Ceci n'est pas une biographie de Victor Hugo, mais un brin de causette entre l'écrivain et Mirabelle, 22 ans,qui lui raconte sa petite vie mouvementée et tente de lui expliquer ce qu'est le monde au XXIème siècle.
Mon cher Victor, 
Paraît-il qu'on reste toujours l'enfant de ses parents. Cela me semble logique ! Oui, effectivement, c'est d'une logique redoutable, mais j'entendais surtout par là que quels que soient leurs âges, qu'ils soient adultes ou nourrissons, des enfants restent des enfants d'un point de vue parental, et en particulier d'un point de vue maternel. Aurais-tu un exemple en tête ? C'est même l'exemple en question qui m'aura donné l'idée de cet article, vois-tu. Il s'agit d'une collègue de la blogosphère, Laflote, qui me semble, à travers ses posts, être l'incarnation parfaite de LA mère, dans toute sa splendeur. J'aime beaucoup quand elle parle des ses loutres. Ses loutres ?! Enfin, Victor, ne fais pas l'ignorant : je sais très bien que tu vas régulièrement sur son site ! Ohhh ! Je feins la surprise pour tes autres lecteurs : c'est un procédé visant à introduire une explication ! Navrée."Mes loutres", donc, dans l'esprit de Laflote, équivaut à "mes filles". Il y a Loutre n°1 et Loutre n°2 que je vous encourage vivement à observer à travers les articles de Laflote, dans cette rubrique. En lisant ses posts, je ressens une grande tendresse. Un amour inconditionnel. Une fierté débordante. Bref : une mère.
Une mère, j'en ai moi-même un exemplaire à la maison. Et malgré mon statut de "presque-adulte", j'ai encore régulièrement droit à des paroles cajolantes ("mon trésor", "ma chérie" et autres diminutifs sucrés), à des inquiétudes ("tu as bien pris ton portable ?", "tu es certaine que tu ne vas pas avoir froid avec ta petite veste de rien du tout ?") et à des remontrances ("ce n'est pas parce que tu as vingt-deux ans que tu as le droit de me parler sur ce ton ! Tu peux encore te prendre une claque, je te signale !"). J'ai également souvent l'occasion d'assister à des séquences nostalgie : yeux papillonnants, sourires attendris... Et hop, c'est parti ! Souvenirs, anecdotes du genre "ta première dent","ton premier Noël", "ta première grenouillère", suivie d'un discours sur combien le temps passe vite, et comme les enfants grandissent, on les a à peine mis au monde qu'ils sont déjà grands... Tu verras, quand tu auras des enfants ! Tu riras moins !
Attention, Victor : je ne me moque pas le moins du monde ! Non, tout cela m'attendrit au plus haut point, voilà tout. J'aime les mères. Je trouve ça beau, moi, les mères un peu poules, un peu protectrices, qui n'hésitent pas à affirmer que "le premier qui fait du mal à ma fille, je lui arrache les yeux". J'aime les mères qui avouent profiter à fond de leurs petiotes parce que bientôt "ce ne seront plus eux, leurs parents, qui les prendront dans leurs bras", ainsi que celles qui murmurent que "tout de même, cela faisait moins de problèmes quand vous étiez petites".
Laflote disait dans un de ses articles, très justement à mon avis, que le fameux moment où le jeune oiseau quitte le nid est sans doute plus difficile pour les parents que pour les enfants. Etant moi-même à deux doigts de faire le grand saut, j'ai tendance à penser qu'effectivement, la maman oiseau éprouvera quelques douleurs à se séparer de ma personne, sachant que je suis l'aînée et que c'est donc, pour elle aussi, une sorte de baptême de l'air !
Les mères auront beau dire, il me semble que faire un enfant est un acte égoiste. Elles ont un bébé. C'est magnifique. Elles sont tout pour lui. Il grandit. Peu à peu, ses centres d'intérêt s'élargissent. Progressivement, il découvre le monde, un monde dans lequel les mères n'occupent qu'une place assez restreinte, au bout du compte. Elles savent qu'un jour, un jour prochain, il faudra le laisser partir. Mais c'est LEUR enfant : c'est difficile d'admettre que la chair de leur chair ne leur appartient plus. Si difficile... Du moins j'imagine !
Tu sais quoi, Victor ? Non, mais tu vas le me dire ! J'ai hate d'être maman à mon tour. Tu as trouvé le père ? Pas pour l'instant. Alors tu as encore le temps de voir venir. Surtout que si tu fais un enfant sans même être mariée, ne compte plus sur moi pour nos conversations, il y a des limites tout de même ! Ah la la, toi et ton XIXème siècle !