie, on ne vous le dit pas assez, on ne vous le dit pas.

Un peu plus de cinq jours à rester bloquée à ce carrefour de l'angoisse, sans savoir quelle route prendre. L'attente est interminable, étouffante, et je giflerais bien tous ceux qui ne peuvent pas comprendre, qui me conseillent de "ne pas m'inquiéter", qui assurent que "tout va bien se passer" alors qu'ils n'en savent rien, qu'ils n'ont jamais connu une telle situation. Même si cela part d'une bonne intention. Encore cinq jours où je vais vivre chaque journée l'une après l'autre, en essayant de les affronter du mieux possible. Cinq jours et ce sera soit la délivrance, soit retour au carrefour de l'angoisse.

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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 18:41

Mon amour,

Dimanche, dans la Manche, nous avons pendu la crémaillère de la jolie petite maison achetée récemment par ton grand-oncle et ta grand-tante. C'était ce que jappelerais une journée "famille Ricorée", avec les garçons qui jouent au football, les parties de pétanque, les femmes à se dorer la pilule sous les rayons, des bébés tout mignons, leurs bobs vissés sur le crâne, allongés sur des couvertures, sur l'herbe, au soleil, un chien minuscule qui court partout, confondu avec le cochonnet, et puis toi dans mon ventre, à gigoter comme une jolie diablesse. Ton père et moi avons fait comme si.  Comme si tout était parfait. Nous incarnions aux dires de certains, "le petit couple de rêve", arrivant main dans la main, "beau, qui a tout", moi habillée en été avec mon bidon bien en avant, ton père avec ses Ray Ban sur le nez, sa chemise très classe, séduisant à en tomber par terre. On m'a décrite comme "splendide", "rayonnante", "magnifique", ton arrière grand-mère s'est extasiée sur notre bonheur éclatant, nous nous sommes contentés de sourire.

Bien sûr, on m'a demandé de tes nouvelles. "Et la petite, ça va ?", "Elle se développe bien ?", "Elle gigote bien ?". Je me suis montrée très laconique, ne suis pas rentrée dans les détails, ai retenu une larme, une seule, pas plus, parce que j'ai appris tout l'art du masque, avec le temps. La tata, le tonton, le cousin, les cousines, ta grand-mère bien sûr, au bord de l'hystérie quand elle parle de toi (tu vas bien rire quand tu la verras, je te le promets...). Toute la tablée a tenté, au milieu des rires, de deviner ton prénom, jusqu'au moment où ton père, involontairement, a fini par le lâcher, la gaffe, et hilarité générale bien sûr. Un prénom adorable aux dires de tous, et je me suis sentie bêtement fière de toi, comme si tu étais déjà là, toute belle, à côté de nous dans ton cosy. Je n'ai rien dit à personne. J'ai fait comme si. Et au bout d'un moment, le mensonge, le paraître a pris le pas sur la réalité, comme si cette échographie n'existait pas, comme si ces deux dixièmes de millimètre avaient été effacés. Je me suis retrouvée tout simplement contente d'être là, sereine, heureuse de t'attendre, que nous soyons bientôt trois. C'était une belle journée.

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Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 08:30

Mon cher Victor,

 

Oh ma petite chérie, je... Stop ! Pas un mot ! Mais... Et change d'expression s'il te plaît, on dirait que ma fille est à l'article de la mort, ce qui n'est pas le cas du tout... Je voulais simplement t'assurer de mon soutien et... Tu n'en as pas besoin, Victor, ta présence suffit à me le montrer, les mots ne sont pas nécessaires. Et puis je te le répète, ne me regarde pas ainsi, tu as les paupières tombantes, la lèvre tremblante, bientôt je vais te ramasser à la petite cuiller ! Bon, très bien, très bien. Mais tout de même... Comment vas-tu depuis mercredi soir ?

Avant-hier, en me couchant, je ne voulais pas m'endormir, craignant le réveil du lendemain, craignant de me souvenir. Pourtant, la lutte contre la fatigue n'a servi à rien, les litres de larmes versées, la terreur, l'épuisement, les yeux bouffis ont fini par me faire m'écrouler sur le lit sans même que j'ai le temps de dérouler le fil de la journée dans ma tête. Malheureusement, le réveil s'est montré tel que je le redoutais : il a fallu me souvenir de ces 10,2 mm au ventricule gauche, me souvenir que nous ne saurions rien avant quinze jours et que l'enjeu était surtout de ne pas tomber fou avant l'échéance, de s'"occuper" au maximum pour supporter l'incertitude.

Et puis j'ai pris le taureau par les cornes. Appelé ma gynécologue, pris rendez-vous avec mon médecin traitant. Je ne vais pas me laisser abattre, elle est là, vivante, ses petites galipettes sous mes côtes, elle n'a rien demandé, et mon devoir, c'est de l'aider, de la porter et de la supporter. Je vais le faire. Au téléphone, je m'entends dire à ma gynécologue, pour qui j'ai une profonde estime : "Il semblerait qu'il y ait un problème au cerveau du bébé". Ces simples mots, cette simple phrase, cette abrupte réalité, je ravale mes larmes, la gorge enrouée de sanglots retenus. Elle répond : "C'est un des ventricules qui est plus dilaté que l'autre, c'est cela ?". Face à ma surprise, elle m'explique que c'est une des anomalies les plus fréquentes, qu'en général cela se résorbe tout seul. Elle n'est pas inquiète. Me le repète. Pense qu'à l'échographie de contrôle, ce ventricule sera passé des 10,2mm aux 7mm du droit. Elle me conseille de ne pas me mettre en tête que ma fille aura un retard moteur ou mental, précise qu'il existe des opérations permettant de retirer du liquide. Elle se veut rassurante, les échographistes "se couvrent", ils n'ont pas le choix, même si au fond ils ne sont pas fondamentalement préoccupés ils ont le devoir de nous informer et d'assurer leurs arrières. Je raccroche le coeur rempli d'espoir.

L'après-midi même, je rencontre mon médecin traitant, qui me connaît bien, qui m'a beaucoup aidée au début de ma grossesse, quand on m'avait trouvé un oeuf clair (alors que cet oeuf clair mesure aujourd'hui une quarantaine de centimètres et pèse 1,7 kg). Il sait comme je suis de nature angoissée, il sait aussi, une fois que j'ai déballé mon sac, qu'il est légitime que je m'inquiète. Il examine mon compte-rendu d'échographie : "Je ne suis pas payé pour te rassurer. Si j'ai des raisons médicales de t'inquiéter, je n'ai pas le choix, je t'inquiète. Ton échographie est normale, Mirabelle, normale." 2 dixièmes de millimètres par rapport au seuil de la norme, ce n'est rien du tout, me dit-il, rien du tout. Il appelle l'échographiste qui m'a prise en charge la veille. Elle lui dit que l'échographie est "normale" mais qu'elle n'a pas eu d'autre choix que de me programmer une échographie de contrôle, étant donné que la mesure du ventricule était limite. Elle indique qu'elle a voulu nous rassurer, ce dont je ne doute pas, d'ailleurs, car elle s'est montrée professionnelle mais pondérée, sans tirer de réel signal d'alarme. En quittant le cabinet de mon médecin, ses paroles résonnent : "l'échographie est normale, Mirabelle, normale.". Je sais qu'il n'aurait pas prononcé ces mots s'ils n'en avait pas été foncièrement convaincu.

Depuis, je vis en me raccrochant à cette idée. Je garde confiance. Si Choupinette nous a joué un mauvais tour à 7sa (rectifiées à 5sa), elle peut très bien décider de nous en jouer un autre à 33sa. Si le début de grossesse fut très éprouvant nerveusement, la fin l'est également, et la boucle est bouclée. Je fais confiance à ma fille, à notre fille que nous aimons déjà tellement. Elle va rectifier le tir et nous faire un joli pied de nez, à son père et moi, l'air de nous dire : "Non, en fait c'était pour rire, je vais très bien, tout va très bien et nous allons être très heureux tous les trois, j'arrête mes bêtises, c'est promis."

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