Cher lecteur,
Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !
Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :
1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle
2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor
Sur ce, bonne lecture !
Mon cher Victor, 
Hier soir, bien au chaud dans mon petit lit (alors que comme d'habitude, je ne trouvais pas le sommeil !) je me suis prise à rêver. A quoi donc ? A une France utopique, qui n'existera sans doute jamais... A une idée qui me tient debout, tournée vers l'avenir, vers un idéal... J'adore les idéaux, tu le sais. Je suis moi-même pétri d'idéaux. Si tu me faisais partager les tiens ?
Je rêve d'une France où nous serions tous égaux. La révolution française a beau avoir posé les fondations de cette égalité, je persiste à penser que cette égalité est une égalité de droit et non de fait. Pour preuve, notre égoisme, à tous, moi y compris. Pas d'affirmations à l'emporte-pièce, Mirabelle... Justifie un peu ta pensée ! Très bien. Alors imagine-toi la scène...
C'est l'hiver. Il fait un froid de canard, il neige même un petit peu. Je suis frigorifiée, malgré mon manteau triple épaisseur qui me donne l'air d'une bombonnière, malgré mes gants de laine, malgré mon écharpe, malgré mon bonnet. Je me hâte. Je passe devant les Galeries Lafayette. Terré dans un coin, un clochard. Il me regarde passer... Et moi, moi, je ne le regarde pas. Je presse le pas. Je n'ose pas croiser son regard. J'ai honte. Je le connais, pourtant, ce clochard. Il est toujours là. Mais il me fait peur. Une peur idiote, j'en conviens... D'autant plus que je ne sais pas en identifier l'origine. Je sais juste que j'ai honte de moi, et que je suis gênée. Je le croise souvent, pourtant, ce clochard...
C'est la fin de l'hiver. Il fait moins froid. Cependant, le vent demeure assez piquant, et je frémis de plaisir en pénétrant dans le bus que j'attends depuis dix bonnes minutes. Il y fait si bon... Je m'assois comme d'habitude, devant, près du chauffeur, le nez collé à la vitre. Nous passons devant les Galeries Lafayette. J'ose regarder... Le clochard n'est plus là. A sa place, une rose rouge... Mon sang se glace. Je viens de comprendre...
C'était il y a quelques mois. Depuis, quand je longe les Galeries Lafayette, j'ai toujours une petite pensée pour cet homme. Une pensée honteuse, gênée, et en même temps pleine de compassion et de bons sentiments. Où veux-tu en venir avec cet exemple ? Tu ne vois pas, Victor ?
Je ne suis qu'une trouillarde. Comme tout le monde (ou presque). Et on aura beau faire de longs discours sur l'égalité, l'entraide, la solidarité, toutes ces belles valeurs ne trouveront d'accomplissement réel que si nos mentalités sont prêtes pour un tel changement. Il faut croire qu'elles ne seront jamais prêtes ! Quand on pense que la Révolution Française date de trois siècles ! Il y a vraiment des moments où je peine à croire encore en la nature humaine, franchement !
J'ai longtemps cru que la gauche aurait le pouvoir de métamorphoser la France. Jusqu'au jour où j'ai compris que quelles que soient nos opinions politiques, NOUS sommes la France. NOUS choisissons de donner le pouvoir à tel ou tel courant, gauche ou droite. Et quoi que décide le gouvernement en place, si NOUS ne sommes pas d'accord, il n'y aura pas de changements. Alors mes rêves d'égalité, où chacun tendrait une fleur à son voisin, tout ça, c'est irréalisable. Complètement irréalisable. C'est se voiler la face. Tout comme rendre le gouvernement responsable de tous nos malheurs revient à se déresponsabiliser.
Il y a des moments où j'ai envie de nous secouer tous et de nous mettre de grandes claques. Ah... Ne me fais pas ces yeux-là, je ne suis pas une violente ! J'ai juste envie d'avoir moins peur des autres, et que les autres aient moins peur de moi. Il faudrait que plus personne ne baisse les yeux, l'hiver, devant un clochard qui nous regarde passer. Il faudrait que nous osions plonger nos yeux dans les siens. Peut-être n'y verrions-nous rien qui nous effraie, finalement...
personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.
Aujourd'hui, à : il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.
Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :
Bavardages